Dans le cadre de son engagement en faveur des droits des filles à l’éducation, l’Association Burundaise pour le Bien-être Familial (ABUBEF) a organisé du 30 au 31 juillet 2025 à Ngozi, un atelier d’évaluation du projet « Right Here Right Now 2 », en présence de ses partenaires nationaux.
Au Burundi, le règlement scolaire actuel impose que toute élève enceinte soit exclue de l’école pour l’année scolaire en cours. L’article 70, en particulier, est au cœur des débats : il prévoit des conditions de réintégration plus strictes pour les filles que pour les garçons impliqués dans une grossesse. Alors que les garçons peuvent reprendre l’école dès l’année suivante, les filles sont contraintes d’attendre un à deux ans avec des démarches administratives lourdes et décourageantes.
Ce traitement à géométrie variable est une injustice qui compromet le droit à l’éducation des jeunes filles. Elle entraine des abandons scolaires définitifs, une stigmatisation sociale et une perte de perspectives professionnelles pour les adolescentes concernées et déjà vulnérabilisées.
Le projet a porté ses fruits
Selon Enoce Ruratebuka, chargé du plaidoyer au sein d’ABUBEF (Association Burundaise pour le Bien-être Familial), le projet visait à autonomiser 80% des filles au Burundi pour qu’elles soient formées pour défendre leurs droits en SSR et d’en sensibiliser d’autres.
Parmi les réalisations du projet figurent des formations en Education à la Santé et au Bien-Etre des Adolescents et Jeunes, octroyées aux jeunes filles ; le renforcement de leurs compétences pour qu’elles deviennent à leur tour des relais pour d’autres filles ; la promotion des cadres légaux au Burundi en faveur des filles tombées enceintes involontairement étant sur banc de l’école.
En conclusion, Enoce Ruratebuka a souligné : « L’un des fruits les plus marquants du projet a été la réduction significative du nombre de filles enceintes à l’école, passant de 1216 cas à 747 durant la période du projet ».
Une loi à réviser
Le Père Aristide Ndyabuheze, responsable du Bureau National de l’Education au sein de l’Église Catholique du Burundi et l’un des participants à cet atelier, dénonce une application injuste de la loi. Il estime que les enfants ne sont pas tous traités de la même manière par la loi qui stipule qu’une élève enceinte ne peut retourner à l’école qu’après deux ans.
Et de déclarer : « Cette loi devrait être révisée. On constate que certains se sentent durement punis, tandis que d’autres en contournent les effets. Ceux qui sont pénalisés en souffrent et se demandent pourquoi d’autres, dans une situation similaire, retournent à l’école rapidement, alors qu’eux doivent rester à la maison. »
Il souligne que certaines filles issues des familles aisées, peuvent réintégrer l’école seulement quelques mois après l’accouchement, tandis que celles issues des familles pauvres, sont contraintes de subir une application stricte de ce règlement : attendre jusqu’à deux ans.
Selon lui, le ministère concerné devrait réexaminer le règlement scolaire pour en corriger les lacunes. Il conclut en exhortant les parents à ne pas rejeter leurs filles suite à une grossesse à l’école, car l’exclusion familiale aggrave leur situation au lieu de les aider à se relever.
Témoignage d’une élève
« J’étais en 8e année quand, sous l’influence de mes camarades, je suis entrée dans une relation amoureuse. Cette relation a conduit à une grossesse. Le garçon a disparu sans laisser de traces. Depuis mon accouchement, j’ai dû abandonner l’école. Je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles.
Après son accouchement, poursuit-elle, elle a elle-même déclaré l’enfant à l’état civil. Mais ma situation s’est encore compliquée : « Ma famille m’a rejetée, ne supportant pas cette grossesse non désirée. Étant leur unique fille, ils ont considéré cela comme une honte. J’ai donc été contrainte de quitter le toit familial. »
Actuellement, elle a abandonné l’école, vit seule, en colocation, dans des conditions très difficiles : « Heureusement, un agent de santé communautaire de l’ABUBEF m’apporte un peu de soutien. Il m’aide comme il peut, parfois en me donnant des haricots pour que je puisse au moins préparer quelque chose à manger. »
À cause de cette vie difficile, Elle regrette qu’elle ne puisse pas retourner à l’école, même si elle en a très envie. «Ce que je souhaite dire aux filles de mon âge, c’est de ne pas se laisser séduire par les belles paroles des garçons. Une fois qu’ils ont obtenu ce qu’ils voulaient, ils disparaissent et vous laissent seules avec toutes les responsabilités », conseille-t-elle.
Aux parents, elle lance un appel : « Rapprochez-vous de vos enfants, surtout de vos filles. Parlez avec elles, écoutez-les. Si elles ne trouvent pas une oreille attentive à la maison, elles chercheront des conseils ailleurs — et cela peut les conduire à de graves erreurs. Et si une fille commet une erreur, je demande aux parents de l’accueillir avec compréhension plutôt que de la rejeter. L’abandon ne fait qu’aggraver la situation. »
Et de lâcher : « Moi, par exemple, comme je vis seule, des garçons continuent de me solliciter. Et à cause de la pauvreté, il m’arrive parfois à céder. »
Poursuivre les actions, malgré la fin des financements
Ingrid Kamusoni, point focal du consortium Right Here Right Now 2 au sein de l’organisation œuvrant pour la promotion de la jeune fille burundaise APFB, déclare que ce projet a été mis en place pour venir en aide aux jeunes filles tombées enceintes à l’école, en s’attaquant aux causes profondes de ces grossesses précoces dans les établissements scolaires. Elle réaffirme : « Même si le projet arrive à son terme, les associations vont continuer leur travail afin de poursuivre les efforts de protection des jeunes filles tombées enceintes à l’école pour que l’action que nous avons commencée ne soit pas interrompue en cours de route. »
Une coalition engagée
Pour rappel, le programme Right Here Right Now 2 a été mis en œuvre par un consortium de 7 organisations burundaises de la société civile à savoir : APFB, AJEBUDI, AGB, Les Vaillantes, NTURENGAHO, RNJ+, sous la coordination d’ABUBEF.




