Plus de 80 matchs professionnels qui se sont tenus au Burundi sans un incident majeur, des scénarios de rencontres dignes des grandes compétitions de haut niveau, des larmes de joie, des supporters qui ont toujours répondu présents, mais par-dessus tout, des joueuses qui ont offert un spectacle mémorable en pratiquant du très beau tennis…
Dans quel domaine ou secteur de la vie le Burundi peut-il se targuer d’avoir tenu tête à de grandes nations comme les USA, la France, ou encore les Pays Bas et l’Inde, pour ne citer que celles-là ? Si la réponse ne vient pas instantanément, ou que pour la trouver il faille fouiller dans les archives, c’est peut-être parce que ces occasions sont rares. Pourtant dans le tennis, grâce à la double victoire de Sada Nahimana acquise au Bujumbura 50K Women, le Burundi est en train de se frayer une place de choix sur le classement au niveau du continent dans ce sport de raquette.
Même s’il ne s’agissait pas d’une compétition individuelle, le succès de Sada Nahimana a un peu réveillé un sursaut de patriotisme et placé la Fédération de Tennis du Burundi sur le devant de la scène, notamment dans l’organisation de compétitions internationales. « Nahimana est venue préparée et elle a été à la hauteur de l’événement, pour le plus grand bonheur des Burundais qui d’ailleurs ont apprécié le spectacle », a lancé Gilbert Nibigirwe, le président de la Fédération de Tennis du Burundi, à la fin de cette compétition, avant de renchérir : « Nous venons de vivre 2 semaines de compétitions incroyables, d’un niveau de jeu élevé, et des joueuses d’un très bon niveau. Cela n’aurait pas été possible si l’organisation n’était pas elle-même bonne ! »
La Consécration après un long moment de doute
En effet lors de cette 3ème édition du tournoi des professionnelles de Tennis qui s’est déroulé au Burundi (du 23 mars au 06 Avril 2025), Sada Nahimana a failli ne pas y prendre part. La peur d’échouer à domicile là où tout a commencé (sur les courts de l’entente sportive) et une forte pression de jouer près de sa famille ont beaucoup fait douté cette tennis Woman de 23 ans : « Au départ, j’ai longtemps hésité à disputer de nouveau ce tournoi à la maison. Dans les deux premières éditions, je jouais sous pression et ça me perturbait beaucoup. C’était tellement éprouvant pour moi, qu’une fois arrivée sur les courts de tennis, je ne retrouvais pas les sensations que je ressens d’habitude lorsque je joue au tennis ».
Pour surmonter ces défis, cette native de Buyenzi s’est vite remise au travail pour élever son niveau et regagner sa confiance. Bien aidé par Fred Caselles, son entraineur depuis 5 mois, Sada Nahimana a vite reconsidéré ses plans concernant sa participation à la 3ème édition de Bujumbura. « Même après avoir accepté de revenir au Burundi, je sentais qu’elle avait encore quelques doutes », a confessé Coach Fred. Ses amis de longue date, Coach Karim et Coach Salum se sont occupé du reste : « Ces deux amis ont organisé une sortie à quatre, dont le duo Sada et moi-même histoire d’essayer de se détendre, de se vider de toute pression. »
Au sortir de cette rencontre, quelques mots sortaient de ce groupe qui voulait voir le meilleur de Sada Nahimana : jouer, se libérer et prendre beaucoup de plaisir sur le court. Et pour ce qui est du plaisir, Sada en a beaucoup pris. Chaque point gagné était acclamé par les fans, chaque set remporté était célébré et après chaque victoire, Sada Nahimana était ovationnée. « Ce qui m’a le plus plu chez elle ce qu’elle laissait éclater sa joie et parfois célébré avec le public. Il y a même des matchs où elle a laissé couler quelques larmes. Bien sûr des larmes de joie », a confié un des membres du Club de Tennis De Bujumbura. Cette confiance s’est fait ressentir sur le terrain dès la 1ère semaine. Aucune adversaire n’a réussi à rivaliser avec elle dans la catégorie simple: Alyssa Reguer (France), Job Karine Marion (France), Julia Adams (USA), Ekaterina Kazionova (Russe) n’ont pas inquiété la star burundaise

Nombreux sont ceux qui pensaient que la finale allait être plus compliqué pour elle, surtout qu’à quelques heures du coup d’envoi, Sada est allée prier le jour de l’Eid El Fitr le matin, laissant son entraineur un peu dans l’inquiétude. Celui-ci faisait les cent pas à l’Entente sportive et se demander si réellement Sada allait avoir la concentration nécessaire pour faire face à Emeline Dartron en finale de la 1ère semaine. Résultats: Sada a remporté ce match sans trembler en deux sets à zéro (6˗1,6˗1). 2ème semaine, mêmes résultats. Mdlulwa Wazuka de l’Afrique du sud au 1er tour, Monika Stankiwecz de la pologne au 2nd, les 2 Hollandaises Merel Hoedt (en quart de finale) et Jasmijn Gimbrere en demi-finale, pour enfin jouer la finale face à la française Sarah Ratokomanga.
