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Economie

Panier de la ménagère : résistance autour des prix fixés par l’État

Malgré la fixation des prix par le ministère du commerce, le 27 mars 2025 de certains produits de première nécessité, ces tarifs ne sont pas respectés pour certains  produits  sur le marché. Les commerçants réclament une réduction des prix à la source. les consommateurs saluent la mesure et demandent son strict respect…Le point.

Il s’observe une résistance face à cette ordonnance ministérielle du 27 mars. Dans différents marchés visités, les prix fixés par l’État ne sont pas respectés. Dans certains cas, les prix avaient légèrement baissé, de 1 000 ou 500 francs, mais restaient supérieurs aux plafonds définis.

Au marché de Cotebu, le riz local, censé être vendu entre 4 000 et 5 000 francs, se vendait à des prix compris entre 5 500 et 6 000 francs. Pour le riz importé, dont le prix devrait varier entre 5 000 et 7 000 francs selon l’état, les marchés le proposaient entre 6 000 et 9 000 francs. Quant à la viande sans os (umusoso), elle était vendue entre 32 000 et 33 000 francs, alors que l’État avait fixé une fourchette de 22 000 à 28 000 francs. Les viandes avec dites “Canga Canga” étaient proposés à 26 000 francs, au lieu du prix officiel de 20 000 à 25 000 francs

Sur place, d’autres prix ne sont respectés. Il s’agit notamment du petit pois frais vendu à 16 000 francs au lieu de 6 000 francs ; les pommes de terre à 2 400 francs au lieu de 1 800 francs ; les oignons (rouge et blanc) variant entre 4 000 et 5 500 francs au lieu de 3 000 francs. Un Kinju d’huile de palme coûte 14 000 francs, tandis que celui de cookie est vendu à 26 000 francs. Le kilo de Ndagala séchées est  à 120 000 francs, bien au-dessus du prix fixé de 60 000 francs.

Accusés de ne pas respecter les prix fixés par l’État, les commerçants rétorquent que ces prix sont difficiles à respecter, surtout lorsque les produits qu’ils achètent restent chers à la source. Une femme vendant l’huile de palme locale et huile cookie confie : « Nous achetons un bidon huile de palme à 290 000 francs et de cookie à 315 000 francs. Si nous vendons 10 000 Fbu par  litres, nous travaillons à perte. » Ces nouveaux prix, ajoute-t-elle, créent des conflits avec les clients qui disent que le gouvernement a instauré de nouveaux tarifs sans tenir en compte les difficultés liées à l’approvisionnement.

Les commerçants de viande bovine, eux, disent que le prix du kilo est passé de 36 000 francs à 33 000 francs. A.K explique : « La viande est devenue moins chère comparée aux jours précédents, mais lorsque nous achetons une vache à 3 millions, que pouvons-nous en tirer comme bénéfice ? Il serait préférable que les prix soient revus à la baisse dès le départ, lors de l’approvisionnement. »

Appel au strict respect de cette mesure …

Certains consommateurs rencontrés au marché faisaient leurs achats apprécient cette fixation des prix. Malgré cela, tout en interrogeant les commerçants sur les raisons pour lesquelles ils ne respectaient pas les prix fixés ! « Ces prix fixés nous ont causé des conflits, car nous venons faire nos achats en nous basant sur les nouveaux prix établis par gouvernement », se lamente P.K. Ils demandent que les commerçants respectent cette décision du gouvernement et que le ministère responsable de la fixation de ces prix veille à ce qu’elle soit appliquée.

Même son de cloche chez l’Abuco (association  burundaise des consommateurs) qui parle d’une première au Burundi. Pierre Nduwayo, son président, confie : « Cela permet au consommateur d’avoir un point de départ pour tenter de négocier avec le commerçant. Même si on constate que cela n’est pas toujours respecté, mais c’est une avancée par rapport à auparavant, où le commerçant fixait les prix sans aucune justification »

Les producteurs demandent du temps

Fopabu : »Nous demandons également que, dans la mesure du possible, toute décision exceptionnelle soit annoncée aux parties concernées pour qu’elles puissent s’y préparer ».

