Experts, ministres, acteurs privés ou encore la société civile, ont débattu, le 14 août dernier à Bujumbura, sur des réformes macroéconomiques pour stabiliser l’économie burundaise, en proie à une croissance fragile, une inflation persistante et la pénurie de devises. Si le plan ambitieux 2025-2027 est sur la table pour redresser la barre, le secteur privé réclame un débat clair pour une équité fiscale.
La grande salle de Donatus Conference Center était pleine à craquer, ce 14 aout, lors de la conférence-débat autour du thème « Réformes économiques pour la stabilité macroéconomique au Burundi » . En présence de tous les ministres, représentants du secteur privé, sociétés civiles ou encore ceux du monde académique, cette rencontre s’est présentée comme une véritable mise à plat des indicateurs de l’économie burundaise.
D’entrée de jeu, le ministre burundais des Finances a fait savoir que l’économie burundaise demeure confrontée à de nombreux défis, à la fois structurels et conjoncturels. Toutefois le ministre se rassure : « Malgré la persistance et la turbulence, l’économie burundaise témoigne d’une résilience, certaines avec des signaux positifs. » Et d’expliquer : « En 2024, le PIB réel a progressé de 3,9 % contre 3,3 % en 2023, traduisant ainsi un début de déplacement. Quant à la dette publique exprimée par rapport au pourcentage du PIB, elle s’est réduite à 53,3 % à mi-2024, principalement grâce à la diminution de l’endettement intérieur. » Cependant, le ministre souligne que cette dynamique reste fragile suite au déficit budgétaire global qui s’est élevé à 8,3 % du PIB pour l’exercice 2023-2024, tandis que les réserves officielles de change demeurent limitées, couvrant à peine 1,4 mois d’importation à fin mars 2025.
Des signes d’espoir

Le professeur Léonce Ngendakumana, expert en macroéconomie, a souligné les signes d’espoir pour l’économie burundaise, notamment les signes de la croissance du PIB réel, la diminution du ratio de la dette publique ainsi que le secteur bancaire qui reste solide malgré les défis. En revanche, a-t-il poursuivi, l’économie burundaise affiche toujours une faiblesse quant à la pression inflationniste persistante, aux déséquilibres sur le marché de change, au déficit budgétaire, au grand déséquilibre de la balance commerciale ainsi qu’à la pénurie des produits et services essentiels (carburant, électricité, eau).
Analysant la situation de l’économie burundaise, Léonce Ngendakumana a décrit : « C’est une économie qui est essoufflée, où on dépense ce qu’on n’a pas et où on importe ce qu’on n’a pas payé. » Cet expert recommande la mise en place des réformes pour apporter solution à l’instabilité macroéconomique, améliorer la performance au niveau macroéconomique et sectoriel, et atteindre les objectifs socioéconomiques importants. Il souligne également la réforme institutionnelle comme une épine dorsale pour la réussite du reste d’autres réformes : la gouvernance, la lutte contre la corruption et favoriser la compétition dans les marchés.
De la bataille en cours ?
Ce ministre a mis au vert le document, un document de programme de réforme de stabilisation macroéconomique pour la période 2025-2027. Il fait savoir que ce programme s’inscrit dans les orientations du plan national de développement, révisé sur la période 2018-2027, et dans la vision Burundi-Pays émergent en 2040 et développé en 2060.
Et d »enrichir : « Ce document de programme de réformes résulte d’un diagnostic complet de l’économie burundaise et a mis en lumière certaines incohérences dans les décisions sectorielles, soulignant la nécessité urgente d’une coordination renforcée pour corriger les déséquilibres macroéconomiques observés. » De plus, ce ministre annonce des réformes structurelles qui sont en cours pour diversifier l’économie nationale, notamment la modernisation du secteur agricole, l’exploitation durable et la transformation locale des ressources minières, l’amélioration du climat des affaires, ainsi que la réforme de la gouvernance des entreprises publiques pour dynamiser l’investissement privé.
Toujours des embûches

Cependant, Denis Nshimirimana, secrétaire général de la CFCIB, souligne certaines entraves aux réformes économiques. Pour ce sage, au-delà des centaines de coopératives minières évoquées par le ministre des Finances, la traçabilité n’est pas toujours pour que le pays en tire pleinement profit. Soulignant le besoin de la cartographie minière et les recherches d’exploitation en vue de la quantification minière, Denis insiste : « Quand les gens exploitent, on ne sait pas ce qui est vendu officiellement et ce qui passe sous le manteau. Alors, c’est une opportunité pour renflouer les caisses en devises, parce que le secteur privé en a besoin. »
Cependant cet opérateur déplore le manque d’accès aux devises comme contrainte à laquelle fait face le secteur privé pour accélérer le développement de ce secteur, notamment dans l’importation des équipements modernes. Par ailleurs, insiste M. Nshimirimana, cela met en lumière le besoin d’une discipline dans la gestion des devises : « Aujourd’hui, vous allez sur le marché, vous trouvez des bières Serengeti de Tanzanie, vous trouvez des Leffe de Belgique, vous trouvez des vins de toutes parts. Alors, nous, disons, dans ce contexte de manque criant de devises… C’est anormal. »
Denis Nshimirimana recommande au gouvernement d’adopter le modèle éthiopien qui, en 2021, a pris la décision de bloquer l’importation d’environ 45 produits de luxe ; suite au manque de réserves de changes qui s’évaluait à 1,7 mois d’importations.
Déséquilibre fiscal
Pour le secteur privé, il se remarque une fraude fiscale généralisée suite au déséquilibre entre le marché de change officiel et parallèle. Denis se lâche : « Nous ne pouvons pas évoluer dans un contexte où l’OBR collecte certainement à peine 40 ou 50 % des recettes fiscales et non fiscales qu’il devait collecter. » La population fiscale et des grands contribuables tournent autour de 1 000 ; et là, c’est un chiffre d’affaires de 700 millions par an, a-t-il expliqué. Mais je vois des gens qui circulent dans des véhicules achetés à 200 millions, 300 millions, et qui finalement, vous allez à l’OBR, vous regardez ce qu’il paye chaque année, et vous vous rendez compte que sur les cinq dernières années, il n’a pas payé des impôts de 100 millions. Et entre-temps, il s’est construit un building d’un milliard. »
Le secrétaire général de la CFCIB trouve qu’il y a des secteurs sous-fiscalisés. Pour enrichir l’assiette fiscale, le secrétaire général de la CFCIB recommande un débat sincère et franc sur cette question.