Ce qu’elle considérait comme son point faible auparavant -à savoir la pression et les louanges du public- est devenu son essence. Elle s’en est servie pour dominer ses adversaires même quand les scénarios des matchs ne tournaient pas en sa faveur ; dans les débuts des matchs comme les rencontres du quart de finale (face à Merel Hoedt) et demi-finale (Jasmijn Gimbrere) quand elle était menée trois jeux à un durant le 1er set (lors de la deuxième semaine). « Les encouragements du public m’ont aidé à revenir dans les matchs, ça a été d’une grande importance pour moi. »
L’enthousiasme du public était une des satisfactions de ce tournoi, même certaines adversaires de Sada Nahimana étaient sous le charme du public. « C’est incroyable d’avoir autant de soutien dans ce genre de tournoi. Dans d’autres tournois, on ne voit pas souvent un public qui répond présent et qui soutient les joueuses », a commenté Julia Adams, l’Américaine qui avait été éliminé par Sada Nahimana en quart de finale lors de la 1ère semaine.
Son jeu a aussi évolué depuis le début de cette année : « Je suis plus agressive, je ne me contente pas à défendre seulement. Parfois, j’attaque parfois je défends mon jeu est un peu beaucoup varié. Des fois j’utilise mes services comme option offensive », a tenté d’expliquer cette double championne de World Tour Tennis de Bujumbura.
Les qualifications dans un grand chelem en ligne de mire
Consécutivement à cette victoire, Sada Nahimana a grimpé 91 places sur le classement Women Tennis Association « WTA », passant de la 336ème à la 245ème place soit une place de plus que son meilleur classement depuis qu’elle a intégré le circuit professionnel.
Avec ce nouveau classement, cette perle rare du tennis Burundais peut se permettre de rêver encore plus: « Bien sûr que je veux intégrer le Top 100 au monde mais avant tout je rêve de disputer les qualifications dans une des compétitions du circuit du grand chelem d’ici la fin de l’année », a fait savoir Sada Nahimana. Si elle continue sur cette lancée, nul doute que son rêve de disputer les qualifications du Roland Garros (le très prestigieux tournoi sur terre battue) se concrétisera rapidement puisqu’il faut figurer dans le top 230 pour prendre part aux qualifications.
Dans la catégorie double, Sada Nahimana n’a pas beaucoup brillé : avec sa coéquipière Riya Bathia (Inde), elles ont été éliminées en demi-finale lors de la 1ère semaine et quart˗de˗finaliste. Chelsea Fontenel (Suisse) et Ksenia Zaytseva (Russe) sont ressorties gagnantes en double de la 1ere semaine, elles ont battues les sœurs Tran (Lian Tran et Demi Tran) de la Hollande. Dans la deuxième semaine, Julia Adams (USA) et Anna Ureke (Russia) ont remporté la coupe après avoir dominé le duo français composé par Sarah Rakatomanga et Emeline Dartron.
Sada Nahimana n’était pas la seule Burundaise à participer à cette compétition, des joueuses prometteuses comme Kendra Ingabire (16 ans), Meira Ndayizeye (15 ans), Safi Hategekimana (15 ans), Bebita Ishimwe (14 ans) et Chiara Ndikumasabo ont aussi goûté aux plaisirs d’une compétition internationale en jouant -sans toutefois remporter de victoire- les qualifications.




