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Possible de vivre de ses talents, Piemmae le parfait exemple

Comment un homme des lettres peut-il atterrir dans un milieu professionnel d’ingénieurs ? C’est la question que se posait Pascal Niyonkuru avant de devenir interprète dans des chantiers chinois un peu partout en Afrique. Vous vous la posez aussi sans doute. Eh bien, dites-vous que c’est possible de se frayer un chemin, même pour les arithmophobes…

Parfois, c’est fou de retrouver dans la vie active, la complémentarité irremplaçable des sciences. Un médecin, un juriste, un agent commercial, un ingénieur, un interprète, musicien, et bien d’autres,… Tous dans une même boite pour le bon fonctionnement d’une entreprise. Gagner son pain en faisant quelque chose qu’on aime est donc possible ? Pascal Niyonkuru en est le parfait exemple.

Né à Gitega en commune Itaba, ses parents sont emportés par la crise. Il grandit aux côtés de son grand frère à Cankuzo dans la commune Kigamba, fréquente l’école primaire d’abord à Gitibu ensuite à Nyakibanda. Tous les après-midi à la fin des cours, il gardait les vaches de son grand frère, sur la montagne. Pendant que les vaches paissaient, il rêvait et laissait son imagination le porter loin. Il écrivait des poèmes, et il chantait tout seul pour vaincre la solitude, avant de rentrer le bétail. «  C’était ma thérapie contre la solitude », raconte-t-il ; mais qui deviendra plus tard une passion. Il commence à chanter, et à déclamer des poèmes à de fêtes scolaires ou communales.
En 2009, il remporte le prix du meilleur chanteur de Cankuzo dans une compétition organisée par l’Unicef à l’endroit des jeunes de son âge.

 La soif d’apprendre comme clé de réussite

2010. Il remporte des cadeaux dans différentes compétitions scolaires organisées par FLM. En 2011, ses textes attirent l’attention du journaliste Christian Nsavye qui l’invite dans l’émission Uburundi buraririmba, et l’encourage à consolider sa carrière. « Il a rallumé la passion que je voyais s’éteindre à petit feu. Je lui dois beaucoup», confie-t-il. Grâce à cet encouragement, il continue à écrire des chansons qu’il classe dans son placard, faute de moyens de production dans un studio. Il participe à la Primusic et propose sa propre chanson. Il est sélectionné dans sa province, mais sera éliminé dans la sous-région. Il continue parallèlement ses études universitaires à l’institut de pédagogie appliquée Français (IPA5) pendant 5 ans.

De nature curieux et amoureux des langues, il fréquente l’institut Confucius, où il apprend les basiques de la langue chinoise. Son application lui vaut une validation du test HSK3 qui lui permet d’obtenir une bourse d’études pour l’université de Bohai en Chine où il valide HSK5. Il s’envole alors pour une immersion linguistique d’une année. A son retour au pays, il travaille comme interprète dans différentes entreprises chinoises de la communauté est africaine. Il voyage à travers l’Afrique pour interpréter le Chinois. Ses tournées à travers la république démocratique du Congo, la Tanzanie, l’Ouganda rendent alors possible son apprentissage de nouvelles langues, nouvelles manières, à la rencontre du métissage de plusieurs cultures.

Aujourd’hui, ce jeune Burundais parle correctement sept langues dont le français, l’anglais, le mandarin, le swahili standard, le lingala, le luganda et le Kirundi (Langue maternelle). Pourtant sa soif d’apprendre n’a pas encore tari. Travaillant dans le secteur de construction comme interprète, il apprend même quelques techniques élémentaires de l’ingénierie.

Réussir coûte que coûte

Pendant ces temps libres, il chante toujours, pour lui et pour agrémenter les soirées de ses collègues, et joue au foot. Loin des siens, son grand-frère Emmanuel lui manque, ses parents (Pierre et Emmercienne) aussi. C’est ainsi qu’il associe leur nom et se forge un sobriquet ( Piemmae). Comme Piyeme sonne plus africain, c’est cette écriture qu’il garde et il s’attache rapidement à ce petit surnom qui lui rappelle son histoire.

C’est alors décidé, ce sera désormais son nom de scène. A la moindre occasion de revenir sur le Burundi, il sort l’une de ses chansons écrites et gardées au placard faute de moyens de production. Son premier tube « Ni wewe » sort en 2020, et en 2021 il sort « Motivation ». Surpris par l’intérêt de ses fans, en 2022, il publie « Bayobere », « Narakunzwe », « relâche-toi ». Il a publié, le 5 juillet dernier « Igipimo ». Inspiré par plusieurs chanteurs, l’umuduri du grand Nkeshimana est sa préférée, et il apprend aussi d’Ed Sheeran.Comme il le raconte, c’est possible de vivre de ses talents si on y attache tout son intérêt. Son rêve est de créer un jour un centre polyvalent où il apprendra aux jeunes à développer plusieurs talents à la fois, parce que dit-il, « le monde d’aujourd’hui est très exigeant. Et on doit s’adapter, réussir à tout prix dans un domaine ou un autre » et de renchérir : « certaines opportunités ne viennent qu’une fois dans la vie. Les saisir est notre choix, mais ne pas les saisir peut nous maintenir dans une position dont nous ne sommes pas fiers. Faites donc le bon choix chers jeunes ! »

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