Alors que la réforme administrative des provinces et des communes entre en vigueur, les citoyens sont préoccupés par l’accès à certains services d’une part, et les fonctionnaires de leur avenir professionnel d’autre part. Un expert appelle à une autonomie des entités communales pour bien répondre aux besoins des citoyens.
Depuis le mois de juillet 2025, les provinces du Burundi ont passé de 18 à 5 et les 119 communes se sont fusionnées en 42, selon la loi du 16 mars 2023 portant nouvelles délimitations territoriales.
Les conséquences de ce redécoupage administratif se font déjà se remarquer dans certains services recherchés sans cesse par les citoyens. Les anciens administrateurs n’étant plus en fonction et les nouveaux n’étant pas officiellement investis, le sceau administratif se fait de plus en plus rare.
A titre illustratif, dans l’ancienne commune de Musigati, actuellement rattachée à la commune de Bubanza, l’administration joue le rôle de bureau d’orientation de la population. Selon le secrétaire exécutift de cette ancienne commune, c’est le secrétariat qui joue ce rôle. Les fonctionnaires de cette commune (conseillers, secrétaires permanents, comptables, etc.) sont quasi au chômage, attendant d’être réaffectés.
Toutefois, certains services restent fonctionnels, tels l’état civil, les services fonciers. Mais ils accueillent beaucoup de gens par jour. Quant aux autres services, ils ont été relocalisés dans la nouvelle commune de Bubanza qui combine les anciennes communes de Bubanza et Musigati.
Selon les citoyens rencontrés sur place le mercredi 30 juillet, le bureau de la nouvelle commune se situe très loin, à Ntamba en zone Muyebe. « Il faut que les futures zones soient capables de satisfaire les demandes de la population », plaident-ils.
Quelques services en pause
Dans ce contexte de transition, acquérir une carte nationale d’identité est quasi impossible. Visité ce 30 juillet 2025, le bureau de la commune Ngozi est actif, sauf en ce qui concerne la livraison de la carte nationale d’identité ainsi que les documents fonciers. Les citoyens rencontrés sur place se plaignent : « Il est impossible d’accéder à ces documents car aucune autorité habilitée n’est en place pour apposer la signature. » Ce ‘‘vide administratif’’ affecte même les travaux de construction qui étaient en cours.
Ces fonctionnaires expliquent : « Puisque désormais nous ne sommes pas permis d’effectuer des retraits sur les comptes, les chantiers de constructions qui étaient en cours sont en suspens. Il en est de même pour les automobiles en besoin de réparation, ce qui nuit au bon déroulement des activités. » Ils demandent à ce que les nouveaux administrateurs regagnent leurs fonctions pour reprendre le rythme normal des activités.
Cette rupture s’observe également dans l’ancienne commune de Bweru actuellement incluse dans la commune de Ruyigi, mais aussi dans l’ancienne commune de Makebuko (actuellement de la commune de Gitega). À ces endroits, les documents impliquant la signature du secrétaire exécutif communal doivent être acheminés à la fin de chaque journée pour être signés par le secrétaire exécutif communal au chef-lieu de la commune. Ce qui donne lieu à des coûts de transports et aux pertes de temps chez les demandeurs qui doivent attendre deux jours.
Des fonctionnaires en dilemme

D’après Célestin Nsavyimana, président de la Confédération des syndicats des travailleurs, il faut un dialogue de concertation entre les travailleurs et la partie gouvernementale pour étudier ensemble l’avenir des travailleurs des anciennes communes et provinces.
Jimbere a contacté, en vain, le ministère en charge de la Fonction publique pour connaitre les modalités de redéploiement de ces fonctionnaires.
Toutefois, à ce sujet, Dr Diomède Ninteretse, spécialiste dans les sciences de gestion, expert en leadership et le Management des Organisations, indique que l’État a le plein droit de redéployer ses fonctionnaires : « Ce n’est pas une initiative extraordinaire, ça doit être dans la vie quotidienne de l’autorité politique de trouver une solution aux problèmes des employés, parce qu’effectivement, la réforme vient de la volonté de l’autorité politique. »
Par ailleurs, le Dr Ninteretse trouve légitimes les préoccupations des syndicalistes : « Il y a des fonctionnaires qui avaient déjà investi dans leur zone d’intervention, ce sont des gens qui ont des familles qui s’y étaient déjà habituées. » Pour lui, ces changements doivent résulter d’un dialogue sincère dans l’intérêt des deux parties au contrat.
Une réforme idéalement correcte, mais…
Selon Diomède Ninteretse, la réforme administrative est une bonne chose, dans la mesure où il serait facile de développer les 5 provinces au lieu des 18 et 42 communes au lieu des 119.
Partant de l’idée de la décentralisation dans l’administration des communes, l’expert s’inquiète : « L’idée de décentralisation date de 2005, ce n’est pas avec la réduction des communes, mise en place, que les ressources vont augmenter. Car le débat actuel se situe au niveau de l’augmentation des ressources. »
En outre, poursuit l’expert, la population sera à l’aise quand un individu présent dans la commune y trouvera des services. Et maintenant que les services des communes ont été diminués, Diomède s’inquiète que la population soit amenée à chercher des services assez loin qu’auparavant.
« Et là, il faut qu’il y ait une loi d’application pour transférer les compétences des communes vers les zones, et que celles-ci puissent avoir des moyens suffisants pour servir une grande partie de la population », recommande-t-il pour assurer la proximité des services à la population.
Et pour que la réforme administrative soit une réussite, il faut que ce découpage territorial réponde aux besoins spécifiques de la population : « Cela implique le renforcement des capacités de la commune en harmonisant les cadres légaux et institutionnels, et en essayant d’arriver à l’objectif visé, qui est d’essayer de rendre accessible les services sociaux de base à la population. »
Un besoin d’autonomie pour les communes
Pour l’expert, il faut que les communes décentralisées soient des entités renforcées et qui sont autonomes financièrement.
Il déplore cependant que depuis un long moment, on n’ait jamais réussi la séparation des emplois et taxes de la commune par rapport au service de l’OBR : « Parce que la commune doit avoir les moyens suffisants pour payer le personnel, équiper la commune, pour investir dans les petites routes de la commune, etc. ». Il donne l’exemple des autres pays comme le Sénégal, le Maroc, ou encore le Rwanda, où l’autorité centrale a transféré toutes les compétences aux communes.
En outre, le professeur recommande la professionnalisation des agents de la commune : « Maintenant qu’on va avoir des départements avec certains services en bas, maintenant qu’on a le conseil communal, le comité de développement communal, et qu’on devra élaborer des plans communaux de développement communautaire, il faut que tous ces outils soient adaptés au contexte actuel. »
Et de conclure en préconisant le renforcement et la vulgarisation du cadre légal pour inciter la participation de la population.




