Instaurée en 2005 pour garantir l’accès gratuit à l’enseignement primaire, une mesure étendue par la suite à l’enseignement fondamental reste officiellement en vigueur au Burundi. Pourtant, des parents affirment être régulièrement sollicités pour diverses contributions destinées au fonctionnement des écoles. Une situation qui soulève des interrogations sur la transparence de ces pratiques et leur impact sur la scolarisation des enfants issus de familles vulnérables.
Près de vingt ans après l’instauration de la gratuité scolaire, l’Etat burundais continue de prendre en charge les frais liés à l’enseignement fondamental public. Sur le terrain, toutefois, des parents affirment devoir contribuer financièrement à différentes dépenses scolaires. Construction et entretien des infrastructures, rémunération des veilleurs, achat de matériel ou encore prise en charge de certaines activités : les sollicitations seraient multiples et parfois imprévisibles.
Selon des parents interrogés, certaines contributions sont discutées au cours des réunions scolaires. D’autres, en revanche, seraient fixées directement par les directions d’écoles ou les comités de parents, sans consultation de l’ensemble de la communauté scolaire.
Un parent ayant un enfant scolarisé à l’une des écoles fondamentales dans la province de Gitega affirme qu’au cours de l’année scolaire 2025-2026, les élèves de cette école auraient été invités à payer 2 000 FBU pour l’achat d’un seul sceau destiné à l’établissement. Pour une famille comptant trois enfants dans ces écoles, la dépense aurait ainsi atteint 6 000 Fbu.
A l’une des écoles fondamentales dans la province Bujumbura, une mère de deux enfants scolarisés à cette école décrit, elle aussi, des demandes financières qu’elle juge fréquentes. « Chaque année scolaire, je paie de l’argent pour mes enfants. A leur retour de l’école, ils me disent souvent que la direction leur a demandé de l’argent, parfois 5 000, 3 000 ou 2 000 Fbu, soit pour acheter des livres, soit pour couvrir d’autres besoins scolaires », témoigne-t-elle.
Elle estime que ces sollicitations sont difficiles à supporter, d’autant qu’elles ne seraient pas toujours annoncées à l’avance et que leur destination ne serait pas clairement expliquée aux parents.
Cette mère précise néanmoins que certaines contributions, notamment celles liées aux travaux de construction, sont discutées lors des réunions scolaires. Elle regrette cependant que d’autres demandes d’argent ne fassent pas systématiquement l’objet de concertations.
Des frais de redoublement également dénoncés
Au-delà des contributions destinées au fonctionnement des écoles, certains parents dénoncent également des sommes qu’ils doivent débourser pour obtenir une place pour leurs enfants appelés à redoubler.
« L’année dernière, j’ai payé 50 000 Fbu pour obtenir une place en 7e année. Aujourd’hui, le montant est passé à 60 000 Fbu. Pour cette rentrée scolaire, je dois payer 120 000 Fbu pour trouver des places de redoublement, l’une en 7e et l’autre en 8e année », affirme une mère.
A ces difficultés s’ajoute, selon plusieurs parents, l’absence de reçus ou d’autres justificatifs après certains paiements. Une pratique qui alimente leurs interrogations sur la gestion et la transparence des fonds collectés.
La FENADEB alerte sur les frais de fonctionnement

La Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance au Burundi (FENADEB) dit avoir reçu plusieurs plaintes de parents concernant ces contributions.
« À la FENADEB, nous avons recueilli les plaintes de plusieurs parents qui dénoncent des frais scolaires exigés sous prétexte de l’achat d’outils utilisés dans diverses activités scolaires », explique Ferdinand Simbaruhije, porte-parole de l’organisation.
Selon lui, les demandes portent notamment sur des dépenses de fonctionnement telles que l’achat de papier et de craie, les frais de communication et de déplacement en cas d’urgence, la prise en charge temporaire d’un enfant malade ou encore l’entretien des infrastructures scolaires.
Des contributions seraient également sollicitées pour l’achat de balais et de chiffons ainsi que pour la réparation de certains équipements, notamment les portes, les fenêtres et les bancs-pupitres.
Des directeurs misent sur le dialogue
Ferdinand Simbaruhije nuance toutefois son constat. Ces pratiques, précise-t-il, ne seraient pas généralisées à l’ensemble des établissements scolaires. Certains directeurs privilégieraient plutôt le dialogue avec les parents et rechercheraient des solutions concertées pour répondre aux besoins de l’école, sans compromettre la scolarisation des enfants.
Shabani, le directeur provisoire d’une école publique village de développement située dans la zone Maramvya en commune Ntahangwa de la province de Bujumbura affirme, pour sa part, que la gratuité de l’enseignement est respectée dans son établissement.
Selon lui, lorsqu’un besoin financier se présente, les parents sont conviés à une réunion afin de déterminer collectivement la contribution nécessaire. Cette démarche vise, explique-t-il, à éviter que des décisions financières soient prises unilatéralement par la direction.
Le risque d’un impact sur la scolarisation
Pour David Ninganza, directeur national de la Solidarité de la jeunesse chrétienne pour la paix et l’enfance (SOJEPAE), les recouvrements forcés peuvent avoir des conséquences importantes sur le parcours scolaire des enfants.
« Les recouvrements forcés des frais scolaires peuvent entraîner des renvois temporaires, de longues absences, des échecs, des redoublements et même des abandons scolaires, surtout chez les enfants issus de familles vulnérables », souligne-t-il.
Face à cette situation, Ferdinand Simbaruhije plaide pour un dialogue renforcé entre les directions des écoles, les comités de gestion et les parents. Lorsque des besoins réels sont identifiés, estime-t-il, les différentes parties devraient pouvoir rechercher ensemble des solutions adaptées.
Il rappelle également que les responsables des établissements scolaires doivent avant tout agir dans l’intérêt des élèves et de l’ensemble de la communauté scolaire, plutôt que de privilégier des intérêts individuels.
David Ninganza recommande, lui aussi, de mettre en place des mécanismes de contribution plus transparents, souples et adaptés aux capacités des familles. L’objectif, insiste-t-il, est de permettre aux parents de participer à la résolution des difficultés de l’école sans que les contraintes financières ne deviennent un obstacle à la scolarisation. « L’école doit rester un lieu d’opportunités et d’inclusion, et non d’exclusion », insiste-t-il.
Que prévoient les textes ?
Les textes réglementaires encadrant la gratuité de l’enseignement public fixent pourtant des limites aux contributions exigées aux familles.
Dans une lettre datée du 6 juin 2026, la Direction provinciale de l’Education à Bujumbura rappelle, dans le cadre de l’application des directives du ministère ayant l’éducation dans ses attributions, qu’il est strictement interdit d’imposer aux demandeurs de places des contributions financières forcées destinées notamment à la fabrication des bancs-pupitres ou à toute autre dépense conditionnant leur admission.
La loi n°1/19 du 10 septembre 2013 portant organisation de l’enseignement de base et secondaire dispose, en son article 17, que « la gratuité de l’enseignement public est garantie dans les conditions fixées par décret ».
Par ailleurs, l’ordonnance ministérielle conjointe no 620/540/834/2019 du 02/5/2019 portant augmentation du budget de compensation des frais de scolarisation dans les écoles fondamentales, l’article 7 indique que le budget de compensation des frais de scolarité est affecté à l’achat des cahiers de préparation des enseignants, l’achat des matériels de bureau, l’organisation des tests de direction, l’entretien et maintenance des infrastructures scolaires et sanitaires, le paiement du salaire des veilleurs, les dépenses de communication (5%) et de déplacement (15%).




