Jimbere

Kirundi French
Education

Gitega : Encore du chemin à faire pour vulgariser à grande échelle l’éducation inclusive

A l’occasion de la rentrée scolaire 2026-2027, des enfants et jeunes vivant avec un handicap poursuivent leur scolarité ou apprennent un métier dans des établissements inclusifs et des centres spécialisés à Gitega. Si certains de ces élèves affichent des résultats encore encourageants, le manque de matériel adapté, de personnel spécialisé, de soins et de moyens financiers continue de compliquer leur parcours.

Au deuxième jour de la rentrée scolaire, environ 800 élèves avaient déjà rejoint l’École à vocation inclusive de Gitega au nom du Lycée Notre Dame de la Sagesse anciennement connu sous le nom de CND (Collège notre Dame), sur un effectif attendu d’environ 1 094 élèves. Selon l’Abbé Simon Nzigirabarya, directeur de ce lycée, l’année scolaire précédente s’est déroulée dans de bonnes conditions, avec des résultats satisfaisants aux examens et au concours national.

Parmi les élèves interviewés figure Eric Niyomwungere, élève au Lycée Notre Dame de la Sagesse de 20 ans, vivant avec une infirmité motrice cérébrale. Malgré des difficultés pour parler, écrire et se déplacer, il affirme avoir obtenu un pourcentage de 59% au concours national, illustrant les possibilités de réussite des élèves vivant avec un handicap.

Au Lycée Notre-Dame de la Sagesse, Donavine Ndayikengurukiye, élève malvoyante, poursuit également ses études. Elle explique que son handicap ne l’empêche pas d’apprendre, même si les interrogations et la correction des travaux restent parfois difficiles. Selon elle, certains jeunes vivant avec un handicap ont déjà terminé leurs études et poursuivent même des études universitaires ou des masters à l’étranger.

Des besoins encore importants

« L’établissement manque également de personnel spécialisé appelé binôme et de matériel pédagogique adapté »Abbé Simon Nzigirabarya, directeur Lycée Notre Dame de la Sagesse

Derrière toutes ces réussites, les établissements font face à plusieurs contraintes. Pour  Abbé Simon, à l’école à vocation inclusive de Gitega l’accès à l’eau potable reste difficile et les dortoirs, toilettes et douches ne sont pas toujours adaptés aux besoins des élèves vivant avec un handicap. L’établissement manque également de personnel spécialisé appelé binôme et de matériel pédagogique adapté.

Pour Jean Samandari du Collectif BAFASHEBIGE, l’accessibilité demeure un autre défi. Rampes, toilettes adaptées, alphabet braille et outils d’apprentissage en langue des signes font encore défaut dans plusieurs établissements. Il appelle ainsi à une politique nationale d’éducation inclusive reposant notamment sur la formation des enseignants et la disponibilité du matériel adapté.

Dans les centres spécialisés, les besoins restent également importants. Au centre pour personnes handicapées Étoile du matin de Mushasha, sœur Angéline Ntahokaja, des sœurs bene Theresa, indique que 96 enfants et jeunes sont actuellement accompagnés. Le centre leur permet de poursuivre leurs études ou d’apprendre des métiers comme la couture. Après trois ans de formation, certains bénéficiaires reçoivent une machine à coudre et du matériel pour démarrer leur activité.

Au centre notre dame de la persévérance dirigé par Mme Augustine Bucumi, 234 enfants sont attendus cette année, dont 144 ont déjà rejoint la structure. Le centre accueille notamment des enfants ayant des difficultés à entendre et à parler. Mais le manque de moyens financiers, d’infrastructures, de matériel et de personnel limite encore ses capacités d’accueil et d’accompagnement. Elle précise qu’à défaut du nombre limité de salle de classe, la demande est toujours supérieure. « Certaines écoles ne disposent pas encore des infrastructures nécessaires pour accueillir tous les élèves », souligne Augustine Bucumi

Des familles face au coût des soins

Pour les familles, les dépenses liées au handicap constituent également un obstacle. Simbakwira Perpétue, mère d’un enfant vivant avec un handicap, évoque notamment le coût élevé des soins médicaux et des frais scolaires. Elle encourage les parents à ne pas garder leurs enfants à la maison, estimant qu’ils peuvent eux aussi apprendre et développer leurs capacités.

Bikorimana Rose, élève albinos au Lycée Notre-Dame de la Sagesse, souligne de son côté le coût des médicaments et des frais scolaires. Elle demande également aux enseignants de mieux tenir compte des besoins des élèves malvoyants, particulièrement lors des évaluations.

Sœur Angéline Ntahokaja souligne pour sa part que les soins de santé ainsi que les équipements tels que les prothèses et les orthèses représentent des dépenses importantes pour les familles et les centres. Elle appelle à un soutien de l’État et des organisations afin de répondre à ces besoins.

Ne pas seulement inscrire, mais permettre de réussir

« Certaines écoles ne disposent pas encore des infrastructures nécessaires pour accueillir tous les élèves », Augustine Bucumi, Directrice au centre Notre Dame de la persévérance à Mushasha

Pour Mme Augustine Bucumi, le soutien des autorités, des partenaires et des personnes de bonne volonté reste indispensable pour renforcer l’accompagnement des enfants. Elle sollicite notamment l’aide du ministère de l’éducation pour des moyens financiers, du matériel et un appui permettant au centre de mieux répondre à leurs besoins surtout en exonérant le matériel. Elle interpelle la fonction publique à mettre le personnel parmi les fonctionnaires de l’état.

Certaines écoles ne disposent pas encore des infrastructures nécessaires pour accueillir tous les enfants vivant avec handicap.

Pour Jean Samandari, l’éducation inclusive ne devrait toutefois pas s’arrêter à l’inscription d’un enfant à l’école. Il faut aussi lui donner les moyens d’y rester, d’apprendre et de réussir. « La qualité de l’éducation ne doit pas être réservée à quelques enfants », rappelle-t-il.

À Gitega, les parcours d’Eric, de Donavine et de nombreux autres jeunes montrent ainsi que le handicap ne constitue pas nécessairement une limite à la réussite. Reste à faire en sorte que les conditions d’apprentissage, les soins et les équipements suivent leurs ambitions.

Les réussites de certains élèvent montrent que le handicap ne ferme pas les portes de l’école. Mais pour que ces parcours ne restent pas des exceptions, l’accès à un enseignement adapté, à des soins et aux ressources nécessaires demeure essentiel.

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top