Longtemps baignées dans la misère faute de soutien, ces jeunes femmes voyaient peu d’issues pour changer leur quotidien. Aujourd’hui, leur histoire prend une autre tournure. Grâce au programme Merankabandi, un coup de pouce décisif leur a permis de reprendre leur vie en main. L’accès à un appui financier leur a ouvert les portes d’un monde de possibilités. Elles se démarquent désormais par leur résilience et leur réussite. Récit.
Quand nous débarquons sur la colline Birohe, les enfants accourent dans tous les sens derrière le véhicule qui nous sert de moyen de transport. Leurs fous rires innocents nous encouragent à continuer cette route pourtant glissante après une pluie torrentielle. A travers les vitres, ils remarquent que l’une d’entre nous prend les images des belles montagnes de cette localité. Ils se mirent à entonner en chœur : « Des journalistes, des journalistes ! » Certains d’entre eux vont avertir leurs parents.
Lorsque nous arrivons, une foule de mamans a déjà commencé à danser pour nous accueillir. Elles nous invitent d’ailleurs dans le cercle pour danser avec nous pendant un moment avant de nous dire quoi que ce soit. Vous imaginez alors l’ambiance du moment. Dans leurs chants, une phrase revient : mera nk’abandi, hindura ingendo ! Un appel au changement de mentalité positif.
Cependant, derrière ces éclats de rire, se cachent des femmes fortes qui se sont longtemps battues seules parfois pour tenir le foyer tant bien que mal. Longtemps croupies dans la misère, un bon matin, le projet Merankabandi apparait comme un tremplin vers l’indépendance. C’est la même joie qui se lit sur les visages des femmes de Birohe, Shatanya et Nyabiharage.
La renaissance

Ayant vécu en concubinage avec le père de son fils de trois ans alors qu’elle était très jeune, Générose Nyandwi est une jeune maman de vingt ans. Elle sera vite déçue parce que celui qu’elle considérait comme son mari la laisse seule avec un bébé. Pour survivre, elle se mit à puiser de l’eau pour les voisins à 100Fbu le bidon : « A la fin de la journée, j’avais 1000 Fbu. Je me souviens que j’avais à peine de quoi nourrir mon fils, alors que ce travail m’épuisait énormément.»
Alors que le programme Merankabandi cible sa colline pour l’exécution du projet, la communauté la désigne parmi les plus vulnérables. Elle fera alors partie des bénéficiaires des 72000 Fbu tous les deux mois pendant deux ans. Elle commence par faire des stocks pour se nourrir. Ensuite, elle achète une chèvre et vend les avocats mais sans bénéfices.
Apres, elle commence à vendre des pommes frites, parce que sur sa colline personne d’autre ne le fait. Elle encaisse chaque jour 15000Fbu de bénéfice. Avec d’autres bénéficiaires du programme, elle participe à la tontine commune. Elle épargne 8000 Fbu chaque jour. « Aujourd’hui, j’ai pu acheter une parcelle à 500 mille Fbu. J’ai une maison de deux chambres et un salon j’ai déjà payé une avance de 500 mille Fbu sur les 2 millions prévus. Et puis mes chèvres se sont multipliées. J’en ai six en tout. J’ai acheté 160kg de graine de mais que je vais revendre quand le maïs sera cher, nous épargnons chaque jour 8000 Fbu chacun des 70 membres et on se paie à tour de rôle. J’ai aussi acheté le matériel de cuisine » confie-elle fièrement.
Et de renchérir : « Chaque jour je gagne 15 mille Fbu de bénéfice et j’épargne 8000 Fbu par jour. Aujourd’hui je peux me permettre de prendre une bière. Même mon fils va à la maternelle. Avant, j’enviais ceux qui ont des matelas, mais aujourd’hui j’en ai moi aussi. J’ai un travailleur, et une personne qui puise de l’eau pour moi. »

Bien que seules, ces femmes n’ont pas accepté de se laisser abattre par la mauvaise passe qu’elles traversaient. Félicité Karorero, est également bénéficiaire du programme Merankabandi. Veuve et mère de 7 enfants, elle raconte qu’à la mort de son mari, son business a rechuté parce qu’elle devait prendre un peu sur l’argent du capital pour nourrir ses enfants, et comble de malheur, sa maison s’est effondrée : « Avec l’appui du programme, j’ai pu reconstruire ma maison, et remis en marche mon restaurant. »
Son association fabrique de jolies corbeilles et écharpes, elle peut donc vivre indépendamment et donner du travail aux autres : « Aujourd’hui, ce n’est pas si difficile pour moi de trouver un million de francs. D’ailleurs, j’ai aussi des serveurs que je paie à la fin du mois dans mon restaurant » lâche-t-elle entre deux rires.
L’union fait la force

Quand deux personnes se marient, ils se promettent respect et entraide mutuelle dans l’adversité comme dans le bonheur. Si ce pacte est respecté, la plupart d’entre eux prospèrent. Dans le cas contraire, se battre seule devient difficile. C’est le cas de Françoise Niyonkuru de la colline Rubamvyi. Elle se battait pour sortir de la misère mais comme elle ne s’entendait pas avec son mari, l’appui financier n’a pas pu lui servir à beaucoup améliorer sa situation : « J’ai été abandonnée par mon mari avec nos cinq enfants. Deux d’entre eux étudient, mais les trois autres sont encore très jeunes, ils ne vont pas encore à l’école. Quand j’ai été ciblée par le programme, mon mari est revenu à la maison mais il voulait qu’on consomme tout cet argent alors que nous étions censés entreprendre. A plusieurs reprises il a voulu vendre les chèvres que j’avais achetées alors que moi je voulais les multiplier. J’ai dû les cacher chez une cousine qui habite sur une autre colline. »
Ce sera très diffèrent dans le ménage de Francine Ntakarutimana et Alphonse Mbonimpa. Pour ce chef de famille, il ne voit aucun inconvénient à ce que le financement passe par sa femme, parce que c’est une bonne gestionnaire. Parents de cinq enfants, ils ont pu sortir de la misère grâce aux efforts conjuguée ensemble dans le respect. Ils ont s’acheter un équipement de la maison, des tôles, des uniformes et autre matériel scolaire pour leurs cinq enfants. Ils sont aussi capables de les nourrir et de les habiller convenablement. Ils élèvent 8 porcs, 6 poules. Grace au fumier, ils cultivent leur champ et ont même acheté une machine à coudre à 35 mille Fbu. « Aujourd’hui, je peux satisfaire à tous les besoins de mes enfants. Ils sont en bonne santé et étudient tous », indique Francine Ntakarutimana, toute souriante.

La satisfaction de ces femmes est également partagée par l’abbé Longin Bivugire, chef de l’ODAG-Caritas Gitega qui coordonne le projet et qui rappelle que ce programme vise à sortir les ménages de la misère, mais spécifiquement autonomiser la femme burundaise : « Les programmes de renforcement de capacités en entrepreneuriat et en gestion de projet ont aussi été introduits dans ce programme afin de rendre les bénéficiaires indépendants, et qu’ils puissent continuer les activités génératrices de revenus même à la fin du projet. »
Innocent Hatungimana, chef de la colline Birohe est aussi reconnaissant envers le programme Merankabandi. Selon lui, ce projet a permis aux bénéficiaires de sortir d’une misère criante parce qu’ils étaient conscients du fait qu’ils ne veulent pas revivre l’ancienne situation : « Un autre atout est qu’aujourd’hui les couples sont légalement mariés pour pouvoir être éligibles au programme. Ça reste une fierté et ça donne espoir que la vision du pays sera atteinte même avant les délais fixés. »




