Désormais logée à la Présidence de la République, le Programme d’Autonomisation Economique et de l’Emploi des Jeunes – PAEEJ, cherche à capitaliser sur les leçons apprises durant les quatre ans d’existence, en visant la pérennité…

Avec 36 milliards BIF alloués pour 2025-2026, le PAEEJ présente un budget annuel supérieur aux allocations de trois ministères (Communication, Solidarité Nationale, ou Fonction Publique), traduisant l’importance stratégique accordée par l’Exécutif au programme. Car le bilan des quatre premières années parle, selon les chiffres avancés par le PAEEJ: 52 milliards BIF octroyés à plus de 4.500 projets entrepreneuriaux des jeunes, 16.846 emplois permanents crées et près de 140.000 jeunes touchés par les sensibilisations…
Partout dans le pays, des microprojets du secteur primaire, des entreprises de transformation ou encore des sociétés offrant des services ont été implantées par les bénéficiaires dudit programme. Des initiatives qui oscillent entre réussite et faillite: « D Techno », une société basée en province de Gitega qui fabrique des machines broyeuse et décortiqueuse, vante ses succès. « Nous sommes à cinq membres et nous employons entre 20 et 30 jeunes, selon la demande du moment », témoigne Irankunda Isaac, directeur technique de la société. Et d’ajouter: « Côté financier, nous n’avons pas de souci. Nous écoulons nos produits sans difficulté, car nous les fabriquons par commande.«
Toutefois, ce directeur technique confie que la société n’a pas encore remboursé le capital reçu du PAEEJ, « en raison des machines commandées à l’étranger » qui ne lui sont pas encore parvenues.
Par contre, sur la colline Kirama, zone Mudende de la commune de Rumonge, la coopérative avicole « Umuco Kirama » a enregistré un fiasco. Les 200 poules reçues du PAEEJ en 2022 n’ont pas survécu. Les raisons: une maladie non identifiée au niveau des yeux, et des pratiques cannibales des volailles. Un membre de la coopérative déplore: « Actuellement il ne nous reste que 28 poules que nous avons partagées entre nous pour que chacun s’occupe de sa part. »
PAEEJ en chiffres depuis 2021
| Les jeunes directement formés | 44 929 |
| Les jeunes touchés par les sensibilisations | 135 760 |
| Les projets financés | 4 558 |
| Emplois permanents crées | 16 846 |
| Emplois temporaires crées | 83 469 |
| Emplois potentiels | 51 977 |
| Stages octroyés | 4 514 |
| Les jeunes embauchés après les stages | 609 |
Changement de mentalité avant tout…
Pour rendre compte de l’impact du PAEEJ, Pr Désiré Manirakiza, coordinateur national du programme évoque avant tout « un effet psychologique majeur: le PAEEJ a permis le changement de mentalité de beaucoup de personnes, y compris les jeunes, qui savent désormais qu’ils doivent se prendre en charge dans le domaine de l’emploi. »
Il est vrai que la digitalisation du processus de soumission et de sélection des projets à financer a permis au PAEEJ de rendre transparent et accessible ce qui était jusque-là réservé à une infime minorité parmi les jeunes au Burundi: l’accès au crédit. En cause, le manque de garantie auprès des institutions financières.
Ensuite, matériellement, « le PAEEJ a permis d’augmenter la production. » Et d’illustrer: « Nous avons financé plus de 2.500 coopératives opérant dans le maïs et la pomme de terre. Certaines ont produit plus de 100 tonnes de pommes de terre, d’autres plus de 50 tonnes de maïs. »
Sans oublier la promotion du civisme fiscal: sur l’ensemble des sociétés financées, plus de 84% déclarent à l’OBR, selon le Pr Manirakiza.

