Dans la plupart des quartiers de la ville de Bujumbura, il s’observe une pénurie criante d’eau potable. Les robinets sont à sec alors que la petite quantité n’est distribuée qu’occasionnellement. Les habitants se rabattent à d’autres sources d’approvisionnement pour satisfaire leurs besoins domestiques. Des robinets publics, alimentés à l’énergie solaire ou à l’électricité et installés dans plusieurs quartiers, attirent chaque jour de nombreux habitants venus s’y approvisionner.
La pénurie d’eau potable figure parmi les grands défis auxquels fait face la population urbaine. De longues files d’attente s’observent dès l’aube devant les robinets alors que ceux qui ont des moyens investissent dans les infrastructures de captage des eaux souterraines.
Les images des bidons jaunes sautent aux yeux dans la plupart des quartiers périphériques. Dans la zone de Ngagara, au quartier 7, au bord de la route menant vers Kamenge, nous avons rencontré des habitants qui viennent de la zone Gihosha, Kamenge et d’autres quartiers proches se déplacent à vélo, avec des bidons à la recherche d’eau à un robinet public y installé.
La même situation s’observe également visible au quartier Mirango II, sur la 13e avenue, où un robinet public fonctionne grâce à l’électricité. Selon des habitants du quartier, l’eau n’est disponible que lorsque le courant électrique est fourni. À chaque coupure d’électricité, le robinet cesse de fonctionner.
« Face à cette pénurie, certains habitants sont contraints de recueillir l’eau de ruissellement qui s’écoule ensuite vers la rivière Nyabagere pour leurs besoins domestiques, notamment pour faire la vaisselle, cuisiner et se laver », indique E. N., un habitant du quartier Mirango II.
Il précise que cette eau provient de différents endroits, notamment des ménages, des garages et d’autres lieux. « Ceux qui ont des moyens achètent de l’eau potable à boire dans les boutiques. Pour les autres, il y a grand risque d’être contaminées aux maladies liées à l’utilisation d’une eau insalubre », ajoute-t-il.
La pénurie d’eau potable entraîne également des dépenses supplémentaires pour les ménages. Un habitant du quartier Carama affirme dépenser au moins 15 000 BIF par jour pour satisfaire les besoins domestiques en eau potable.
Pourquoi cette pénurie persiste-t-elle dans la ville de Bujumbura ?
Le président de l’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversation (OLUCOME) rappelle que l’accès à l’eau potable figure parmi les priorités de la vision de faire du Burundi un pays émergent en 2040 et développé en 2060. Pourtant, Gabriel Rufyiri regrette que moins de 30 % de la population burundaise y aurait accès. Ce qui, selon lui, rend difficile l’atteinte des objectifs fixés.

Selon Jean Albert Manigomba, directeur général de la Regideso, la pénurie d’eau potable qui touche certaines zones de la ville de Bujumbura s’explique notamment par l’extension de la ville et la forte croissance du nombre de personnes à approvisionner.
« La demande en eau a triplé ou quadruplé depuis 2005 », explique-t-il. Il précise que 95 % de la population urbaine de Bujumbura est approvisionnée en eau provenant du lac Tanganyika.
Le directeur général de la Regideso souligne que le dernier projet majeur de distribution d’eau dans la ville de Bujumbura a été achevé en 2005. Depuis lors, aucun nouveau projet de station de pompage n’aurait été réalisé pour accompagner l’augmentation de la demande.
Trois principaux acteurs d’approvisionnement de l’eau
Pour Gabriel Rufyiri, l’accès à l’eau potable au Burundi repose principalement sur trois acteurs : la Regideso, la Direction générale de l’hydraulique et les Organisations internationales qui interviennent notamment dans le forage de puits.

Cependant, ces acteurs rencontrent plusieurs difficultés dans l’approvisionnement de l’eau, notamment liées à l’importation des matières premières nécessaires au traitement de l’eau ainsi qu’à la pression démographique.
Selon lui, compte tenu du potentiel hydrique dont dispose le Burundi, la pénurie d’eau potable est également liée à une mauvaise planification fondée sur les données relatives à la croissance démographique et à la priorité accordée aux intérêts personnels plutôt qu’aux intérêts publics.
Quelles solutions pour remédier à la situation ?
Jean Albert Manigomba indique que la Regideso prévoit, dans le cadre du projet d’accès a l’eau portable et à l’assainissement (PAEPA), deux principales interventions. La première consiste à optimiser les stations de pompage 1 et 2 depuis le lac Tanganyika situées à Kabondo. La seconde prévoit la construction d’une nouvelle station de pompage à Nyabugete phase 4.
Selon lui, l’optimisation des stations de pompage de Kabondo devrait durer environ six mois après l’attribution du marché. Quant à la construction de la nouvelle station de pompage de Nyabugete, les travaux s’étendront sur une période de deux ans.
« La réalisation de ces deux composantes devrait permettre d’augmenter d’environ 30 % la quantité d’eau actuellement disponible dans la ville de Bujumbura », fait-il savoir.
Par ailleurs, le directeur général de la Regideso tient à signaler que d’autres projets destinés à améliorer l’accès à l’eau potable sont également en cours dans les communes de Rumonge et de Nyanza-Lac. Ils prévoient notamment le captage d’eau dans les zones montagneuses ainsi que dans le lac Tanganyika.
Pour le président de l’OLUCOME, l’État devrait mener régulièrement des études sur l’évolution démographique afin de mieux planifier l’approvisionnement en eau potable dans toutes les zones du pays. Il encourage les autorités a renforcer, entretenir et protéger et les infrastructures hydrauliques, notamment les pompes.




