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Parole maîtrisée : un rempart contre la haine

Mesurer ses mots, vérifier ses propos et choisir le moment d’intervenir : une discipline essentielle pour apaiser les tensions, préserver la dignité et renforcer la cohésion sociale.

Les mots ne sont jamais anodins : ils peuvent apaiser comme diviser. Réfléchir avant de parler implique de vérifier ses propos, d’en mesurer la portée et de choisir le moment opportun pour s’exprimer. Cette exigence constitue un levier essentiel pour freiner la haine, préserver la dignité et renforcer la cohésion sociale.

Sur la sous-colline T3 A, colline Ruhwa, en commune Cibitoke, la parole est perçue comme un outil capable de construire la paix… ou d’alimenter les tensions. Dans un environnement où les échanges informels occupent une place centrale, elle devient un vecteur puissant, parfois incontrôlé.

Gérard*, rencontré au centre de cette localité, décrit une réalité qu’il juge préoccupante : « Un mot mal choisi, une accusation lancée sans preuve… et cela suffit pour briser la confiance entre voisins. Ce qui est grave, c’est que les gens réalisent souvent trop tard l’impact de leurs paroles », observe-t-il.

Son constat est partagé par certains habitants. Pour Renate, habitante de la sous-colline T3 A, la première règle d’une parole responsable repose sur une exigence simple : dire vrai. « Quand je veux prendre la parole, je me pose toujours la question : est-ce que j’ai la preuve de ce que je dis ? Si la réponse est non, je préfère me taire. Parce que parler sans preuve, c’est comme mentir sans s’en rendre compte. »

Au-delà de la véracité, la manière de s’exprimer est tout aussi déterminante. Selon Rodrigue*, lui aussi habitant de la sous-colline T3 A, les mots doivent être soigneusement choisis pour éviter de heurter certaines sensibilités : « On peut exprimer un désaccord sans humilier l’autre. Réfléchir avant de parler, c’est aussi se demander : est-ce que mes mots vont blesser ? Vont-ils aider à résoudre un problème ou l’aggraver ? »

Il souligne l’importance d’une communication non violente comme fondement d’un vivre-ensemble apaisé : « Les mots peuvent être utilisés pour blesser, mais aussi pour guérir. »

Tourner la langue sept fois avant de parler

Ainsi, si chacun prenait le temps de réfléchir avant de s’exprimer, estime Rénovat Nsengiyumva, de nombreux problèmes pourraient être évités : « La haine commence souvent par des mots. Donc, si l’on contrôle nos paroles, on peut empêcher la haine de grandir. »

Cet administratif recommande de ne pas réagir sous le coup de l’émotion, au risque de prendre de mauvaises décisions ou de tenir des propos destructeurs : « En tant qu’autorité, je fais quotidiennement face à des situations où je dois faire preuve de sagesse avant de trancher. Cela implique de choisir des mots justes et responsables pour éviter d’opposer les uns aux autres. »

Abondant dans le même sens, l’abbé Dieudonné Nibizi, expert en communication, explique que les échanges dans la société sont souvent immédiats et spontanés, laissant peu de place à la réflexion : « Beaucoup de personnes parlent sans considérer les conséquences de leurs paroles. Pourtant, la sagesse ancienne recommande de réfléchir avant de s’exprimer afin d’éviter des propos regrettables. »

Selon lui, il est essentiel, avant de parler, de s’interroger sur la vérité, la pertinence et la nécessité de ses mots. Cette réflexion permet de filtrer les propos et d’écarter ceux qui pourraient nuire : « Les enseignements insistent sur l’importance de ne prononcer que des paroles constructives, capables d’apporter du bien à ceux qui écoutent. Les mots ont un impact réel : ils peuvent construire ou détruire, unir ou diviser. »

En adoptant une attitude réfléchie, conclut-il, chacun peut contribuer à réduire les discours de haine et à favoriser des échanges respectueux : « Cette démarche, résumée par l’idée de s’interroger avant de parler, est une invitation à cultiver la sagesse et à édifier la société. »

*Nom d’emprunt

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