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Buhumuza : Éducation chez les enfants Batwa, un chemin vers l’école parsemé d’obstacles

A la rentrée scolaire 2026-2027, la situation des enfants issus des communautés Batwa reste précaire. A Ruyigi en province de Buhumuza où vivent une grande communauté des Batwa, le manque du matériel scolaire, la pauvreté, la démotivation … entrainent le décrochage scolaire. Les acteurs saluent les initiatives du gouvernement pour promouvoir l’éducation des enfants issus des catégories défavorisées et encouragent les parents à investir dans l’éducation de leurs enfants en depit des difficultés économiques des ménages

L’UNIPROBA (Unissons-nous pour la promotion des Batwa) a parcouru 25 communes parmi les 42 du pays pour s’enquérir de la situation scolaire des enfants Batwa. Le constat est sans appel : la  scolarisation progresse au primaire, mais le décrochage scolaire à partir de la 6ème année demeure une préoccupation majeure.

Selon lui, le manque de fournitures scolaires figure parmi les principales difficultés rencontrées par les familles. Cahiers, uniformes, chaussures et autres matériels nécessaires à la scolarité représentent des dépenses difficiles à supporter pour certains ménages. À cela s’ajoute, selon l’UNIPROBA, le fait que certains parents et enfants ne perçoivent pas toujours l’importance de poursuivre les études. Dans certaines familles, des enfants finissent ainsi par quitter l’école pour chercher du travail, notamment en Tanzanie.

À Ruyigi, les fournitures scolaires pèsent sur les familles

Cette difficulté est également évoquée par des habitants de la colline Kigamba, zone Rwamvura, commune Ruyigi, province Buhumuza. Ils affirment que les enfants Batwa en âge scolaire sont généralement inscrits à l’école, mais que les familles peinent à assurer les dépenses liées à leur scolarité.

Pour Bukuru Gaspard, un des parents rencontrés l’une des principales difficultés concerne notamment les chaussures et l’uniforme. « Pour lui, l’enfant ne peut pas avoir de quoi manger, et l’inciter à porter des chaussures fermées », s’interroge-t-il.

Une autre difficulté concerne les filles. Mélanthie Hakizimana explique que certaines élèves manquent les cours pendant leurs menstruations lorsqu’elles ne disposent pas de kits nécessaires : serviettes hygiéniques. Les absences répétées peuvent les empêcher à suivre le même rythme que leurs camarades masculins et parfois certaines fissent par raccrocher.

De son côté, Barnaba Ngendakumana estime que, malgré ces difficultés, les enfants Batwa de son entourage fréquentent l’école. Certains ont même poursuivi leurs études jusqu’à l’université.

La pauvreté, mais aussi la perception de l’école

« Le problème de pauvreté chez les enfants Batwa, nous le connaissons. Mais la principale difficulté reste aussi la conception même de l’importance de l’école », explique Gérard Sindaharaye,conseiller du département Genre à Ruyigi

Pour Gérard Sindaharaye, conseiller du département Genre à Ruyigi, la situation doit toutefois être analysée au-delà du manque de moyens matériels.

« Le problème de pauvreté chez les enfants Batwa, nous le connaissons. Mais la principale difficulté reste aussi la conception même de l’importance de l’école », explique M. Sindaharaye.

Selon lui, certains enfants commencent leur scolarité et obtiennent des résultats satisfaisants, mais abandonnent progressivement à partir des classes montantes. Il estime que cette situation est également liée à la manière dont certains enfants et leurs parents perçoivent l’utilité de l’éducation.

Cet état de choses se combine néanmoins aux difficultés économiques. Joël Citegetse, responsable d’une dizaine de ménages dans une zone où vivent plus de 70 familles Batwa, estime que les familles les plus vulnérables ont besoin d’un accompagnement particulier.

Pour lui, les cahiers, les stylos et les autres fournitures scolaires restent difficiles à acheter pour certains ménages. Il appelle ainsi à davantage de mesures permettant aux enfants Batwa issus de familles démunies de poursuivre leur scolarité.

Des mesures existent, mais des défis persistent

« Le manque de fournitures scolaires figure parmi les principales difficultés rencontrées par les familles« Emmanuel Nengo, UNIPROBA

L’UNIPROBA rappelle que des mesures ont été prises pour promouvoir la scolarisation des enfants Batwa. Emmanuel Nengo représentant légal de cette organisation qui milite pour les droits des Batwa cite notamment l’engagement pris par le Chef de l’État, en août 2023, de suivre la question de leur éducation. Dans la foulée, le ministère de l’Éducation une correspondance a adressée en décembre de la même année par afin de lever les obstacles à leur scolarisation.

Selon lui, certaines mesures ont également permis de faciliter l’accès d’enfants Batwa aux internats. Toutefois, pour l’année scolaire 2026-2027, l’UNIPROBA relève que les moyens financiers auparavant accordés à certains enfants Batwa admis en internat n’auraient pas été prévus de la même manière, ce qui laisse certains enfants dans leurs familles malgré leur besoin d’intégrer ces établissements.

Sur le terrain, l’UNIPROBA mène notamment des activités de sensibilisation auprès des familles pour les encourager à envoyer et à maintenir leurs enfants à l’école.

L’organisation affirme également avoir fourni des fournitures scolaires à plus de 1 000 enfants dans la province de Bujumbura, avec l’appui des partenaires. D’après ses chiffres, environ 15 000 enfants Batwa sont scolarisés au primaire, plus de 3 600 au secondaire et plus d’une centaine à l’université.

Des parcours qui montrent que la poursuite des études est possible

Malgré les difficultés, certains parcours témoignent des possibilités offertes par l’éducation. Emmanuel Nengo parle d’un cas d’un jeune homme lauréat de l’université à Ruyigi et une jeune femme récemment diplômée à l’université du Burundi campus Buhumuza. À Rutana, en revanche, l’organisation affirme ne pas encore avoir identifié de parcours universitaire similaire parmi les enfants Batwa qu’elle accompagne.

Pour l’UNIPROBA, l’enjeu est donc de faire en sorte que les enfants ne s’arrêtent pas au début de leur parcours. Emmanuel Nengo appelle les élèves à s’investir davantage dans leurs études et les responsables scolaires à appliquer effectivement les mesures destinées à lever les obstacles à la scolarisation des enfants Batwa.

Entre les difficultés à acheter une paire de chaussures, le coût des fournitures, les absences liées aux menstruations et la perception de l’importance de l’école, les obstacles sont multiples. Pour les acteurs rencontrés, le défi est désormais de faire de l’inscription scolaire un véritable parcours jusqu’à la réussite, afin que les enfants Batwa puissent eux aussi poursuivre leurs études aussi loin que leurs capacités et leurs ambitions le permettent.

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