Quid du remboursement ?
Le PAEEJ opère en faveur de trois catégories de bénéficiaires: d’abord les jeunes collinaires qui génèrent la matière première. Ensuite viennent des projets de transformation de la matière première produite par la 1ère catégorie. Selon le coordinateur du PAEEJ, ces deux catégories obtiennent des financements compris entre 1 et 100 millions de BIF, qu’ils remboursent sans aucun intérêt sur une échéance de 3 à 5 ans.
Enfin, le Pr Manirakiza évoque la troisième catégorie, « des jeunes entrepreneurs à succès qui n’ont pas attendu l’existence du PAEEJ pour commencer à travailler. » Pour celle-ci, le PAEEJ se porte garant au niveau des banques partenaires pour les crédits sollicités par ces jeunes, qu’ils obtiennent à 7% de taux d’intérêt alors que le minimum pratiqué par les banques commerciales est de 14 %. Ces projets peuvent décrocher un prêt allant jusqu’à 2 milliards BIF.
Cependant, le coordinateur du PAEEJ prévient : « Que le projet tombe en faillite ou pas, l’argent obtenu doit être remboursé. » Il précise que le PAEEJ suit quotidiennement les projets des jeunes: « Certains des jeunes qui ont mal utilisé ces financements sont actuellement en conflit avec la justice puisque ce sont des fonds de l’État. »
Structure ajustée
Alors que les critiques du programme soulignent sa vulnérabilité opérationnelle du fait de sa totale dépendance financière des fonds publics, le PAEEJ travaille désormais à assurer sa pérennité en misant sur « les projets structurants », des initiatives pouvant chacune créer au moins 100 emplois et générer des moyens permettant au PAEEJ d’assurer son autonomie financière d’ici 2030.

Dans ce domaine, trois filières sont déjà investies: d’abord la cuniculture, avec notamment environ 3 milliards BIF injectés dans la mise en place du Centre naisseur cunicole de Muyange inauguré par le Président de la République en février 2025. Les premiers reproducteurs seront distribués aux éleveurs modernes en novembre 2025, avant que les lapins à engraisser ne soient distribués début 2026.
Objectif: monter toute la chaîne de valeur du lapin, de la génétique à la vente et la consommation de la viande de lapin en passant par la provenderie, l’habitat et la pharmacie, afin d’en faire un produit d’exportation.
Autre projet structurant lancé par le PAEEJ: la mise en place d’un Centre commercial présentant les produits issus des sociétés financées. Dénommé « Kigega », ce projet enregistre déjà plus de 200 sociétés prêtes à vendre leurs produits dans les enceintes du Palais des Arts et de la Culture, au cœur de la ville de Bujumbura. « L’espace accueillera accueillera 24h par jour et durant toute la semaine, une clientèle locale et non-burundaise à la recherche des services et produits « Made in Burundi », contribuant au quotidien à la croissance du tissu entrepreneurial burundais, à la lutte contre l’inflation et l’exode rural, à la capacitation financière des communautés rurales et semi-urbaines ainsi qu’au renforcement de l’assiette fiscale », explique Arlette Mpundu, chargée de communication de la société Kigega.
Enfin, les mines constituent le troisième volet investi par le PAEEJ comme projet structurant: l’ancien chargé des projets au sein du programme, devenu depuis août dernier Ministre en charge des Mines, le Dr. Hassan Kibeya, a lancé ce vendredi 12 septembre 2025 les travaux d’extraction de la cassitérite financés par le PAEEJ dans la commune de Shombo de la province Gitega. Selon le PAEEJ, « ces travaux d’extraction, qui visent la cassitérite, l’améthyste et le coltan sont exécutés par des sociétés des jeunes encadrés par la société FANALEK et supervisés par l’Office Burundais des Mines », sur huit sites à Kirundo, Bubanza, Vyanda en plus de celui de Shombo.
Tous ces projets structurants portent sur les 13 filières prioritaires dans lesquelles le PAEEJ investira sur les cinq prochaines, afin de « recentrer son action et la concentrer là où il y a une plus-value économique rapide pour le pays », selon son coordinateur:
Le Programme d’autonomisation économique et d’emploi des jeunes (PAEEJ) est une initiative présidentielle mise en place en 2021 pour exécuter les recommandations de la première édition de la rencontre entre le Président Ndayishimiye et les jeunes sous le slogan « YouthImpulse ».
Ce programme vise à promouvoir l’insertion socio-économique des jeunes à travers l’entrepreneuriat et l’employabilité, afin de lutter contre le chômage et le sous-emploi chez les jeunes et de stimuler la croissance économique. Selon le contenu de ce décret, les missions de ce programme s’articulent autour de 4 axes : il s’agit de la formation et du renforcement des capacités, de l’appui à l’entrepreneuriat, de l’accès au marché et des opportunités d’emploi ainsi que de l’innovation et de la digitalisation.
Le décret nº100/67 du 11 juin 2025 a apporté plusieurs ajustements au PAEEJ, en tenant notamment compte de la nouvelle délimitation territoriale du Burundi: le programme est désormais placé à la Présidence de la République, après avoir été sous tutelle du Ministère en charge de la Jeunesse depuis sa mise en place. Il est en outre établi pour une durée indéterminée, avec un siège à Gitega, et une autonomie de gestion organique et financière: les valeurs d’investissement ou titres financiers acquis par le PAEEJ sont propriété de l’État du Burundi.




