Essentiel au fonctionnement des écosystèmes, le ver de terre participe à la décomposition de la matière organique, à l’aération des sols et à leur fertilité. Au Burundi, sa présence varie selon les conditions écologiques. Son activité peut également être valorisée dans la production de lombricompost, un fertilisant organique riche en éléments nutritifs.
Dans les sols burundais, tous les vers de terre ne se rencontrent pas avec la même fréquence. Certaines régions, notamment dans le centre du pays, en abritent très peu, alors qu’ils sont plus faciles à trouver dans des zones où les conditions de fertilité et d’humidité du sol leur sont favorables.
Pour Eric Gilbert Kazitsa, enseignant-chercheur au département des sciences de la nature de l’Ecole normale supérieure du Burundi, cet organisme constitue une richesse naturelle encore insuffisamment connue. Il estime qu’il est nécessaire de mieux comprendre son mode de vie afin de préserver son habitat et de tirer davantage profit de son activité.
Trois catégories aux rôles différents

Sur le plan écologique, explique Eric Gilbert Kazitsa, les vers de terre sont principalement répartis en trois catégories : les anéciques, les endogés et les épigés.
Les vers anéciques creusent des galeries qui peuvent atteindre plusieurs mètres de profondeur. Ils y entraînent de la matière organique provenant de la surface, favorisant ainsi son enfouissement et sa décomposition.
Les vers endogés, eux, vivent essentiellement à l’intérieur du sol. Ils se nourrissent principalement de matière organique déjà décomposée et participent à la transformation de la matière présente dans les différentes couches du sol.
Les épigés évoluent davantage dans les horizons superficiels, notamment dans la litière. Contrairement aux deux autres catégories, ils sont particulièrement adaptés à la consommation de matière organique fraîche. Ce sont ces vers qui sont principalement utilisés pour le lombricompostage.
Des conditions écologiques qui déterminent leur présence
La répartition des vers de terre au Burundi n’est pas uniforme. Ils peuvent être rares dans certaines localités du centre du pays, notamment à Gitega, Karuzi, Muramvya ou Mwaro, tandis qu’ils sont plus facilement observables dans certaines zones de la plaine de l’Imbo, du sud et du nord-est.
Selon Eric Gilbert, cette différence s’explique notamment par les conditions écologiques propres à chaque milieu. La température, l’humidité, les précipitations, l’ensoleillement, mais aussi les caractéristiques du sol, influencent directement leur présence.
Le pH constitue notamment un facteur déterminant. « Les vers de terre sont très rares là où le pH est en dessous de 6. Ils aiment un pH entre 6 et 8 », explique Eric Gilbert. Lorsque le pH descend en dessous de 5, leur présence devient particulièrement difficile, tandis qu’ils tendent également à se raréfier dans les sols très alcalins.
Le lombricompostage, une autre vie pour les déchets organiques
Selon Eric Gilbert, les vers épigés peuvent être utilisés pour transformer différentes matières organiques en lombricompost. Ce procédé repose sur l’action combinée des vers de terre et des micro-organismes qui décomposent la matière organique.
Pour obtenir un lombricompost de qualité, explique Kazitsa, certaines conditions doivent toutefois être réunies. Le rapport entre le carbone et l’azote doit être équilibré, autour de 25 à 30 parts de carbone pour une part d’azote. L’humidité doit être maintenue entre 60 et 70 %, tandis que la température doit rester dans une fourchette favorable, autour de 20 à 32 °C.
« Le vermicompostage, c’est un procédé essentiellement aérobique. C’est une décomposition qui se fait en présence de l’oxygène », précise le chercheur.
Lorsque ces conditions sont réunies et que la quantité de vers est suffisante, le lombricompost peut parvenir à maturité en environ trois mois. Pour les vers de terre locaux, Eric Gilbert recommande une densité comprise entre 500 grammes et 2 kilogrammes par mètre carré, avec la possibilité d’augmenter cette quantité jusqu’à 4 ou 5 kilogrammes selon les conditions.
Des résidus agricoles transformés en fertilisant
Au Burundi, les matières premières nécessaires au lombricompostage sont nombreuses. Une grande partie des déchets agricoles et d’élevage peut être valorisée.
Il s’agit notamment, selon Eric Gilbert, de la vieille litière des étables, des pailles de riz et de maïs, des rafles de haricots ainsi que des résidus de bananier, notamment les feuilles sèches, les pédoncules et les pelures. Les résidus issus de la fabrication de la bière de banane peuvent également être utilisés.
D’autres sous-produits agricoles et agro-industriels, continue Kazitsa, comme la bagasse et l’écume provenant de la transformation de la canne à sucre, peuvent eux aussi servir de substrats. Il en va de même pour certains résidus de la production d’huile de palme, notamment les fibres et les grappes vides.

Pour Eric Gilbert, le pays dispose ainsi d’une importante diversité de matières susceptibles d’être valorisées par le lombricompostage. « Il existe une variété de substrats potentiels pour le vermicompostage au Burundi », souligne-t-il.
Un fertilisant aux multiples atouts
Par rapport au compostage traditionnel, indique le chercheur, le lombricompostage présente plusieurs avantages. Le processus peut être relativement rapide et aboutir à un produit mature en quelques mois. Il nécessite également moins de manipulations, puisque l’activité des vers contribue à l’aération et au brassage de la matière en décomposition.
Kazitsa explique que le lombricompost contient notamment des éléments nutritifs comme l’azote, le phosphore et le potassium sous des formes assimilables par les plantes. Il renferme également différentes substances bioactives susceptibles de favoriser le développement végétal.
Selon le chercheur, certains composés présents dans le lombricompost peuvent aussi contribuer à limiter certains organismes nuisibles du sol, notamment des nématodes, tandis que des substances assimilables à des hormones de croissance peuvent stimuler le développement des plantes.
Ce fertilisant peut, selon Eric Gilbert, être utilisé sur plusieurs cultures, notamment le riz, le tournesol, le haricot, la tomate et l’aubergine. Il trouve ainsi sa place aussi bien dans différents systèmes de production agricole que dans l’agriculture biologique.
Protéger le ver de terre pour préserver le sol
Au-delà de la production de fertilisant, le ver de terre joue un rôle écologique qui dépasse largement sa petite taille. En creusant des galeries et en transformant la matière organique, il contribue à modifier les caractéristiques du sol et les conditions de vie d’autres organismes. C’est cette capacité qui lui vaut le qualificatif d’« ingénieur de l’écosystème ». « On le qualifie d’ingénieur d’écosystème », explique Eric Gilbert.
Pour Kazitsa, préserver cet organisme passe donc avant tout par la protection de son habitat. Cela implique notamment de maintenir la matière organique à la surface et dans le sol, de limiter les perturbations excessives liées au labour et de réduire les facteurs susceptibles de provoquer un stress pour les vers de terre. La correction de l’acidité excessive des sols peut également favoriser leur présence.
« C’est un animal qu’il faut découvrir davantage, comprendre comment il vit et, par-là, commencer à penser à protéger son habitat », insiste le chercheur.
Au Burundi, mieux connaître les vers de terre pourrait ainsi contribuer à une meilleure gestion des sols et à une valorisation accrue des déchets organiques. Pour Eric Gilbert, recréer des conditions favorables à leur développement dans les zones où ils sont devenus rares permettrait de renforcer leur présence. « L’agriculture et même l’environnement en profiteraient », conclut-il.




