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Bujumbura : l’exploitation des enfants, une réalité qui persiste…

Dans plusieurs marchés de la capitale économique du Burundi, des enfants âgés de 11 à 15 ans exercent de petits métiers dans des conditions souvent précaires. Entre retards de paiement, abus et abandon scolaire, ces mineurs réclament le respect de leurs droits et une meilleure protection.

Il est 9 heures du matin au marché de Kinama. De jeunes garçons, âgés de 11 à 15 ans, sillonnent les allées, portant de petits seaux remplis de beignets, d’ananas découpés ou de glaçons. D’autres transportent des palettes d’œufs cuits. La scène s’observe également au marché de Cotebu, où de jeunes mineurs proposent leurs services pour porter les achats des clients ou vendre de petits produits.

Tous confient être venus de l’intérieur du pays pour chercher du travail en ville. Certains expliquent avoir été envoyés par leurs parents afin de contribuer aux besoins de la famille. Mais ce travail précaire est loin d’être sans conséquences. La plupart dénoncent des retards de paiement, et certains affirment même ne jamais être rémunérés.

« On nous méprise parce que nous sommes des enfants »

K.B., 13 ans, vend des glaçons au marché de Kinama. Il raconte être arrivé en ville après avoir été orienté par un camarade.

« Je viens de la campagne. Celui pour qui je travaille m’héberge et me nourrit. L’argent que je lui donne provient de ce que je gagne, mais il n’y a pas de montant fixe. Ensuite, il me paie 50 000 francs par mois », témoigne-t-il.

K.B., 13 ans :  » Parfois, on est payé à temps, parfois non. Il arrive aussi qu’on nous méprise parce que nous sommes des enfants et qu’on refuse de nous payer « 

Il explique toutefois que le paiement n’est pas toujours régulier. « Parfois, on est payé à temps, parfois non. Il arrive aussi qu’on nous méprise parce que nous sommes des enfants et qu’on refuse de nous payer », déplore-t-il.

Dans certains cas, les abus poussent les enfants à abandonner leur travail, les exposant au risque de se retrouver à la rue. « Quand tu es lésé et que tu n’as personne vers qui te tourner, tu comptes sur celui qui t’a confié le travail pour réclamer ton salaire. Parfois, il tarde, mais finit par te payer », ajoute K.B.

Ciza, 12 ans, vend des beignets. Originaire de la province de Ngozi, il a été confié à son employeur par sa mère. « Il me donne ce dont j’ai besoin et me paie correctement. Mais d’autres enfants sont maltraités, contraints à des travaux pénibles et parfois privés de leur salaire », confie-t-il.

Comme beaucoup de ses camarades, il nourrit un rêve : retourner à l’école.

« Si c’était possible, je voudrais reprendre mes études. La vie que je mène est trop difficile », regrette-t-il. Pour ces jeunes travailleurs, l’absence ou le retard de salaire fragilise leur quotidien et celui de leurs familles. L’argent gagné sert souvent à subvenir à leurs besoins, mais aussi à soutenir leurs parents et leurs frères et sœurs.

« Ce que nous demandons, c’est simple : être payés à temps. Cet argent nous permet d’acheter des vêtements et d’aider nos familles », supplie K.B.

La FENADEB tire la sonnette d’alarme

Face à cette situation, la Fédération Nationale des Associations Engagées dans le domaine de l’Enfance au Burundi (FENADEB) appelle à une prise de conscience collective. Son porte-parole, Ferdinand Simbaruhije, souligne les nombreux risques encourus par ces enfants.

« Les conséquences sont multiples : violences sexuelles, grossesses non désirées, agressions physiques et psychologiques, maladies liées aux travaux pénibles, traumatismes », alerte-t-il.

Ferdinand Simbaruhije :  » L’exploitation de mineurs est passible de lourdes sanctions, conformément aux articles 520, 521 et 522 du code pénal. »

M. Simbaruhije rappelle que la loi burundaise autorise le travail à partir de 16 ans, et seulement dès 14 ans pour de petites activités d’apprentissage encadrées. Il appelle les employeurs à respecter strictement la législation du travail, notamment l’âge légal d’embauche, et à garantir la protection des mineurs.

Ferdinand Simbaruhije lance également un message clair aux parents qu’ils doivent privilégier la scolarité de leurs enfants, éviter de les exposer à des conditions nuisibles et ne pas se laisser guider par l’appât du gain.

Il rappelle que l’exploitation des mineurs est passible de lourdes sanctions, conformément aux articles 520, 521 et 522 du Code pénal. « Les contrevenants risquent une peine de prison de cinq à dix ans, assortie d’une amende comprise entre 20 000 et 50 000 francs burundais », précise-t-il.

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