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Burundi : les crises, un terreau propice aux discours de haine

En période de crise, les accusations et les discours de haine risquent d’exacerber les tensions et de fragiliser la cohésion sociale. A Bujumbura, des responsables politiques et un spécialiste de la bonne gouvernance appellent à la responsabilité, à la vérification des informations et au dialogue pour prévenir les divisions.

Les crises et les difficultés que traverse un pays peuvent favoriser la propagation des discours de haine, les accusations réciproques et la recherche de boucs émissaires. C’est autour de cette problématique que l’organisation La Benevolencija a organisé, à Bujumbura, un débat dans le cadre de son programme de lutte contre les discours de haine, en collaboration avec différents médias.

La rencontre a réuni Aloys Baricako, président du parti RANAC, Dadie Nibigira, secrétaire générale du parti UPD Zigamibanga, et Innocent Nsengiyumva, spécialiste de la bonne gouvernance. Les échanges ont porté sur les acteurs qui diffusent ces messages, leurs motivations et les risques qu’ils représentent pour la cohésion sociale.

Cette discussion fait suite aux préoccupations exprimées le 2 septembre 2026 par des habitants de Musave, dans la commune de Kayanza, au sujet de la propagation des discours de haine dans le contexte des incendies de marchés au Burundi.

Pour Dadie Nibigira, il est difficile d’attribuer systématiquement ces discours à une catégorie précise d’acteurs. Selon elle, certaines personnes cherchent à défendre leurs intérêts, tandis que d’autres relaient des informations sans les avoir suffisamment vérifiées ou agissent dans un contexte de conflit avec leurs interlocuteurs.

Elle estime que les périodes de crise peuvent être exploitées à des fins politiques, notamment par des acteurs qui cherchent à affaiblir la confiance de la population envers leurs adversaires.

La secrétaire générale de l’UPD Zigamibanga met également en garde contre les accusations alimentées par les blessures du passé. Selon elle, lorsqu’un incident survient, certaines personnes désignent rapidement des responsables sans disposer de preuves suffisantes.

Elle souligne que de telles accusations risquent de provoquer des représailles et d’aggraver les tensions entre les groupes concernés. Elle préconise que les personnes reconnues coupables d’avoir propagé des discours de haine soient poursuivies et sanctionnées conformément à la loi.

Des accusations qui ravivent les blessures du passé

Aloys Baricako estime que les crises, qu’il s’agisse d’incendies de marchés ou de pénuries de produits essentiels, peuvent rapidement donner lieu à des accusations entre citoyens et acteurs politiques.

Il considère que certains responsables politiques devraient s’abstenir d’accuser leurs adversaires sans preuves ni enquête préalable. « Un politicien avisé ne devrait pas accuser sans preuves, sans enquête et sans pouvoir expliquer ses affirmations », affirme-t-il. Il attire également l’attention sur les utilisateurs des réseaux sociaux qui se cachent derrière des pseudonymes pour diffuser des messages hostiles.

Le président du RANAC estime toutefois qu’il convient de distinguer les critiques visant à interpeller les autorités sur les difficultés de la population des messages destinés à opposer les citoyens à leurs dirigeants.

Il évoque notamment les dénonciations des pénuries de carburant ou d’électricité, qui peuvent contribuer à attirer l’attention sur des problèmes réels. Cependant, certains messages peuvent aussi être utilisés pour attiser les tensions, notamment lorsque les informations diffusées sont fausses.

Aloys Baricako rappelle que les conflits politiques et ethniques du passé ont laissé des blessures qui ne sont pas encore entièrement guéries. Il craint que la répétition des accusations ne contribue à raviver les divisions.

Pour prévenir ces risques, il appelle à l’application des lois, à une vigilance accrue face aux contenus diffusés sur les réseaux sociaux et à la sensibilisation des citoyens. Il invite ces derniers à privilégier les informations fiables et à se méfier des publications visant à semer la discorde.

Réseaux sociaux : les dirigeants appelés à prendre leurs responsabilités

Innocent Nsengiyumva, spécialiste de la bonne gouvernance

Pour Innocent Nsengiyumva, les crises politiques, les catastrophes, les incendies de marchés et les pénuries peuvent créer un climat de découragement dont certains acteurs profitent pour diffuser des messages hostiles.

Il distingue notamment les acteurs qui cherchent à défendre les autorités en place, ceux qui aspirent à accéder au pouvoir et les citoyens qui relaient les propos de leur camp politique sans en vérifier la véracité.

Selon lui, ces pratiques peuvent conduire à la stigmatisation de certaines communautés ou de certains quartiers. Les préjugés qui en découlent risquent alors de détériorer les relations entre les habitants et de favoriser l’émergence de conflits.

Le spécialiste rappelle que les violences de 1993 au Burundi ont été précédées par des accusations et des tensions qui ont contribué à opposer les citoyens. Il estime que les mots, même lorsqu’ils paraissent anodins, peuvent alimenter des divisions aux conséquences graves.

Face à ces risques, Innocent Nsengiyumva insiste sur la nécessité d’une mobilisation collective pour prévenir les discours de haine. « Les dirigeants des partis politiques, des institutions publiques, des organisations de la société civile, des confessions religieuses et les journalistes ont un rôle essentiel à jouer », souligne-t-il.

Il appelle également les citoyens à vérifier les informations avant de les partager et à réfuter les fausses affirmations qui leur sont attribuées.

Prévenir les discours de haine par des mesures concrètes

Pour le spécialiste, la prévention ne peut pas reposer uniquement sur la sensibilisation. Les autorités doivent également s’attaquer aux difficultés qui alimentent les inquiétudes de la population.

Il cite notamment les pénuries de carburant et d’électricité. Selon lui, les responsables des secteurs concernés devraient rechercher des solutions et communiquer régulièrement sur les progrès accomplis afin de rassurer les citoyens et de limiter la propagation des rumeurs.

Il invite enfin les autorités à former les utilisateurs des réseaux sociaux à un usage responsable de ces plateformes, tout en veillant à l’application des dispositions légales pertinentes.

Les trois intervenants soulignent ainsi l’importance de la responsabilité individuelle et collective dans la lutte contre les discours de haine. En période de crise, la vérification des informations, le dialogue et la recherche de solutions concrètes constituent, selon eux, des moyens essentiels pour préserver la cohésion sociale et éviter que les difficultés ne se transforment en nouvelles divisions.

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