À seulement 30 ans, ce jeune œuvrant en province Bubanza, est le symbole d’une jeunesse burundaise dynamique et déterminée. Il y a transformé la pisciculture en une activité à la fois rentable et bénéfique pour la communauté. Par son engagement et sa persévérance, il parvient à produire jusqu’à 15 tonnes de poissons chaque année, tout en œuvrant pour une plus grande participation des jeunes dans ce domaine encore peu valorisé. Portrait d’un acteur du changement.
C’est à 18 ans, alors qu’il était encore élève en 11ème année, que Guillain s’est lancé dans l’élevage de poissons, encouragé par l’exemple de son père, lui-même pisciculteur et formateur.
Il se souvient encore de cette époque où, malgré les moyens limités, son père préférait investir dans la nourriture pour poissons que dans le confort quotidien. Cette vision à long terme a profondément marqué Guillain, qui a commencé à participer aux formations aux côtés des formés de son père.
Après avoir acquis les bases, Guillain décide de créer son propre étang. Il débute avec sept jeunes. Au fil du temps, certains se découragent, mais lui persévère. « Nous avons exploité le terrain que mon père a emprunté à la commune. Nous avons dû transporter l’eau depuis une source lointaine, parfois détournée par les riziculteurs. » confie- t- il. Guillain faisait également face au vol de poissons et à des actes de sabotage, comme l’empoisonnement des étangs.
Une exploitation en pleine croissance

Aujourd’hui, cet aîné d’une fratrie de quatre enfants, gère huit étangs piscicoles sur le site de Kizina, dans la commune et province de Bubanza, où il élève plusieurs espèces comme le tilapia, le clarias ou encore la carpe. Il possède également un bassin de reproduction, ce qui lui assure une autonomie en alevins.
Grâce à son activité, indique-t-il, il apu financer ses études secondaires et universitaires. Guillain se réjouit qu’ilparvient aujourd’hui à récolter jusqu’à 15 tonnes de poissons par an : « Mon élevage me permet de payer mon loyer, couvrir mes besoins, diversifier mes activités avec l’élevage de porcs, de lapins, la gestion d’une quincaillerie et je prévois de poursuivre un Master. » énumère-t-il fièrement.
Ce jeune entrepreneur fait savoir qu’il a déjà employé plus de dix jeunes et, pendant les périodes de pêche, il en engage davantage. Il indique également avoir formé près de 80 jeunes à la pisciculture, même si peu d’entre eux ont créé une coopérative par la suite.
Aussi des défis…
Malgré ses progrès, Guillain confie qu’il reste confronté à des difficultés : « Nous manquons de machines pour confectionner la nourriture des poissons. Nous sommes obligés d’aller chez ceux qui ont de petits broyeurs sans parler de la difficulté à trouver de marché pour écouler notre production. »
Il regrette qu’il a déjà soumis deux fois un dossier au Programme d’Autonomisation Economique et d’Emploi de Jeunes (PAEEJ) pour obtenir un appui, sans succès : « On me demande de réduire le montant demandé, mais mes besoins sont réels : une machine pour produire les granulés et une autre pour incuber les œufs. D’autres pays sont bien plus avancés dans ce domaine. »

Irambona Guillain plaide aussi pour un plus grand investissement de l’État, notamment dans l’achat de machines pour la fabrication d’aliments et l’écloserie. Mais il insiste surtout sur l’importance de l’engagement personnel des jeunes : « L’entrepreneuriat est essentiel pour créer nos propres emplois et, à terme, offrir du travail aux autres », dit-il.
Convaincu que la pisciculture peut être un levier de développement pour la jeunesse burundaise, Irambona se dit prêt à accompagner ceux qui veulent démarrer, notamment en fournissant des alevins à rembourser après la première récolte. Pour lui, l’or bleu, ce n’est pas qu’une richesse naturelle : c’est une opportunité à saisir, à cultiver et à partager.




