Face à la multiplication des catastrophes naturelles, le Burundi s’inquiète d’une vulnérabilité croissante, accentuée par le changement climatique et une urbanisation mal maîtrisée. Réunis le 16 avril 2026 à Bujumbura, experts et décideurs appellent à des mesures urgentes pour limiter les impacts sur les populations et l’économie.
Organisées par l’organisation La Benevolencija, ces préoccupations ont été au cœur d’une conférence organisée le jeudi 16 avril 2026 dans la commune de Mukaza, à Bujumbura, réunissant responsables politiques, chercheurs, leaders religieux et acteurs de la société civile autour des défis environnementaux.
Les données présentées révèlent l’ampleur de la situation. En 2024, plus de 200 000 personnes ont été affectées par des inondations, en grande partie dues à la montée exceptionnelle du lac Tanganyika, dont le niveau a atteint 776,72 mètres, un seuil inédit.
La zone de Gatumba a été particulièrement touchée, avec des milliers de ménages déplacés et près de 40 000 hectares de cultures détruits, soit environ 10 % des terres exploitées pendant la saison sèche.
Entre 2024 et mars 2026, près de 297 000 personnes ont été affectées par diverses catastrophes naturelles. Le phénomène El Niño, à lui seul, a impacté plus de 237 000 personnes, causant des pertes en vies humaines, des blessés et des déplacements massifs.
Bujumbura, un foyer de vulnérabilité croissante
Les experts s’accordent à dire que la ville de Bujumbura et ses environs concentrent aujourd’hui une grande partie des risques. En cinquante ans, plus de 1 300 catastrophes naturelles y ont été recensées.
Pour le Dr Désiré Kubwimana, enseignant-chercheur, ces chiffres traduisent une pression croissante sur l’environnement urbain. Il estime qu’il devient urgent d’évaluer les moyens de réduire ces risques ou, à défaut, de mieux préparer les populations à y faire face. Les quartiers de Gatumba, Kinindo, Musaga et Gihosha figurent parmi les zones les plus exposées.

Selon Athanase Nkuzimana, enseignant à l’université, la situation est déjà alarmante. Il cite notamment le cas de la colline Gabaniro, en commune Muhuta, où 497 maisons ont été détruites, 2 485 personnes déplacées et plus de 700 hectares de cultures ravagés, sans oublier les dégâts enregistrés sur des infrastructures telles que la centrale hydroélectrique de Kirasa.
Pour les spécialistes, cette vulnérabilité est accentuée par le non-respect des règles d’urbanisme. Des constructions continuent d’être érigées dans des zones à risque, notamment à proximité des cours d’eau ou sur des terrains instables.
La réglementation imposant une distance minimale de 150 mètres par rapport au lac Tanganyika est fréquemment ignorée, augmentant ainsi les risques d’inondations et de pertes matérielles.
Entre responsabilité de l’État et engagement citoyen
Face à cette situation, plusieurs intervenants appellent à considérer les catastrophes naturelles comme une question de sécurité nationale.

« La question des catastrophes naturelles doit être traitée comme un enjeu de sécurité nationale », a déclaré Olivier Nkurunziza, président du parti Uprona, plaidant pour une application stricte des lois et une meilleure planification urbaine.
Dans la même logique, Anatole Kanyenkiko, ancien ministre, souligne que si la responsabilité est collective, l’État doit jouer un rôle central dans l’organisation et le respect des règles. Il rappelle que certaines zones aujourd’hui habitées étaient autrefois classées non constructibles.
Au-delà de l’action publique, d’autres voix insistent sur la responsabilité individuelle. Jadot Nkurunziza, engagé dans la protection de l’environnement, appelle à un changement de mentalité.
Selon lui, il est essentiel que chaque citoyen adopte des comportements responsables, notamment en respectant les normes de construction et en contribuant à la préservation de l’environnement.
Il encourage également des actions concrètes comme le reboisement des collines et la lutte contre l’érosion des sols, considérées comme des mesures clés pour réduire les risques.
Face à une intensification annoncée des phénomènes climatiques, les experts mettent en garde: sans actions rapides et coordonnées, les conséquences pourraient s’aggraver davantage, tant pour les populations que pour l’économie nationale. Dans ce contexte, le Burundi se trouve à un tournant décisif, où la prévention s’impose désormais comme une priorité absolue.
écrit Elvis Nshimirimana




