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Rwintare : quand des décisions controversées nourrissent les tensions…

A Rwintare, sur la colline de la zone Makamba, commune de Mwaro, dans la province de Gitega, des habitants dénoncent des décisions qu’ils jugent arbitraires. Pour eux, lorsqu’une décision est prise sans respecter la loi, sans consultation ou dans un esprit de favoritisme, elle peut alimenter frustration, rancœur et méfiance. Dans les cas les plus graves, ces tensions peuvent contribuer à des violences collectives.

Pour D. T., habitant de Rwintare, une décision arbitraire est avant tout « une décision qui ne se conforme pas à la loi ». Mais ses conséquences peuvent aller bien au-delà. « Une décision arbitraire peut provoquer la colère d’une personne, qui peut ensuite chercher à se venger. Elle peut même chercher à tuer ceux qui ne sont pas d’accord avec elle. La cohésion sociale se détériore et le désordre s’installe », explique-t-il.

C. H., un autre habitant, estime que l’arbitraire apparaît notamment lorsqu’une autorité impose une décision jugée injuste sans consulter les personnes concernées. Il évoque le cas d’une personne incapable de réunir une somme d’argent qui lui aurait été demandée et à qui une amende plus lourde serait ensuite imposée.

« Souvent, on constate que la personne n’a pas pris une bonne décision ou n’a pas consulté les autres avant de la prendre », affirme-t-il.

Derrière certaines décisions, les habitants disent également percevoir de la rancune, un manque de dialogue ou encore la recherche d’intérêts personnels.

Quand la frustration peut déboucher sur des violences

P. B., habitant de Rwintare: « Au lieu de favoriser le bien ou le développement, la décision arbitraire finit par causer des dommages. »

Pour P. B., habitant de Rwintare, les tensions peuvent également naître de décisions annoncées sans laisser aux citoyens suffisamment de temps pour s’y préparer. « Au lieu de favoriser le bien ou le développement, la décision finit par causer des dommages », explique-t-il.

Il évoque notamment les opérations de lutte contre les boissons interdites par la loi. Selon lui, certains agents pourraient être tentés de recourir à la violence plutôt que d’appliquer les procédures prévues.

De telles pratiques peuvent alimenter les accusations de corruption et de favoritisme. « Les gens commencent à dire : “Cette personne mange les pots-de-vin, elle favorise son proche.” Cela crée un mauvais climat social », témoigne-t-il.

Lorsque la confiance disparaît, les relations se détériorent. Des insultes peuvent apparaître, parfois suivies d’affrontements physiques.

S. G. un autre habitant de la colline Rwintare insiste sur ce risque d’escalade. Pour lui, une décision arbitraire est une décision prise contre une personne ou un groupe sans respecter la loi. Il cite l’exemple d’un responsable qui imposerait un délai pour le pavage des abords des maisons qui est différent de celui fixé par l’autorité compétente et menacerait immédiatement les habitants de sanctions. « La personne qui fait l’objet d’une telle décision se met en colère, commence à insulter et cherche à se venger », affirme-t-il.

Lorsque plusieurs personnes sont concernées, le risque peut devenir plus important. « Elles peuvent chercher collectivement à se venger de ceux qui ont pris les décisions, voire s’en prendre à leurs proches. Cela peut même déboucher sur des violences collectives », avertit-il.

« Tous les citoyens sont égaux … »

Pour Salvator Harimenshi, chef de la colline Rwintare, l’autorité doit avant tout garantir l’égalité de traitement. « Tous les citoyens sont égaux. Je ne fais pas de discrimination envers personne », affirme-t-il.

Il estime qu’une décision arbitraire peut diviser une communauté et détériorer les relations entre ses membres. Lorsqu’il constate qu’un responsable prend une décision qu’il juge arbitraire, il privilégie d’abord le dialogue. « Je convoque une réunion, nous en discutons et je les conseille. Ceux qui refusent ces conseils, je les transmets aux autorités compétentes pour qu’ils soient sanctionnés », indique-t-il.

Pour lui, les responsables doivent comprendre que le respect de la population est essentiel au maintien de leur autorité. « Là où de telles décisions sont prises, il n’y a pas de développement, mais plutôt du désordre », souligne-t-il.

Les tensions peuvent également toucher les ménages. Salvator Harimenshi cite notamment des conflits conjugaux liés à la gestion de l’argent familial et estime que les responsables chargés de les régler doivent agir sans discrimination fondée sur l’origine, la religion ou le sexe.

Le respect de la loi, un rempart contre les messages de haine

Le lien entre décisions arbitraires et messages de haine apparaît, selon les participants, lorsque l’injustice alimente frustration, stigmatisation et accusations.

Une personne qui estime avoir été victime de favoritisme peut accuser un responsable de corruption. Une autre peut dénoncer le fait qu’un proche ait été privilégié. Lorsque ces accusations se multiplient et ciblent des individus ou des groupes, elles peuvent alimenter la méfiance et la division au sein de la communauté.

Alain Désiré Bukeyeneza, journaliste et spécialiste du droit, des droits humains et de la prévention des conflits par des moyens pacifiques

Pour Alain Désiré Bukeyeneza, journaliste et spécialiste du droit, des droits humains et de la prévention des conflits par des moyens pacifiques, l’arbitraire se définit d’abord par l’absence de fondement légal. « Les décisions arbitraires sont des décisions qui ne respectent pas les droits de l’homme, qui ne sont pas conformes à la loi et qui ne respectent pas les principes de justice », explique-t-il.

Selon lui, plusieurs facteurs peuvent pousser un responsable à prendre une telle décision : la recherche d’intérêts personnels, la méconnaissance des textes, la négligence ou encore une mauvaise compréhension des pouvoirs liés à sa fonction.

« Certains pensent que le fait d’occuper une fonction leur donne le pouvoir d’ordonner que les choses soient faites comme ils le souhaitent », observe-t-il.

Or, rappelle-t-il, l’exercice de l’autorité est encadré par la loi, notamment en matière de sanctions et d’amendes. Dépasser les limites prévues peut provoquer un effet domino : une personne injustement sanctionnée peut chercher à récupérer ce qu’elle estime avoir perdu, parfois en commettant à son tour des injustices.

Selon M. Bukeyeneza, la lutte contre les messages de haine ne passe pas uniquement par la condamnation des propos ouvertement haineux. Elle passe aussi par la prévention des situations susceptibles de nourrir colère, méfiance et division.

Lorsqu’une décision est perçue comme injuste, confie M. Bukeyeneza, ses conséquences peuvent dépasser largement celui ou celle qui la subit. Lorsqu’elle alimente la frustration et la méfiance, c’est toute la cohésion de la communauté qui peut en payer le prix.

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