Jimbere

Kirundi French
Actualité

Pavage des abords des parcelles au Burundi : entre embellissement urbain et tensions socio-économiques

Alors que les autorités poursuivent les travaux de pavage et d’assainissement le long des routes nationales pour améliorer l’image des villes et communes du Burundi, la mesure suscite des réactions contrastées. Entre impératifs d’hygiène publique, sanctions administratives et difficultés économiques des ménages, de nombreux citoyens disent peiner à suivre le rythme des travaux exigés.

Les travaux de pavage des abords des parcelles situées le long des routes nationales s’inscrivent dans la politique nationale d’embellissement, de propreté et d’assainissement portée par les autorités publiques. L’objectif affiché est de rendre les localités plus attrayantes, d’améliorer l’hygiène urbaine et de renforcer l’image du pays.

Cependant, sur le terrain, plusieurs citoyens affirment éprouver d’importantes difficultés à respecter les délais fixés. Les sanctions infligées à certains propriétaires n’ayant pas encore achevé les travaux ont ravivé le débat sur la capacité réelle des ménages à supporter les coûts liés à cette mesure.

Parmi les personnes sanctionnées figurent des veuves, des fonctionnaires et d’autres ménages à revenus modestes, qui disent ne pas disposer des moyens nécessaires pour exécuter rapidement les travaux exigés.

Une veuve rencontrée à Kirundo explique qu’elle peine déjà à subvenir aux besoins de ses enfants. Selon elle, réunir les ressources nécessaires pour acheter les matériaux de construction constitue un véritable défi. Elle affirme avoir dû vendre une partie de ses biens pour financer certaines dépenses essentielles, estimant que les coûts supplémentaires liés au pavage aggravent davantage sa situation.

D’autres habitants soulignent que la superficie concernée, parfois jusqu’à six mètres devant certaines parcelles, représente un investissement conséquent. Ils estiment que cet aménagement relève en partie de l’espace public et que l’Etat devrait également contribuer à sa prise en charge.

Malgré ces difficultés, certains citoyens reconnaissent la légitimité de la mesure, rappelant qu’elle s’applique à tous sans distinction. Selon eux, nul ne peut se soustraire aux règles communes, même si les conditions économiques rendent leur mise en œuvre particulièrement difficile.

Les autorités défendent l’application de la réglementation

Du côté des autorités locales, les responsables estiment que les progrès déjà observés prouvent que les travaux sont réalisables lorsque les consignes sont respectées.

Le docteur John Rukozangabo, membre de l’équipe communale chargée de l’hygiène et de l’assainissement à Kirundo, indique que les descentes de contrôle montrent que la majorité des habitants ont déjà exécuté les travaux exigés. Toutefois, certaines personnes continueraient à ignorer les directives malgré les campagnes de sensibilisation menées par l’administration locale.

Il précise que les contrevenants ont d’abord été sensibilisés avant l’application de sanctions financières. La réglementation prévoit même une augmentation progressive des amendes pour les récalcitrants, et des mesures administratives plus strictes pourraient être envisagées dans certains cas.

Concernant les arguments liés aux difficultés financières, ce responsable estime que les citoyens ont bénéficié d’un délai suffisant pour s’organiser et réaliser les travaux.

Le PARCEM plaide pour l’accompagnement

« Je considère cette démarche comme une contribution positive à l’amélioration du cadre de vie et de l’image du pays ». Faustin Ndikumana, président de l’OLUCOME

De son côté, le PARCEM, par la voix de son président Faustin Ndikumana, salue les initiatives de pavage en cours le long des routes nationales. Dans une analyse publiée le 4 juin 2026 sur son compte X, il considère cette démarche comme une contribution positive à l’amélioration du cadre de vie et de l’image du pays.

Toutefois, l’organisation relève plusieurs obstacles qui freinent la mise en œuvre harmonieuse des travaux, notamment la pénurie d’eau, le coût élevé des matériaux de construction et les difficultés liées au transport en raison de la rareté du carburant.

Il souligne également une incohérence perçue par certains citoyens, notamment le fait que certaines infrastructures publiques ne soient pas encore pavées dans certaines communes, alors que les habitants sont appelés à accélérer les travaux devant leurs parcelles.

Face à ces constats, le PARCEM recommande aux autorités de privilégier l’accompagnement, la sensibilisation et la recherche de solutions adaptées aux contraintes des ménages. L’organisation estime qu’une approche davantage fondée sur le dialogue et la concertation pourrait favoriser une meilleure adhésion de la population aux objectifs poursuivis.

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top