Alors que les préparatifs du chemin de fer Uvinza-Musongati se poursuivent, les acteurs du projet mettent l’accent sur les conditions à réunir avant le démarrage effectif des travaux. A Bujumbura, un atelier d’information a permis de faire le point sur les études environnementales et sociales, l’indemnisation des populations affectées, la formation de la main-d’œuvre, l’emploi local et l’alimentation électrique de cette infrastructure appelée à renforcer les échanges entre le Burundi, la Tanzanie et la RDC.
Bujumbura, 15 septembre 2026. L’Unité de gestion du projet de construction du chemin de fer Uvinza-Musongati a réuni, mardi à l’Hôtel Source du Nil, les différents acteurs impliqués dans la mise en œuvre de ce projet ferroviaire multinational reliant la Tanzanie, le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC).
Sous le haut patronage du conseiller du secrétaire permanent au ministère des Infrastructures, des Logements sociaux, des Transports et de l’Equipement, Consolateur Nitunga, les échanges ont porté sur l’état d’avancement du projet, les exigences environnementales et sociales, la formation de la main-d’œuvre ainsi que l’alimentation électrique du futur chemin de fer.
Un corridor stratégique pour le Burundi

Le projet Uvinza-Musongati constitue un maillon du corridor ferroviaire appelé à relier le port de Dar es Salaam, en Tanzanie, à Kindu, en RDC, sur environ 2 920 km. La section Uvinza-Musongati couvre 240 km, répartis entre les lots 7 et 8, pour un financement annoncé de 2,54 milliards de dollars.
Pour le Burundi, l’infrastructure doit notamment faciliter l’accès au port de Dar es Salaam, réduire les coûts et les délais de transport et favoriser les échanges commerciaux. Elle doit également contribuer à l’acheminement des ressources minières de la zone de Musongati, notamment le nickel, le cobalt et le cuivre, vers les marchés régionaux et internationaux.
Trois gares sont prévues sur le territoire burundais, à Gihofi, Rutana et Musongati. Selon Aaron Niyungeko, coordinateur du projet au Burundi, les préparatifs se poursuivent. Une entreprise est déjà présente à Rutana et un terrain de 11 hectares et 20 ares a été identifié pour l’installation de la base-vie. A Murama, dans la province de Rutana, 86 hectares ont également été identifiés pour l’exploitation des matériaux destinés à la production du ballast, dont les besoins sont estimés à 2,5 millions de m³.
Les études environnementales et sociales ont été réalisées et soumises pour validation. Le démarrage complet de certaines activités reste toutefois conditionné à l’obtention de la non-objection de la Banque africaine de développement (BAD).
Le tronçon Uvinza-Musongati comprend le lot 7 en Tanzanie et le lot 8 au Burundi. La partie burundaise s’étend sur 84 km et constitue une première étape de l’intégration du Burundi dans ce corridor ferroviaire régional.
Les populations au cœur des exigences environnementales
Les sauvegardes environnementales et sociales ont occupé une place importante dans les échanges. Le projet comporte plusieurs risques liés notamment à l’acquisition des terres, à la perte de biens et de revenus, à l’érosion, à la pollution, aux accidents, à l’afflux de travailleurs et aux éventuels conflits avec les communautés riveraines.
Au Burundi, environ 9 364 personnes affectées par le projet (PAP) ont été identifiées. Le Plan d’action de réinstallation (PAR) est estimé à 4,7 millions de dollars, tandis que le Plan de gestion environnementale et sociale (PGES) représente environ 1,13 million de dollars.
Ces exigences ont suscité des interrogations de la part de Pasteur Bisekera, directeur de la planification et des études à l’Agence Routière du Burundi (ARB). Il s’est notamment interrogé sur le nombre de documents environnementaux et sociaux requis ainsi que sur leur budgétisation. Il a également demandé comment l’Unité de gestion du projet accompagne l’entreprise afin que les procédures de validation ne ralentissent pas l’exécution du chantier.
En réponse, Félix Nicayenzi, chargé de l’environnement et social au sein de l’UGP (Unité de Gestion du Projet) de construction de chemin de fer Uvinza – Musongati, a expliqué que les mesures environnementales et sociales doivent accompagner les différentes phases du chantier. Le dispositif prévoit notamment la gestion des déchets, la protection des sols et des eaux, la sécurité des travailleurs et des communautés, ainsi que des mesures de prévention contre les violences basées sur le genre, l’exploitation et les abus sexuels et le harcèlement sexuel.
Au-delà des mesures de protection, le projet devrait également générer des opportunités économiques pour les populations riveraines. Selon Félix Nicayenzi, celles-ci pourraient notamment concerner l’agriculture, l’élevage, le commerce et le transport, à travers la fourniture de denrées alimentaires, de logements et de différents services aux travailleurs et aux entreprises intervenant sur le chantier.
Ce chargé de l’environnemental et social au sein de l’UGP a, pour sa part, indiqué que l’équipe accompagne l’entreprise dans la préparation des études, en mettant à sa disposition les données nécessaires et en l’orientant sur les exigences de la législation burundaise.
Les mesures de compensation et de réinstallation devront être mises en œuvre avant la prise de possession des terres et des biens concernés. Un mécanisme de gestion des plaintes est également prévu afin de permettre aux communautés et aux travailleurs de faire connaître leurs préoccupations.
Former avant de construire

La disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée constitue un autre enjeu soulevé lors de l’atelier. Piero Niconemera, responsable de l’action de développement de l’employabilité et de promotion de la création d’emplois au ministère du Travail et de la Fonction publique, a notamment demandé comment le Burundi entend préparer les compétences nécessaires au projet dans le cadre de sa coopération avec la Tanzanie.
Les responsables du projet ont annoncé un programme de renforcement des capacités destiné à 1 500 personnes, dont 500 au Burundi et 1 000 en Tanzanie. Des stages en Tanzanie sont envisagés sur des tronçons déjà construits ou en exploitation.
Des discussions sont également menées avec l’Université du Burundi pour les formations universitaires, ainsi qu’avec les centres de formation pour les techniciens.
Piero Niconemera a également questionné la place du Burundi dans la gestion du projet. Il lui a été expliqué que la Tanzania Railways Corporation (TRC) agit comme maître d’ouvrage délégué et assure la coordination technique à travers une équipe dédiée. Le Burundi conserve toutefois sa responsabilité de maître d’ouvrage pour son propre lot, avec un financement distinct.
Une consommation électrique qui interpelle

L’alimentation électrique du futur chemin de fer a également suscité des interrogations. Aaron Niyungeko a indiqué que le réseau ferroviaire nécessitera environ 100 MW.
Alors que la capacité actuellement disponible au Burundi a été estimée à 174 MW, des participants ont demandé si la Regideso serait en mesure d’assurer l’alimentation du chemin de fer sans compromettre les autres besoins du pays.
Le coordinateur du projet a répondu que des discussions sont en cours avec la Regideso et que les études relatives à cette question sont déjà avancées.
Le projet prévoit par ailleurs de favoriser l’emploi local ainsi que la participation des PME et des fournisseurs burundais. Une attention particulière est accordée à la participation des femmes, avec une cible de 40 % dans les actions de formation et de développement des compétences.
A terme, le corridor doit se prolonger de Musongati vers Gitega, puis Bujumbura et Kindu. Le tronçon Musongati-Gitega, long de 42 km, dispose déjà d’une étude de faisabilité. Les études du tronçon Gitega-Bujumbura-Kindu, d’environ 820 km, se poursuivent. Autant d’étapes qui devront être franchies pour inscrire le Burundi dans un corridor ferroviaire régional destiné à renforcer la circulation des personnes, des marchandises et des ressources minières.




