Face aux nombreuses insuffisances qui minent le système de santé burundais, les députés ont soumis le ministre de la Santé publique à un feu nourri de questions. Pénurie de médecins, manque de médicaments, retards de salaires, difficultés liées à la Carte d’assistance médicale (CAM) et faible mise en œuvre des recommandations de la Cour des comptes ont dominé les échanges à l’Assemblée nationale.
Bujumbura, le 29 juin 2026, reçu à l’Assemblée nationale, le ministre de la Santé publique, Dr Fidèle Nkezabahizi, a été longuement interpellé par les députés sur les nombreux défis auxquels est confronté le système de santé burundais.
Les échanges se sont appuyés sur les rapports de deux commissions permanentes de l’Assemblée nationale. La commission chargée de la bonne gouvernance a examiné les observations de la Cour des comptes concernant les hôpitaux de Cibitoke, Gitega, Muramvya, Muyinga et Rumonge. De son côté, la commission chargée de l’agriculture, de l’élevage, de l’environnement, du développement communal et des travaux publics s’est penchée sur les hôpitaux de Kayanza ainsi que sur les hôpitaux de district de Musema et de Ruyigi.
Selon ces rapports, seuls les hôpitaux de Gitega et de Rumonge ont exécuté 50 % des recommandations formulées par la Cour des comptes, tandis que l’hôpital de Muramvya affiche un taux d’exécution de 33,3 %. Les responsables des établissements concernés attribuent ces faibles performances à l’insuffisance des ressources financières, au manque de médecins spécialistes et au départ de nombreux professionnels de santé.
Face à ce constat, les commissions parlementaires ont recommandé un suivi rigoureux de la mise en œuvre des recommandations afin d’améliorer la gouvernance et les performances des établissements hospitaliers.
Le Gouvernement promet des mesures pour retenir les médecins
Interrogé sur le départ des médecins, le ministre de la Santé a indiqué que le Gouvernement a déjà engagé plusieurs mesures qui ont permis de retenir une partie importante du personnel médical, tout en reconnaissant que certains professionnels continuent de quitter le secteur.

Il a également annoncé qu’un programme de spécialisation bénéficie actuellement à plus de cinquante médecins. En contrepartie, ces derniers devront servir dans le pays pendant au moins cinq ans avant l’obtention définitive de leur diplôme.
Plusieurs députés ont toutefois estimé que ces mesures demeurent insuffisantes. Ils ont plaidé pour une amélioration des conditions de travail des médecins, notamment par la construction de logements de service et la mise à leur disposition de moyens de transport afin de favoriser leur maintien dans les structures de santé.
Les parlementaires ont également évoqué la situation des agents de santé recrutés en 2024 et en 2025 qui attendent toujours le paiement de leurs salaires.
En réponse, le ministre a assuré que son ministère suit ce dossier de près. Selon lui, plusieurs dossiers ont déjà été transmis au ministère en charge de la Fonction publique, tandis que d’autres restent incomplets, retardant ainsi le processus de paiement. Il a néanmoins promis que cette situation sera régularisée prochainement.
Ruptures de médicaments et difficultés liées à la CAM
Les députés ont également exprimé leurs inquiétudes face aux fréquentes ruptures de stocks de médicaments, qui contraignent les patients à se tourner vers les pharmacies privées.
Reconnaissant cette difficulté, Dr Fidèle Nkezabahizi a indiqué qu’au début de l’année, seulement 60 % des médicaments nécessaires étaient disponibles. Il a toutefois précisé que les stocks se sont progressivement améliorés.
Selon lui, le principal défi réside moins dans le manque de ressources en monnaie nationale que dans l’insuffisance de devises nécessaires à l’importation des médicaments. Le ministre a annoncé que le Gouvernement réfléchit à des solutions durables, notamment à travers la création d’une industrie pharmaceutique nationale, un projet inscrit dans la Vision Burundi 2040-2060.
« Jusqu’à présent, je n’ai pas d’informations faisant état d’une pénurie généralisée de médicaments. Toutefois, nous devons poursuivre les efforts afin de garantir durablement leur disponibilité », a-t-il déclaré.
La question de la Carte d’assistance médicale (CAM) a également suscité de vifs échanges. Plusieurs députés ont rapporté des plaintes de citoyens affirmant que certains établissements de santé refusent cette carte. Le ministre a rejeté ces accusations, affirmant plutôt que la CAM est acceptée dans toutes les structures publiques de santé.
Selon lui, les difficultés proviennent essentiellement du non-respect du système de référence, certains patients se rendant directement dans les hôpitaux de niveau supérieur sans avoir été orientés par les centres de santé habilités. « La CAM est acceptée dans tous les établissements publics de santé. Les difficultés surviennent lorsque les patients ne respectent pas le circuit normal de référence », a-t-il expliqué.
Il a toutefois précisé que tout établissement public qui refuserait systématiquement la CAM s’exposerait à des mesures disciplinaires.
Le Parlement exige des résultats

En clôturant les échanges, le président de l’Assemblée nationale, Daniel Gélase Ndabirabe, a rappelé que les recommandations formulées par le Parlement doivent être suivies d’effets.
Il a regretté que plusieurs problèmes récurrents, notamment les ruptures de médicaments, les difficultés liées à la CAM, les infrastructures inachevées et les insuffisances administratives, persistent malgré les recommandations déjà formulées.
« Le Parlement attend désormais des réalisations concrètes et non des dossiers toujours en cours », a-t-il insisté.
Le président de l’Assemblée nationale a invité les membres du Gouvernement à prévoir les ressources nécessaires dans leurs budgets afin d’assurer l’exécution effective des recommandations parlementaires. Il a également averti que les ministres seront prochainement rappelés devant les députés pour présenter les résultats obtenus.




