A quelques jours de la rentrée scolaire 2026-2027, le Burundi affiche des ambitions pour améliorer les conditions d’apprentissage. Le recrutement annoncé de 5 000 enseignants et la poursuite de la campagne « Zéro enfant mal assis » témoignent des efforts engagés. Mais entre infrastructures scolaires encore dégradées, déficit d’enseignants et préoccupations liées aux frais scolaires, le pays reste face à d’importants défis.
Pour répondre au manque d’enseignants, le Gouvernement prévoit de recruter 5 000 enseignants au cours de l’année scolaire 2026-2027. Une enveloppe de 17,785 milliards de francs burundais est prévue pour financer ce recrutement. Selon le projet présenté au Conseil des ministres du 12 août 2026, les besoins globaux sont estimés à 14 330 enseignants.

Cette mesure intervient après le recrutement de 1 964 enseignants durant l’exercice 2025-2026. Dans son bilan, le ministre de l’Education nationale et de la Recherche scientifique, François Havyarimana, présente cette évolution comme un effort important pour renforcer les ressources humaines du secteur.
Sur le terrain, les réalités restent toutefois contrastées. Dans certaines écoles visitées, l’état des infrastructures interpelle. A Kamenge-Mirango 13e av « Ku Bafaransa », plusieurs fenêtres sont cassées ou fortement détériorées, tandis que certaines portes montrent également des signes d’usure. Plusieurs parties du bâtiment présentent par ailleurs un état de dégradation qui laisse apparaître la nécessité de travaux de réhabilitation.

Le même constat est fait à l’école de Ngagara, près du marché. Les fenêtres et les portes y sont également en mauvais état, alors que certaines parties du bâtiment présentent des signes visibles de dégradation. Ces observations soulèvent la question de l’entretien des infrastructures scolaires, alors que le Gouvernement met en avant l’amélioration des conditions d’apprentissage pour la rentrée 2026-2027.
Selon la Coalition pour l’Education Pour Tous « BAFASHEBIGE », le recrutement annoncé constitue une avancée, même si le déficit reste important. « Le fait de passer d’environ 2 000 enseignants recrutés les années précédentes à près de 5 000 enseignants pour l’année scolaire 2026-2027 est une avancée importante », estime Jean Samandari, président de la Coalition BAFASHEBIGE. Il encourage toutefois le Gouvernement à poursuivre progressivement les recrutements et à veiller à une répartition équitable des enseignants entre les établissements.
Près de 45 000 bancs-pupitres déjà distribués

La campagne « Zéro enfant mal assis » constitue l’autre grande mesure mise en avant par le ministère. Selon le bilan du Ministère de l’Education, 44 993 bancs-pupitres ont déjà été fabriqués et distribués dans différentes écoles du pays. Le programme bénéficie d’un budget gouvernemental de 18 milliards de francs burundais, avec la participation des communes et des partenaires.
Le ministre François Havyarimana explique que l’objectif est de garantir de meilleures conditions matérielles aux élèves. « Le programme “Zéro enfant mal assis” vise à garantir à chaque élève une place assise dans de bonnes conditions », affirme-t-il. Le ministre reconnaît cependant que tous les besoins ne sont pas encore couverts, notamment dans les établissements confrontés à une forte croissance des effectifs scolaires.
Pour BAFASHEBIGE, les bancs-pupitres sont nécessaires, mais ne suffisent pas à eux seuls à améliorer la qualité de l’éducation. « Un enfant bien assis n’est qu’une partie de la solution », souligne Samandari, qui demande également davantage de salles de classe, d’enseignants, de matériels pédagogiques, d’eau potable et d’installations sanitaires.
Les parents face à la multiplication des contributions
La question des frais scolaires reste également au cœur des préoccupations. Un père dont l’enfant étudie à Kigobe affirme que les parents sont régulièrement sollicités pour différentes contributions au cours de l’année. « Chaque trimestre, nous payons de l’argent. Les montants ne sont pas toujours les mêmes, mais nous les payons régulièrement », témoigne-t-il.
Il estime que les établissements devraient expliquer clairement aux parents la nature des sommes demandées et leur destination, afin d’éviter toute confusion.
Concernant une éventuelle augmentation des contributions, il comprend la nécessité de tenir compte de la hausse générale des prix, mais appelle les autorités à prendre en considération la situation économique des familles. « Les choses ont augmenté et ont beaucoup changé. S’ils décident de fixer les frais scolaires, qu’ils tiennent compte de la période que nous traversons, car les familles rencontrent elles aussi des difficultés », plaide-t-il.
Il insiste également sur la nécessité d’améliorer la qualité de l’enseignement afin que les enfants sortent de l’école avec des connaissances et des compétences suffisantes pour leur avenir.
Le Gouvernement prépare une nouvelle réglementation des frais scolaires

Cette question a récemment été examinée en Conseil des ministres. Le Gouvernement a adopté un projet d’ordonnance ministérielle portant fixation des frais scolaires et des autres contributions des parents dans les établissements publics et privés.
Selon le document présenté au Conseil des ministres, la réglementation actuelle sur les frais scolaires est devenue ancienne et les montants appliqués sont jugés insuffisants au regard de l’évolution des coûts. Le projet vise également à mettre fin aux pratiques d’augmentation non encadrées de certains frais dans les établissements privés.
Le Gouvernement prévoit notamment de distinguer les frais scolaires de ceux liés à la restauration des élèves et d’améliorer la transparence dans la gestion des contributions.
Pour BAFASHEBIGE, toute éventuelle augmentation doit toutefois être précédée d’un dialogue avec les parents et les autres acteurs de l’éducation. « Avant de demander davantage aux familles, il faut se demander si leurs revenus leur permettent réellement de supporter cette charge supplémentaire », estime Samandari.
Il met en garde contre le risque de voir les difficultés financières pousser certains enfants à s’absenter ou à abandonner l’école.
Les établissements se préparent à accueillir les élèves

Sur le terrain, les établissements se préparent également à accueillir les élèves. A l’école LMKA (Lycée municipal de Kamenge), Ngendakumana Chanel, le directeur de l’établissement, indique que des travaux sont en cours pour améliorer les conditions d’accueil. « Nous sommes en train de réparer les bancs et de repeindre les tableaux », explique-t-il.
Il reconnaît néanmoins que certains équipements restent insuffisants. Sur le plan pédagogique, il affirme que l’établissement utilise également des outils numériques pour familiariser les élèves avec les différents types de questions susceptibles d’être posées aux examens nationaux.
Le ministère annonce par ailleurs la poursuite des investissements dans les infrastructures. Son bilan fait état de 207 salles de classe construites et équipées et de 99 écoles électrifiées dans le cadre du projet Twige Neza.
Une rentrée entre avancées et défis persistants
Pour BAFASHEBIGE, les mesures annoncées constituent des avancées, mais leur efficacité dépendra surtout de leur mise en œuvre dans les écoles. La Coalition appelle le Gouvernement à poursuivre le recrutement des enseignants, à concrétiser la campagne « Zéro enfant mal assis », à améliorer les infrastructures et à protéger les élèves issus des familles vulnérables.
« Notre souhait est que chaque enfant ait un enseignant, une place assise, des conditions d’apprentissage dignes et la possibilité de poursuivre sa scolarité indépendamment de la situation économique de sa famille », conclut Samandari, président de BAFASHEBIGE.
A quelques jours de la rentrée, le défi reste donc de transformer les annonces et les investissements en améliorations concrètes dans les salles de classe, tout en veillant à ce que les coûts supportés par les familles ne constituent pas un nouvel obstacle à la scolarisation.




