A Rugero, en commune Kirundo, Violette Mutarutwa s’impose comme une figure de leadership local. EntAre fermeté, engagement communautaire et exemplarité, cette mère de famille redéfinit le rôle de cheffe de colline et inspire une nouvelle génération de femmes.
Mère de quatre enfants et âgée de 36 ans, Violette Mutarutwa dirige la colline Rugero, située dans la zone Gihosha, commune Kirundo, en province de Butanyerera. Engagée et déterminée, elle incarne un leadership de proximité axé sur l’ordre, la justice et le développement communautaire.
Avant d’accéder à ce poste, elle travaillait déjà au sein de la commune de Kirundo. « Après la réorganisation administrative, j’ai décidé de me présenter aux élections des chefs de colline en 2025 afin de contribuer au développement de notre communauté. J’étais la seule femme parmi huit candidats et j’ai terminé deuxième », raconte-t-elle. À la suite de la suspension du chef de colline élu, elle est appelée à assurer ses fonctions et prend finalement la tête de Rugero.

Elle se souvient des débuts marqués par le scepticisme : « Après l’élection, certains doutaient qu’une femme puisse diriger cette colline. Aujourd’hui, ceux que je dirige reconnaissent qu’aucun homme n’aurait mieux fait à leur service. »
Déterminée à rompre avec certaines pratiques du passé, elle explique les motivations de sa candidature : « Mon prédécesseur hésitait à sanctionner les fautes par crainte d’être mal perçu. Je me suis dit que si j’étais élue, les erreurs ne resteraient plus impunies. Aujourd’hui, les choses ont changé. » Elle insiste sur une gouvernance équitable : « Celui qui commet une faute est sanctionné, dans le respect de ses droits. »
Entre foyer et responsabilités, un équilibre maîtrisé
Concilier vie familiale et responsabilités administratives n’a pas été sans défis. « Au début, je pensais que ce serait difficile, car une femme doit assumer de nombreuses responsabilités. Mais dans un foyer, tout est une question d’entente », explique-t-elle.
Grâce à une bonne organisation, elle parvient à remplir ses fonctions sans négliger sa famille. « Nous sommes cinq élus. En cas d’indisponibilité, mon adjoint peut gérer certaines situations. Je n’interviens que lorsque c’est nécessaire », précise-t-elle.
Depuis son arrivée, des changements notables ont été observés, notamment en matière de sécurité. « Autrefois, les vols étaient fréquents et rarement sanctionnés. Aujourd’hui, tout voleur pris en flagrant délit est remis à la justice. Le phénomène a fortement diminué », se réjouit-elle.
Elle veille également à corriger certains comportements au sein de la communauté, y compris chez les femmes : « Certaines pensaient que je les couvrirais. Mais aujourd’hui, elles savent que toute faute est sanctionnée. »
Son ambition est claire : faire de Rugero une colline modèle. Elle encourage aussi les femmes à s’engager en politique locale : « Qu’elles osent se présenter aux postes de responsabilité. Une femme élue ne domine pas l’homme, mais elle est pleinement capable. »
Une communauté convaincue
Les habitants de Rugero saluent unanimement son action. Ils évoquent une amélioration de la sécurité, une gestion équitable des conflits et la mise en œuvre de projets de développement.
André Ndirahisha témoigne : « Être dirigés par cette femme ne pose aucun problème. Ses réalisations sont visibles, notamment dans la construction des routes et la résolution des conflits. Les vols ont fortement diminué. »
Même constat pour Nadine Kwizera : « Depuis qu’elle est en fonction, aucune femme ne s’est plainte. Elle rend justice correctement et veille à la propreté de la colline. Elle conseille les fautifs avant de les sanctionner si nécessaire. »
Elle souligne également son engagement social : « Elle mobilise la population pour les travaux communautaires et aide même les plus démunis, notamment en contribuant à la construction de logements. »
Le leadership féminin, entre avancées et défis

Selon Diomède Ninteretse, expert en leadership, la présence accrue des femmes dans les instances de décision constitue une avancée notable. « À l’Assemblée nationale, elles représentent 39 %, au Sénat 45 % et au gouvernement 30 %. Cela leur permet de mieux faire entendre leur voix. »
Cependant, des disparités persistent à la base. « Dans les provinces, les femmes restent peu représentées. Chez les gouverneurs, elles sont environ 20 %, et leur présence est encore plus faible dans les communes et sur les collines », souligne-t-il.
Il attribue cette situation à des facteurs socioculturels : « Les traditions et le caractère patriarcal de la société freinent encore l’accès des femmes aux postes de responsabilité. »
Pour lui, l’enjeu ne se limite pas à la représentation numérique : « Il est essentiel que les femmes participent activement aux décisions, et pas seulement qu’elles figurent dans les statistiques. »
Il conclut en plaidant pour une meilleure intégration du genre dans les politiques publiques : « Partout où les femmes participent à la prise de décision, la gouvernance s’en trouve améliorée. »