Du côté des producteurs, l’heure n’est pas à la satisfaction. Le forum des organisations des producteurs agricoles du Burundi (FOPABU) dit n’avoir pas accueilli favorablement cette nouvelle fixation des prix. Pour eux, la mesure a été prise sans aucune concertation. Jean Marie Niyongabo, président de ce forum témoigne : «  La récente décision sur l’établissement des prix des denrées alimentaires a créé une grande surprise, car elle a touché les récoltes que nous avions cultivées avec beaucoup d’efforts et de ressources, incluant des emprunts importants, en se basant sur le marché existant. Vous comprenez bien que cette décision ne nous facilite pas. »

‎Et de demanderà l’État de réfléchir aux pertes que cela pourrait leur causer et de les soutenir en cette période, afin qu’ils puissent mieux se préparer à l’avenir : « Nous demandons également que, dans la mesure du possible, toute décision exceptionnelle soit annoncée aux parties concernées pour qu’elles puissent s’y préparer car les pertes ne concernent pas uniquement nous, les agriculteurs, mais affectent également, de manière globale, le pays tout entier. »

Peut-on réellement fixer les prix des produits vivriers ?

Faustin Ndikumana: « Pour fixer des prix, cela est possible lorsque les biens sont vendus par une seule entreprise sans concurrence ou par deux ou trois entreprises capables de s’entendre. »

Selon Faustin Ndikumana de Parcem, concernant la fixation des prix, généralement cette idée semble prometteuse pour alléger le fardeau des citoyens afin que les prix soient fixés d’une certaine manière mais de telles mesures concernant les produits vivriers sont difficiles à mettre en œuvre : « Pour fixer des prix, cela est possible lorsque les biens sont vendus par une seule entreprise sans concurrence ou par deux ou trois entreprises capables de s’entendre. »

Dans ce cas, indique-t-il, cela peut fonctionner, comme pour la Regideso qui vend l’électricité et fixe ses prix elle-même. Mais lorsque les produits sont vendus par plusieurs commerçants et achetés par une multitude de consommateurs, dans ce qu’on appelle la concurrence, assure-t-il, il devient difficile de fixer un prix.

‎Par conséquent, le pays évolue vers une économie de spéculation, où les décisions sont prises en fonction des circonstances du moment. « Les commerçants, voyant les prix augmenter, cherchent eux aussi à les hausser davantage pour maintenir leurs bénéfices ».

L’autre défi fait savoir M. Ndikumana se situe au niveau des décideurs souvent détenteurs des capitaux, qui collaborent avec les commerçants dans divers secteurs. Les décisions prises sont souvent entachées de conflits d’intérêts, ce qui rend leur application brève et inefficace : « Cela rend la fixation des prix encore plus complexe. »

Au forum des producteurs, il a martelé qu’établir les prix des récoltes demande une attention particulière, car ces produits ne sont pas uniformes ni obtenus de la même manière. « Des mesures complémentaires sont nécessaires, notamment un dialogue entre les décideurs et les acteurs concernés dans ce secteur, afin d’échanger des idées dans la perspective de promouvoir le développement de notre pays et améliorer la qualité de vie des citoyens »

 Selon l’expert, cette ordonnance de fixation  de prix est inopportune en ce moment car les services de l’État ne parviennent pas à maîtriser les coûts de production des denrées alimentaires. Par conséquent, ils sont incapables de déterminer le prix de vente, qui reste exclusivement à la connaissance du producteur. Ce dernier doit faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour maintenir sa production malgré le coût élevé de la main-d’œuvre et des intrants nécessaires.

Nécessité des mesures  d’accompagnement

Jean pierre Nduwayo de l’Abuco_: » Même si on constate que cela n’est pas toujours respecté, mais c’est une avancée par rapport à auparavant, où le commerçant fixait les prix sans aucune justification « 

Jusqu’à présent constate Pierre Nduwayo, aucun avantage concret n’est encore visible grâce à cette fixation des prix des produits vivriers : « Cependant, nous pensons que d’autres mesures complémentaires devraient être prises pour assurer le respect de ces prix, notamment en facilitant le passage des camions transportant des marchandises et en supprimant les barrières ».

Et d’ajouter que tous les frais supplémentaires et non réglementés payés par les commerçants pour acheminer leurs marchandises sont finalement répercutés sur le consommateur. Il a également salué la mesure que le ministère de l’intérieur ait récemment exhorté les autorités locales à aider à faire respecter cette mesure : « Si les commerçants rencontrent des obstacles à l’application de cette mesure, ils doivent en informer les responsables concernés afin qu’une solution soit trouvée. »

Pour Faustin Ndikumana, les solutions envisagées concernent principalement la stabilisation des prix des produits alimentaires en abordant les questions de transport, devises, carburant, et en augmentant la production dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage.

Jimbere a contacté, sans succès, le ministère ayant le commerce dans ses attributions, pour d’éventuels éclaircissements. Pour rappel, le ministère de l’intérieur a exigé le respect des prix des denrées alimentaires constituant le panier de la ménagère ce 14 avril 2025, tels que fixés par le ministère du commerce.

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