Grâce à la forte hausse des exportations d’or en 2025, le Burundi améliore sensiblement la couverture de ses importations et réduit partiellement le déséquilibre de sa balance commerciale. Malgré cette progression, les économistes estiment que le pays doit investir davantage dans la transformation locale, la bonne gouvernance et la réduction des importations jugées non essentielles pour espérer un véritable impact sur l’économie nationale.
Le Burundi a enregistré une nette progression de ses exportations en 2025, notamment grâce à l’or. Selon les statistiques publiées sur le site de la Banque de la République du Burundi (BRB), cette évolution contribue à atténuer le poids des importations, même si celles-ci demeurent élevées.
D’une manière générale, les exportations du Burundi ont connu une hausse importante en 2025. Elles ont augmenté d’environ 95 % par rapport à 2024, passant de 506 089,5 millions de BIF à 985 812 millions de BIF. L’or figure parmi les principaux produits ayant soutenu cette croissance. Les exportations d’or ont fortement progressé, passant de 93 208 millions de BIF en 2024 à 408 891 millions de BIF en 2025.
Parallèlement, les importations ont également continué à augmenter. En 2025, elles ont progressé de 14 % par rapport à l’année précédente, passant de 3 099,9 milliards de BIF à 3 538 milliards de BIF, soit une hausse de 438 milliards de BIF. Ces données proviennent toujours des statistiques de la BRB publiées en septembre 2025.
Toutefois, un élément positif ressort de cette évolution : le taux de couverture des importations par les exportations s’est amélioré. En 2025, les importations ont été couvertes à près de 28 %, contre seulement 16 % en 2024.
Réduire les importations jugées non essentielles
Lors d’une émission réunissant la BRB et des professionnels du secteur macroéconomique en août 2025, Denis Nshimirimana, secrétaire général de la CFCIB, a plaidé pour une réduction significative des importations qu’il considère comme non prioritaires.
« C’est anormal qu’encore aujourd’hui, au Burundi, nous nous comportions en bourgeois. On trouve des Leffe dans de petites boutiques de Makamba, des Stella dans les petites boutiques de Ntega-Marangara », s’est-il indigné.
Selon lui, la réduction des importations inutiles permettrait d’économiser davantage de devises. Il appelle également à plus de transparence dans la gestion des devises et à l’éradication du marché noir afin que tous les commerçants bénéficient des mêmes chances lors des opérations d’importation.
D’après lui, une telle réforme améliorerait les recettes en devises de l’Etat et favoriserait une plus grande transparence fiscale.
Miser sur la transformation locale des matières premières
Pour l’économiste Diomède Ninteretse, les performances enregistrées dans les exportations restent insuffisantes si elles ne se traduisent pas concrètement par une amélioration des conditions de vie de la population. « Le Burundi produit des chiffres impressionnants d’exportation, mais il devrait aussi penser à produire le bien-être de la population », insiste-t-il.

Selon lui, le pays devrait investir davantage dans l’énergie, les infrastructures, l’agriculture moderne, la transformation locale des produits exportés ainsi que dans l’amélioration de la gouvernance.
Concernant l’or, il estime qu’il serait plus rentable de le transformer localement. « A première vue, c’est une bonne nouvelle. Mais il faut aller au-delà. Le Burundi ne gagne pas beaucoup, parce que les exportations reposent essentiellement sur deux produits : l’or et le café. Ces deux produits ne peuvent pas, à eux seuls, satisfaire les besoins de l’économie burundaise », explique-t-il.
Il insiste également sur la nécessité de transformer localement les matières premières. « On ne peut pas continuer à vendre du café brut et de l’or brut », souligne-t-il.
Selon lui, cette transformation locale permettrait de créer davantage d’emplois pour les Burundais et d’avoir un impact direct sur les conditions de vie de la population. Elle favoriserait également l’entrée de devises nécessaires au financement des importations.
L’économiste recommande aussi d’élargir les investissements en ciblant stratégiquement les secteurs clés susceptibles de stimuler la croissance économique. « C’est cela qui accroîtrait le pouvoir d’achat et lutterait contre le chômage. Il faudrait également encourager la compétitivité des petites et moyennes entreprises afin d’augmenter la production, tout en garantissant la transparence dans la gestion des revenus issus des exportations », conclut-il.




