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La maîtrise des zones à risque : une nécessité à prioriser

Depuis plusieurs années, de fortes précipitations entraînent des inondations qui s’accompagnent de glissements de terrain, des débordements de rivières causant plusieurs dégâts dans différentes localités du pays. Différents acteurs proposent des stratégies pour venir à bout de ces castarophes…

Les zones à risque les plus touchées sont la province Cibitoke, précisément en commune Buganda ; Bubanza dans les communes Gihanga et Mpanda ; Bujumbura rural à Gatumba et Kamesa, où le phénomène est récurrent dès que la pluie tombe. En 2015 et 2016, les endroits les plus touchés par ces inondations à Gatumba ont été Mushasha 1 et 2, ce qui a occasionné le déplacement des ménages affectés.

En 2020, ce phénomène est revenu avec force, causant le déplacement de la population sur des sites temporels à Kinyinya 2, Maramvya au site Sobel et Maramvya à Mafubo-Kigaramango.

Janvier 2024, les inondations surgies en province Cibitoke ont provoqué beaucoup de dégâts comme le blocage de la route Bujumbura-Cibitoke ainsi que l’obstruction de la route Bujumbura-Nyamitanga et d’autres sortes de dégâts comme le débordement des latrines en commune Nyamitanga, ce qui constitue un des facteurs qui provoquent les maladies à caractère épidémique des mains sales comme le choléra, qui prévalait dans cette commune.

Ces inondations ont perturbé plusieurs activités dont l’éducation. A titre illustratif, les élèves de l’école fondamentale Mushasha 1 et 2 de Gatumba ont été déplacés vers le lycée communal Gatumba. A Cibitoke, certaines familles déplacées ont trouvé refuge dans les salles de classe de l’école fondamentale Nyamitanga, d’autres se trouvent dans des familles d’accueil. Conséquence : il s’observe un grand nombre d’abandons scolaires, la perturbation des programmes scolaires, etc.

L’apport des partenaires à l’intervention dans les zones à risques

Ces familles sinistrées ont été assistées par plusieurs organisations. La Croix-Rouge du Burundi s’est notamment illustrée pour porter secours aux personnes affectées en les évacuant de ces zones inondées, en collectant et en distribuant des vivres ainsi que de l’eau potable, sans oublier l’installation des dispositifs de lavage de mains. D’autres activités sont en cours comme le dressage des listes des ménages affectés en Mairie de Bujumbura, à Ruziba, Kanka et Kinama. Ces ménages vont bénéficier 150.000 FBu/mois pendant 3 mois.

Les habitants de Rumonge-Muhuta ont reçu des fonds pour quitter ces zones à risque avant les dégâts : 731 ménages ont reçu 230.000 FBu chacun, les aidant à diminuer les risques en se sécurisant bien avant l’arrivée des inondations, indique Aloys Niyongabo, chargé de la préparation des réponses aux urgences.

Le ministère de la solidarité a fourni 5 tonnes de riz à la commune Buganda et 10 tonnes en commune Gihanga pour assister les sinistrés de ces inondations. Par ailleurs, des listes de ceux qui ont besoin de cette assistance ont été dressées puis envoyées au bureau d’OCHA, qui intervient dans ce domaine, révèle Anicet Nibaruta, président de la plateforme nationale de prévention de risques des catastrophes.

Les mesures pour la sécurité des populations affectées

Concernant la sécurité des populations qui habitent ces zones à risques, le Général de brigade de Police Anicet Nibaruta, président de la plateforme nationale de prévention de risques et de la gestion des catastrophes, indique que les personnes vivant dans ces zones à risques doivent être délocalisées. Toutefois, précise-t-il, avant la délocalisation de ces populations, des études doivent être menées pour bien préparer d’autres localités où les installer : « Les habitants de Mushasha 1 et 2 doivent se déplacer parce qu’ils vivent là où les eaux de la rivière Rusizi et le lac Tanganyika se rencontrent. »

Une position que ne partagent pas les habitants de Gatumba. « Mes parents sont nés ici, moi aussi je suis né ici. Je ne peux pas quitter mon village natal, même mes enfants hériteront de ces terres. Que ceux qui veulent nous aider le fassent sans toutefois nous déplacer. Nous supplions l’Etat d’ériger une digue afin de nous protéger des eaux qui débordent », lance avec amertume un habitant de Gatumba.

