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Nyandwi Edouard, pionnier d’une agriculture moderne au service de sa communauté

Selon le Rapport général sur la population, l’habitat, l’agriculture et l’élevage (RGPHAE), plus de 80 % des Burundais vivent de l’agriculture. Pourtant, cette activité reste confrontée à de nombreux défis, notamment le manque de connaissances techniques, les ravageurs, l’usage inapproprié des pesticides et les effets du changement climatique. A Busoni, dans la province de Kirundo, Nyandwi Edouard a choisi de transformer ces contraintes en opportunités. En s’inspirant des expériences acquises dans plusieurs pays de la région, il a développé une agriculture moderne qui profite aujourd’hui à toute sa communauté.

Surnommé Myasiro, Nyandwi Edouard est un agriculteur moderne et entrepreneur de 34 ans, bien connu dans la commune de Busoni. A travers son exploitation agricole, il emploie plus de 100 personnes. Les salariés permanents perçoivent un revenu mensuel compris entre 100 000 et 150 000 francs burundais et bénéficient d’une assurance maladie. Quant aux travailleurs journaliers, ils gagnent au moins 3 000 francs burundais par jour. Selon plusieurs témoignages, il recrute sans discrimination.

Comme l’affirme Nyandwi Edouard, ses exploitations affichent des rendements impressionnants : jusqu’à 50 tonnes d’oignons, 30 tonnes de tomates, deux gros camions de pastèques, 30 tonnes de maïs et 30 tonnes de haricots jaunes. Son bénéfice annuel peut atteindre 300 millions de francs burundais, une somme qu’il réinvestit dans le développement de ses activités agricoles.

Selon plusieurs témoignages, il lui arrive également de partager une partie de ses récoltes avec les habitants de sa communauté. Derrière cette réussite se cache toutefois un parcours jalonné de nombreuses épreuves.

Une résilience forgée par les difficultés

Né en 1992 à Kirundo, Nyandwi Edouard est le septième d’une fratrie de neuf enfants. Ses parents, déjà âgés à sa naissance, ne disposaient plus de la force nécessaire pour subvenir aux besoins de toute la famille. « Pour satisfaire certains de mes besoins essentiels et acheter mon matériel scolaire, je cultivais dans les champs des autres. Je gagnais 300 francs burundais par jour », se souvient-il.

Contraint d’abandonner l’école après la sixième année primaire afin de prendre soin de ses deux jeunes frères, il choisit très tôt de sacrifier ses études pour soutenir sa famille. « J’ai passé une année à travailler dans les champs des autres. Ensuite, j’ai acheté un vélo et j’ai commencé à exercer le métier de taxi-vélo tout en poursuivant l’agriculture. »

Par la suite, il loue une parcelle qu’il exploite pour son propre compte. Il se spécialise progressivement dans la culture du haricot jaune, considéré à l’époque comme un produit de luxe réservé aux ménages les plus aisés.

En 2009, convaincu que l’agriculture peut lui assurer un avenir, il multiplie les essais. Cette persévérance lui permet d’obtenir une récolte de 14 tonnes d’oignons. Désireux de diversifier ses activités, il ouvre ensuite un restaurant, une expérience qui ne porte pas ses fruits. Il se tourne alors vers le commerce en créant une boutique, laquelle connaît un véritable succès et lui permet de subvenir aux besoins de sa famille.

Malgré cette stabilité, son ambition demeure intacte : créer un projet capable d’améliorer les conditions de vie d’un plus grand nombre de personnes.

Voyager pour apprendre et mieux produire

Douze ans plus tard, Nyandwi Edouard décide de revenir pleinement à l’agriculture. A cette période, sa commune fait face à une sécheresse persistante et aux effets du changement climatique.

Plutôt que de chercher des financements à l’étranger, il entreprend plusieurs voyages d’étude en Tanzanie, au Rwanda, en Ouganda et au Kenya afin de découvrir des techniques agricoles adaptées aux nouvelles réalités climatiques de la région de Butanyerera.

En Ouganda, il observe notamment les systèmes d’irrigation utilisant de grands réservoirs d’eau pour garantir la production tout au long de l’année.

De retour au Burundi en 2020, il vend sa voiture ainsi que tout le stock de sa boutique pour investir dans son projet agricole. Il achète des terres situées au bord du lac Cohoha, installe des motopompes pour puiser l’eau du lac et construit douze grands bassins de stockage. Grâce à ce système d’irrigation, il cultive désormais aussi bien pendant la saison des pluies que durant la saison sèche.

Aujourd’hui, son exploitation emploie une centaine de personnes, dont une cinquantaine de journaliers rémunérés quotidiennement et plusieurs salariés permanents logés à proximité des champs. Tous bénéficient d’une assurance maladie, un avantage encore rare dans le secteur agricole.

Un entrepreneur salué pour son impact social

Pour Hatari Tharcisse, chef de la zone Marembo, l’initiative de Nyandwi Edouard dépasse largement le cadre de la production agricole. « Nous apprécions énormément son travail. Il s’est stabilisé économiquement et contribue à améliorer les conditions de vie de la population. Grâce à son agriculture moderne, plus de cent ménages disposent d’un emploi. Les maisons en paille disparaissent progressivement, remplacées par des habitations couvertes de tôles. Je sais également qu’il offre des cartes d’assurance maladie à ses employés. »

Selon lui, les produits issus de cette exploitation alimentent non seulement les marchés de Kirundo, mais aussi ceux de Bujumbura. « Nous en sommes très fiers. J’encourage les habitants de Busoni à suivre son exemple, car notre commune dispose de nombreux cours d’eau qui peuvent favoriser le développement agricole. Je le surnommerais volontiers Yaje hageze (« venu au bon moment ».) »

Les travailleurs de Nyandwi Edouard partagent cette reconnaissance. « Depuis qu’il m’a embauché, je gagne plus de 150 000 francs burundais par mois. Je nourris ma femme et mes trois enfants sans difficulté, je peux les faire soigner et j’ai même construit une maison couverte de quinze tôles. Je suis pleinement satisfait », témoigne l’un d’eux.

Marie-Rose, une autre employée, affirme que son employeur accorde une attention particulière au bien-être de son personnel. « Il m’a donné du travail, ainsi qu’à mes deux enfants. Après avoir acheté des tôles pour ma maison, il m’a offert du ciment pour terminer la rénovation. Aujourd’hui, malgré mon statut de veuve, mes enfants et moi vivons dignement grâce à lui. »

Pour elle, Nyandwi Edouard est un homme doté d’un grand sens de l’écoute et d’un leadership remarquable. « Il possède une sagesse exceptionnelle. Il lui arrive même de réconcilier des familles en conflit. Si le Burundi comptait davantage de personnes comme lui, notre pays serait encore plus développé. Nous devrions tous nous inspirer de son exemple », conclut-elle.

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