Jimbere

Kirundi French
Actualité

Mercure au Burundi : l’inquiétude grandit autour des poissons consommés

Les députés s’inquiètent de la présence éventuelle de mercure dans les poissons pêchés dans les lacs.

Soulevée à l’Assemblée nationale, la question de la présence du mercure dans l’environnement burundais alerte sur un risque sanitaire encore mal évalué. Entre pollution liée à l’orpaillage, manque de données et consommation de poissons, les autorités tentent d’encadrer un phénomène préoccupant.

« Et les poissons que nous mangeons ? » Derrière cette interrogation, posée à l’Assemblée nationale ce mardi 7 avril 2026, se cache une inquiétude profonde et légitime : celle de la présence du mercure dans l’environnement burundais et de ses conséquences potentielles sur la santé des populations.

Les poissons pêchés dans le lac Tanganyika

Ce jour-là, l’hémicycle de Kigobe a été le théâtre d’un échange animé entre l’Assemblée nationale et Calinie Mbarushimana, ministre en charge de l’Environnement.

Dans l’exposé des motifs du projet de loi portant sur la gestion du mercure, la ministre a rappelé que le mercure est une substance hautement toxique, aujourd’hui considérée comme une menace majeure à l’échelle mondiale. Sous sa forme la plus dangereuse, le « méthylmercure », il se forme dans les milieux aquatiques contaminés et s’accumule progressivement dans la chaîne alimentaire. Les poissons et autres organismes aquatiques deviennent ainsi des vecteurs directs de contamination pour l’homme.

Devant les députés, la ministre a expliqué : « Lorsque les eaux sont polluées, les plantes aquatiques absorbent le mercure, les poissons s’en nourrissent, puis l’homme, à son tour, consomme ces poissons contaminés ».

Une menace silencieuse pour la santé

Les effets du mercure sur la santé humaine sont multiples et particulièrement graves. Il peut provoquer des troubles du système nerveux, des pertes de mémoire, des atteintes rénales, des difficultés motrices, ainsi que des malformations congénitales lorsque l’exposition survient pendant la grossesse.

Calinie Mbarushimana, la ministre en charge de l’environnement

« Les enfants et les femmes enceintes sont les plus exposés et les plus vulnérables », a insisté la ministre, rappelant que même de faibles quantités peuvent entraîner des conséquences irréversibles sur le développement du cerveau.

Au-delà des cas individuels, c’est une véritable question de santé publique qui se pose. Dans certaines régions du monde fortement exposées, des études ont déjà démontré des impacts significatifs sur les populations. Selon des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2024), « entre 1,5 et 17 enfants sur 1 000 présentent des signes de troubles liés à l’exposition au mercure » dans des communautés à risque, notamment celles vivant de la pêche.

Des sources de pollution bien identifiées

Au Burundi, la pollution au mercure est en grande partie liée aux activités humaines, en particulier à l’exploitation artisanale de l’or, largement pratiquée dans plusieurs provinces.

Dans ce secteur, le mercure est utilisé pour séparer l’or des autres matériaux. Une fois utilisé, il est souvent rejeté sans traitement dans l’environnement, notamment dans les rivières et les lacs. « Les résidus issus de l’orpaillage finissent dans les eaux, contaminant les écosystèmes aquatiques », a précisé la ministre.

Ces pratiques, souvent informelles et difficiles à encadrer, confie la ministre, contribuent fortement à la pollution. Une partie du mercure utilisé entrerait même dans le pays par des circuits non officiels, échappant ainsi à tout contrôle.

Néanmoins, l’exploitation minière n’est pas la seule source. Certains produits médicaux, notamment en dentisterie, utilisent encore des amalgames contenant du mercure. « Même dans le domaine médical, le mercure reste présent, notamment pour des raisons de coût », a reconnu la ministre. Par ailleurs, certains produits cosmétiques, en particulier des crèmes éclaircissantes, contiennent du mercure. Leur utilisation expose directement les consommateurs à des risques sanitaires souvent méconnus.

Un manque de données qui alimente les inquiétudes

Malgré ces risques, l’ampleur réelle de la contamination au Burundi reste difficile à évaluer, en raison du manque d’équipements de laboratoire capables de détecter la présence du mercure dans les aliments ou dans l’organisme humain.

« Nous ne disposons pas encore de données précises pour confirmer le niveau de contamination des poissons ou des populations », a expliqué la ministre. Dans la pratique, les poissons consommés au Burundi font rarement l’objet d’analyses. Une situation qui alimente les inquiétudes, notamment dans les communautés vivant de la pêche et consommant régulièrement des produits aquatiques.

Certaines estimations donnent toutefois un aperçu de l’ampleur du phénomène : en 2020, plus de 64 kilogrammes de mercure auraient été utilisés dans le pays, un chiffre jugé préoccupant par les experts de la commission permanente compétente à l’Assemblée nationale.

Face à cette situation, les autorités burundaises ont décidé d’agir. Le 7 avril 2026, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité un projet de loi portant sur la gestion du mercure. Ce texte vise à « garantir un niveau élevé de protection de la santé humaine et de l’environnement contre les émissions et rejets de mercure ».

Il prévoit notamment : l’interdiction de l’importation et de l’exportation du mercure et des produits en contenant ; la suppression progressive de son utilisation dans l’exploitation minière artisanale de l’or ; un contrôle renforcé des produits mis sur le marché, etc.

Le projet de loi introduit également un délai de transition. Initialement fixée à 2025, la date limite pour retirer du marché les produits contenant du mercure a été repoussée au 1er janvier 2028. « Ce report vise à permettre aux opérateurs économiques d’écouler leurs stocks et aux autorités de mener des campagnes de sensibilisation », a expliqué la ministre.

Les députés ont insisté sur la nécessité d’un suivi rigoureux. « Une loi n’a de valeur que si elle est appliquée », ont rappelé certains élus, évoquant les difficultés rencontrées dans l’application d’autres textes, comme l’interdiction des sachets.

Dans le cadre de cette réforme, le gouvernement entend promouvoir des alternatives moins dangereuses. Comme le précise la ministre, des formations ont déjà été organisées à l’intention des coopératives minières afin de les initier à des techniques d’extraction de l’or sans mercure dans l’objectif de réduire progressivement la dépendance à cette substance tout en maintenant les activités économiques.

Ecrit par Elvis Nshimirimana

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top