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Economie

Une économie surexposée aux chocs extérieurs

Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent d’alimenter les incertitudes sur les marchés mondiaux. Le Burundi n’est pas du tout a l’abris des effets de cette crise selon un nouveau rapport de la Banque Africaine de développement. Le document passe au crible les conséquences sur notre économie fortement dépendante des importations. Le constat est sans appel, un prolongement de cette crise risquerait d’aggraver les difficultés économiques auxquelles le pays fait face.

Le Rapport pays de la Banque Africaine de Développement édition 2026 révèle que l’économie burundaise affiche des signaux positifs. En 2025, l’économie burundaise a affiché une croissance de 4,6 %, contre 4,1 % en 2024. Cette progression reste toutefois inférieure à la moyenne de l’Afrique de l’Est, estimée à 6,6 %. Les auteurs de ce rapport estiment que la croissance est tirée par le secteur minier (exportations de l’or), les investissements publics dans les infrastructures, les activités de construction ainsi que la production d’électricité grâce à la mise en service de nouveaux barrages.

En revanche, l’agriculture d’exportation est restée en difficulté, tandis que la consommation des ménages a continué d’être pénalisée par la flambée des prix. Cette croissance profite davantage aux secteurs extractifs et aux investissements publics qu’au pouvoir d’achat de la population.

La crise du Moyen orient, un talon d’Achille

Les experts de la BAD avertissent que si les tensions au Moyen-Orient persistent, leurs effets pourraient se transmettre au Burundi à travers trois principaux mécanismes.

Le premier concerne l’énergie. Une hausse durable des prix du pétrole augmenterait les coûts d’importation du carburant, déjà rare dans le pays. Comme les prix officiels sont administrés depuis février 2024, les finances publiques pourraient être davantage sollicitées, tandis que les prix pratiqués sur le marché parallèle continueraient d’augmenter, apprend-on du rapport.

Le deuxième canal est le commerce et la logistique. Les perturbations du transport maritime entraîneraient une hausse des coûts du transport international de marchandises. Les entreprises devraient supporter des coûts de transport plus élevés, ce qui se répercuterait sur les prix des produits de consommation, des matières premières et des intrants agricoles, précise le rapport.

Enfin, les flux financiers internationaux pourraient également être affectés. Une hausse des taux d’intérêt mondiaux combinée à une dépréciation du franc burundais augmenterait le coût du remboursement de la dette extérieure et compliquerait son refinancement.

L’agriculture parmi les secteurs les plus exposés

« Si les prix internationaux du pétrole et du transport continuent de grimper, cette pression inflationniste pourrait encore s’intensifier », lit-on dans le rapport établi par la BAD.

Le secteur agricole figure parmi les plus vulnérables. Le Burundi importe une part importante de ses engrais, qui représentent environ 40 % de la consommation annuelle. Une augmentation de leur prix réduirait leur accessibilité pour les agriculteurs, avec des conséquences possibles sur les rendements agricoles, la sécurité alimentaire et les revenus des ménages ruraux.

Avant même les effets éventuels de la crise, l’inflation constitue l’un des principaux défis économiques du Burundi. En 2025, elle a atteint 34 %, contre 20,2 % en 2024, un niveau largement supérieur au plafond communautaire de 8 % fixé par la Communauté d’Afrique de l’Est. « Cette hausse généralisée des prix s’explique notamment par deux facteurs structurels : le financement monétaire du déficit budgétaire et une offre agricole insuffisante. Si les prix internationaux du pétrole et du transport continuent de grimper, cette pression inflationniste pourrait encore s’intensifier », lit-on dans le rapport établi par la BAD.

Le pire est à craindre !

Dans le pire scénario de prolongation des tensions au Moyen-Orient, les projections de la BAD indiquent un ralentissement de la croissance économique à 4,2 % en 2026. L’inflation pourrait atteindre 22,5 %, tandis que les déficits budgétaire et extérieur se creuseraient respectivement jusqu’à 4 % et 7 % du PIB.

Ces perspectives montrent que le Burundi demeure fortement exposé aux chocs internationaux malgré une dette extérieure relativement modérée.

L’histoire économique du Burundi montre que le pays a régulièrement subi les conséquences de crises internationales, qu’il s’agisse de la guerre du Golfe, de la crise financière mondiale, de la pandémie de Covid-19 ou encore de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Face aux nouvelles tensions géopolitiques, les économistes estiment que le pays devra renforcer sa capacité de résilience en diversifiant ses sources d’approvisionnement, en soutenant la production locale, en réduisant sa dépendance aux importations stratégiques et en consolidant les équilibres macroéconomiques.

À ce jour, déplorent les experts de la BAD aucune mesure officielle spécifique n’a encore été annoncée par le Gouvernement ou les partenaires techniques et financiers pour répondre aux risques liés à cette crise. Si le conflit venait à s’installer durablement, la rapidité de la réponse économique pourrait faire la différence entre un ralentissement maîtrisé et un choc plus profond sur l’économie burundaise, concluent-ils.

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