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Faculté de médecine de l’UB Rumuri : un semestre épuisant sur tous les plans

Hôpital universitaire Roi Khaled, qui abrite la Faculté de Médecine de l’Université du Burundi

Après un semestre entier sans indemnités de gardes de nuit, un prêt-bourse manquant pendant 4 mois, et soumis à des conditions de travail difficiles, les étudiants en 6èmeannée de Médecine sont perdus et ne savent plus où donner de la tête. Ils mettent en garde contre le risque menaçant la santé du patient. Cependant, le doyen de la faculté leur attribue la faute. Le point.

Les étudiants stagiaires, communément appelés internes, apportent une contribution indéniable dans la gestion des patients à l’hôpital universitaire Roi Khaled.

Et pour preuve, indiquent des patients rencontrés sur place,  cet apport s’est beaucoup fait remarquer lors de la grève du 28 avril, dans le cadre de leur réclamation d’indemnités de garde non réglées depuis six mois. « Après le départ de ces internes, trouver un médecin qui nous prend en charge est une aubaine. Car, nous pouvons passer toute une journée sans présence d’un médecin dans la chambre des malades », confient ces patients. Et si, par chance ils en trouvent un, poursuivent-ils, il est souvent peu familier avec leurs cas.

 Ayant débuté l’année académique le 28 octobre 2024, ces étudiants sont normalement redevables d’une garde à l’hôpital Roi Khaled et ont droit à une somme mensuelle de 25 000 BIF en guise d’indemnité de garde, laquelle devrait leur être octroyée en tranches de 3 mois, soit 75 000 par tranche et par interne.

Pourtant, déplorent certains étudiants concernés, ils n’ont touché aucun sou jusqu’à présent. Même le dernier prêt-bourse qui leur a été accordé en janvier ne suffit pas à atténuer la précarité dans laquelle ils vivent.

Après des correspondances de réclamation qui n’ont pas changé la donne, ces étudiants ont décidé d’arrêter la garde, laquelle a repris ce 19 mai suite à une correspondance du doyen de la faculté qui leur accordait 48 heures sous peine d’être considérés comme déserteurs.

Les deux camps se renvoient la responsabilité

Consulté ce 20 mai pour comprendre la raison du retard de l’indemnité de garde, Paul Banderembako, doyen de la faculté de médecine, attribue la faute aux étudiants : « Ce sont eux qui n’ont pas voulu faire des déclarations dans les temps impartis pour les soumettre au directeur général de l’hôpital ».  

Et pour cause, explique-t-il,  une réunion entre les étudiants, la direction de l’hôpital et le doyen s’était tenue en novembre dernier. Celle-ci a abouti à une conclusion : l’indemnité de garde allait passer de 25.000 à 30.000, soit un ajout mensuel de 5.000 BIF. « Dans l’espoir d’une mise en œuvre directe de cet accord, justifie le doyen, les étudiants ont refusé de faire la déclaration pour bénéficier la somme habituelle de 25000 BIF, ignorant que l’accord de la hiérarchie est d’une importance capitale pour concrétiser la conclusion de la réunion. »

Et d’ajouter : « L’argent qui, normalement, provient de l’hôpital, constitue le patrimoine de l’Etat. Si nous avons proposé et que la hiérarchie n’a pas encore approuvé, la décision n’entre pas en vigueur. » Ce qui justifie, selon toujours le doyen, que cet ajout devrait découler de la révision budgétaire de décembre dernier, avec une approbation des décideurs. Mais M. Banderembako confirme avoir récemment reçu la déclaration et avoir soumis le dossier à la direction générale de l’hôpital.

 Rien à l’horizon…

La récente correspondance du doyen de la faculté de Médecine à l’endroit des internes.

Et de marteler : « Ces étudiants sont coupables du non-respect du règlement académique, lequel stipule que le cas de grève doit être avisé à l’avance à la direction des services académiques ou encore au doyen. Ce qu’ils n’ont pas fait lors qu’ils ont arrêté les activités ».

A ce sujet, ces étudiants affirment avoir fait une copie pour information au doyen de la faculté comme ils le font dans toutes leurs correspondances. Ainsi, ils ne comprennent pas l’absence de l’intervention de la direction de la faculté durant toute la période, tout en reconnaissant leur manquement aux directives du règlement académique.

Et d’insister avoir demandé l’état d’avancement de leurs doléances à maintes reprises au directeur général de l’hôpital mais sans succès : « Nous avons même demandé si nous pouvions faire des déclarations pour bénéficier les 25 000 comme d’habitude mais en vain. »

Finalement, ce n’est que le 6 mai que la déclaration a été soumise au doyen pour qu’à son tour il puisse la soumettre à la direction de l’hôpital. Contacté ce 20 mai par Jimbere, Stanislas Harakandi, directeur général de Roi Khaled, a admis que les déclarations ne lui sont pas encore parvenues.

 Un travail pénible

Au-delà de ces retards de versement leurs indemnités, ces étudiants rappellent que l’on soigne quand on est bien portant. Et au moment où ils travaillent sans relâche, le ventre creux et aux risques des maladies, la Question qui se pose est de savoir qui soignera qui. Bien plus, s’inquiètent ces étudiants en décrivant leur séjour à l’hôpital universitaire, il leur arrive de passer 36 heures aux côtés des patients sans récupération.

Par exemple, raconte un étudiant rencontré au service des urgences sous couvert de l’anonymat : « Ici il y a trop de travail plus que dans d’autres services. Là, nous sommes avec les médecins qui font la spécialisation, ceux qu’on appelle communément « les résidents ». Nous sommes également avec les infirmiers et travailleurs chargés de l’acheminement des gouttes épaisses dans les laboratoires.  À midi, toutes ces équipes-là prennent de pause sauf nous.   Au retour, elles nous rejoignent et rentrent chez elles à 17 h, puis sont remplacées.   La nouvelle équipe prend la pause à 19 h pour aller dîner, sauf nous. 

Le jour suivant, poursuit notre source, cette équipe rentre en les laissant sur place : «  Or, pour nous, c’est le travail intense qui reprend, car nous nous rejoignons au service « hospitalisation », là où nous passons plus de 12 heures.   Là, on y sort aux environs de 18 h. Le jour suivant, on est encore obligé de retourner le matin. »

Un autre étudiant complète : « Avec l’horaire de l’hôpital et les besoins des patients, se procurer à manger est un jeu de cache-cache. Vu nos moyens limités  et que le restaurant interne de l’hôpital coute cher (un plat à partir de 5000 BIF), nous préférons aller dans les quartiers de la zone Kamenge où les plats sont abordables (un plat moyen coûte 3000). La maitrise de ce jeu avec l’attention au patient devient une règle de trois composée. »

En effet, avance cet étudiant, un groupe d’internes se partage les brefs moments de pause, et très souvent on ne les trouve qu’à partir de 16 h, quand les restaurants sont vides. L’étudiant peut passer une nuit blanche, suite au nombre accru de patients qui s’adressent à cet hôpital sans toutefois avoir mangé : « Ce qui nous tourmente le plus, c’est que les travailleurs nous délèguent toutes leurs tâches. Conscientes de notre devoir éthique et de notre besoin d’une bonne notation, nous sommes trop souvent amenées à rendre nous-mêmes les échantillons au laboratoire et à attendre les résultats. Une fois que nous perdons notre attention pour d’autres patients, nous subissons des réprimandes de la part des résidents. Un dilemme. »

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