Concernant la construction de cette digue, l’activité a été inscrite sur le projet de résilience communautaire avec  la plateforme de la prévention et gestion des risques. Côté OBUHA ; les travaux ont été chiffrés à 350.000 dollars.

Mais pour les autorités, l’aménagement d’une digue sur une distance linéaire de 2 km sur une rivière qui a une distance de 12 km depuis Vugizo à l’embouchure du lac Tanganyika, s’est avéré impossible, confie Anicet Nibaruta : « Il fallait encore faire des études et mobiliser beaucoup de moyens pour mener une stabilisation et la protection de ces zones. La remise d’une digue devrait être associée avec d’autres activités en amont là où il y a des hautes montagnes en plantant des herbes et arbres fixatrices et tracer de la courbe de niveau. »

Pour lui, la meilleure solution est l’ouverture du van en passant par la diplomatie du Burundi et Congo pour diminuer la vitesse des eaux de la Rusizi qui inondent souvent la zone Gatumba.

Il existe un van construit en 1954 et quand la pluie a commencé à inonder les champs de cannes à sucres de Kiliba ondes et avec l’accord qui était conclu entre le Congo-Belge et le Ruanda-Urundi, on a fait le traçage de Rusizi 2 pour diminuer la vitesse des eaux de la Rusizi, soutient-il. Mais actuellement, ce traçage est fermé : « Ouvrir encore ce van et retracer le canal de la Rusizi 1 sera une meilleure solution pour diminuer ces eaux qui causent souvent des dégâts à Gatumba. »

Et de conclure : « Lors de la création de l’aménagement de Rusizi 2, il y avait des canaux d’évacuation, mais ces canaux ont été bouchés par des constructions des maisons, il faut aussi rouvrir ces canaux pour que l’eau puisse passer. »

Quid de la sensibilisation sur les dangers des catastrophes naturelles

Eviter de cultiver et construire au bord des lacs et rivières ou dans les espaces interdits, ne pas construire dans les caniveaux, planter des herbes et arbres sur les montagnes ou au bord des lacs et rivières, respecter les lois concernant les infrastructures et les villes, l’environnement, etc, suivre au quotidien les informations données par les sources fiables comme les médias, les plateformes de gestion et prévention des catastrophes, les alertes précoces de l’IGEBU… tout cela dans le but de limiter les dangers catastrophiques.

En 2023, l’IGEBU a déclaré que dès le mois de septembre jusqu’en décembre se manifesteraient de fortes précipitations liées au phénomène « El Nino » qui a débuté en 2015. Et ce phénomène est une réalité au Burundi.

Pour Athanase Nkunzimana, expert en prévention de risques et gestion des catastrophes hydrométéorologiques, l’État a le devoir de sensibiliser la population à se protéger avant que les catastrophes surviennent, en respectant les données publiées par l’IGEBU et en sachant s’adapter aux différentes saisons : « Cultiver des plantes qui résistent pendant la saison de pluie et d’autres qui résistent pendant la saison sèche, sans oublier l’irrigation pendant l’été. »

La recherche joue un rôle éminent dans la détermination de stratégies à proposer pour la prévention de risques de catastrophes naturelles : il y a les travaux qui étaient réalisés par un groupe d’experts intergouvernementaux sur les gestions de climat et les résultats de ces travaux ont aidé les pays membres des Nations Unies à signer la Convention sur le changement climatique et prendre des mesures pour la prévention de risques. « Au niveau local, les travaux des chercheurs contribuent énormément, surtout dans le volet de prévention de risques de catastrophes naturelles. Mais malheureusement, il y a certains travaux qui ne sont pas tenus en compte ou qui prennent la poussière », ajoute l’expert.

La population doit respecter toutes les mesures de sensibilisation pour se protéger contre ces catastrophes naturelles et l’Etat doit sanctionner ceux qui violent ces mesures afin d’éviter ces phénomènes récurrents au même endroit, conclut-il.

Cet article a été rédigé par Ninette Inkamiyayera, étudiante de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Filière de Journalisme à l’Université du Burundi, dans le cadre d’un stage au sein du Magazine Jimbere.

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