Encore récent au Burundi, le marché des capitaux constitue un nouveau mécanisme de financement de l’économie. Il met en relation les acteurs à la recherche de ressources financières et ceux qui souhaitent investir leur épargne. Où en est ce marché aujourd’hui et comment fonctionne-t-il ? Elements de reponse avec le regulateur de ce gigantesque marché ou transitent des milliards de FBu en toute transparence.
Selon Arsène Mugenzi, directeur général de l’Autorité de régulation du marché des capitaux (ARMC), « le marché des capitaux est un espace où se rencontrent deux catégories d’acteurs : ceux qui ont besoin de capitaux pour financer leurs activités et ceux qui disposent de ressources qu’ils souhaitent investir ». Il constitue ainsi un canal de mobilisation de l’épargne vers le financement de l’économie.
La catégorie des acteurs en quête de capitaux sont notamment l’État, les entreprises et les communes qui recherchent des fonds pour financer leurs projets. L’État peut, par exemple, mobiliser des fonds pour les infrastructures en émettant des titres du trésor, tandis que les entreprises peuvent recourir au marché boursier pour accroître leur capacité de production ou développer de nouvelles activités économiques.
À l’inverse, les investisseurs peuvent être des banques, des compagnies d’assurance, des institutions financières ou des particuliers. Leur objectif est de placer leurs ressources dans des instruments financiers susceptibles de générer un rendement. Le marché des capitaux joue ainsi un rôle d’intermédiation entre l’épargne disponible et les besoins de financement.
Une innovation dans la mobilisation des capitaux

Au Burundi, le marché des capitaux est encore en phase de développement. Arsène Mugenzi indique qu’aucune entreprise n’a, jusqu’ici, mobilisé des capitaux à travers ce marché. Les titres de l’État constituent pour le moment les principales opérations qui y sont réalisées.
Malgré cette croissance timide, le marché reste prometteur : des capitaux commencent à y circuler. Selon le patron de l’ARMC, environ 30 milliards de francs burundais ont déjà transité sur le marché à travers les investissements effectués par différents acteurs. Cette évolution montre que le marché commence progressivement à attirer l’épargne.
Pour accéder à ce marché, différents intervenants jouent des rôles complémentaires. Des banques habilitées assurent notamment la conservation des capitaux, tandis que des analystes financiers fournissent des informations sur l’évolution du marché, des conseillers accompagnent les investisseurs et des juristes veillent au respect du cadre légal. L’ARMC, quant à elle, assure la régulation et la supervision du marché.
Qui peut investir et comment ?
Selon le directeur général de l’ARMC, le marché des capitaux n’est pas uniquement destiné aux grandes institutions. « Les investisseurs peuvent être des entreprises, des institutions financières ou des particuliers disposant d’une épargne à placer ». L’objectif affiché par l’ARMC est d’ailleurs de permettre progressivement à un public plus large d’accéder à ce marché.
Pour investir, il faut notamment disposer d’informations suffisantes sur l’instrument financier ou le projet concerné et respecter les exigences réglementaires. Du côté des demandeurs de capitaux, un projet doit être clairement présenté, avec des informations sur sa nature, son coût, son financement et ses perspectives.
Le marché offre par ailleurs une alternative aux circuits classiques de financement. Alors que les banques jouent principalement un rôle d’intermédiation entre les déposants et les emprunteurs, le marché des capitaux permet aux détenteurs de ressources de placer directement leur argent dans des instruments financiers proposés par les émetteurs, dans le respect des règles du marché.
Une ouverture du marché sur les pays de la sous-région
Le développement du marché des capitaux burundais s’inscrit également dans le processus d’intégration du pays au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). Selon Arsène Mugenzi, le marché burundais a été conçu en tenant compte des expériences des autres pays de la région qui disposent déjà de marchés de capitaux plus développés.
Cette intégration favorise la circulation des capitaux entre les différents marchés de la région. Un investisseur burundais peut ainsi, sous réserve des règles applicables, investir sur un marché d’un autre pays membre, tandis que des investisseurs régionaux peuvent participer au marché burundais.
À terme, cette ouverture pourrait contribuer à élargir la base des investisseurs et à diversifier les sources de financement disponibles pour les acteurs économiques burundais. Pour un marché encore jeune, l’intégration régionale représente donc à la fois une opportunité d’élargissement et un défi en matière de compétitivité, de transparence et de confiance des investisseurs.
Un instrument pour doper le financement de l’économie
Au-delà des opérations déjà réalisées, l’enjeu pour le Burundi est désormais d’élargir progressivement l’utilisation du marché des capitaux. Selon Arsène Mugenzi de l’ARMC, celui-ci doit permettre de mobiliser davantage de ressources financières pour les besoins de l’État, des entreprises et d’autres acteurs économiques.
L’autorité souhaite également faciliter l’accès des petits épargnants. Arsène Mugenzi évoque notamment l’ambition de voir, à terme, des personnes disposant de ressources beaucoup plus modestes pouvoir investir sur ce marché. Cette démocratisation permettrait d’accroître la mobilisation de l’épargne intérieure.
Un marché ouvert à tous mais règlementé
Le marché des capitaux reste donc un dispositif récent, mais déjà opérationnel au Burundi. Avec des investissements qui atteignent plusieurs milliards de francs burundais et une ouverture vers le marché régional, son développement dépendra désormais de sa capacité à attirer davantage d’émetteurs et d’investisseurs, tout en renforçant la transparence et la confiance.
L’accès aux obligations du Trésor reste notamment fixé à partir de 100 000 FBu. Le directeur général de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des capitaux (ARMC) souligne que le marché est ouvert à tous. Des efforts sont engagés pour rendre progressivement l’investissement accessible aux particuliers, y compris à ceux disposant de faibles capacités d’épargne, afin de faire du marché des capitaux un véritable levier de mobilisation de l’épargne nationale et de financement de l’économie.
Six longues années de tractations …
Sur le plan légal, le marché des capitaux remonte à 2019, mais il aura fallu six ans de préparatifs pour lancer la Bourse du Burundi en décembre 2025. Dès lors, il a été progressivement opérationnalisé et poursuit sa structuration avec la diversification des possibilités d’épargne et d’investissement. En avril 2026, la Bourse du Burundi a franchi une étape historique dans le développement du marché des capitaux avec la première cotation d’une Obligation du Trésor. Cette obligation d’une maturité de 2 ans a été émise pour un montant de 4,4 milliards BIF avec un coupon annuel de 5%.
Aujourd’hui, le marché des capitaux dispose de quatre intermédiaires agréés, dont Orbit Investment Bank, Globas Investment Bank, Bancobu Capital et Prime Courtage Tradin qui participent à la mobilisation des capitaux.




