Le rétablissement de la 10ᵉ année est globalement accueilli favorablement par les acteurs du secteur de l’éducation. Toutefois, enseignants, parents, syndicats et spécialistes estiment que cette réforme ne produira les résultats escomptés que si elle s’accompagne d’investissements, d’un meilleur encadrement pédagogique et d’une réforme plus globale du système éducatif.
Lors de l’émission publique des membres du Gouvernement tenue le 11 juin 2026 à Gitega, le Premier ministre, Nestor Ntahontuye, a annoncé d’importantes réformes destinées à améliorer la qualité de l’enseignement et à renforcer l’encadrement éducatif au Burundi dès l’année scolaire 2026-2027.
Parmi les principales mesures figurent le rétablissement de la 10ᵉ année, l’introduction de nouveaux programmes à partir de la 7ᵉ année ainsi que d’autres changements dans le système éducatif.
Si cette annonce a été largement saluée, plusieurs observateurs estiment que ces réformes devront être accompagnées de mesures concrètes afin de corriger les insuffisances héritées de l’école fondamentale.
« Rétablir tout l’ancien système »
G.K., enseignant en mairie de Bujumbura et ancien élève de l’ancien système éducatif, se réjouit du retour de la 10ᵉ année.
« Nous avons eu la chance de suivre l’ancien système et nous constatons une réelle différence. Aujourd’hui, les élèves commencent à apprendre, dès la 7ᵉ année, des notions que nous abordions en 10ᵉ. Cela les empêche souvent de bien comprendre, car leur niveau de maturité ne leur permet pas encore d’assimiler ces contenus », explique-t-il.
Selon lui, la réforme devrait aller plus loin en rétablissant progressivement l’ancien système éducatif, dès la première année du primaire.
J.M., parent d’élève à Bujumbura, accueille également favorablement cette réforme. « Je me réjouis du rétablissement de la 10ᵉ année, car cela permettra aux élèves d’achever leur parcours scolaire avec un niveau de connaissances supérieur à celui des élèves qui avaient été privés de cette classe. »
Il plaide également pour le rétablissement du concours national de 6ᵉ année afin que l’accès à la 7ᵉ année repose sur les performances scolaires.
Tout en saluant les réformes annoncées, il insiste sur la nécessité de renforcer les conditions d’apprentissage. Il cite notamment la disponibilité de manuels scolaires, de bibliothèques, de laboratoires et d’autres équipements pédagogiques.
« Ces mesures sont positives, mais le ministère de l’éducation doit créer les conditions nécessaires pour permettre aux élèves d’apprendre dans de bonnes conditions, comme c’était le cas dans l’ancien système », insiste-t-il.
Une réforme jugée insuffisante

Dans une interview accordée au journal Iwacu, le professeur Libérat Ntibashirakandi estime que le rétablissement de la 10ᵉ année, à lui seul, ne constitue pas une réponse adaptée aux difficultés actuelles du système éducatif burundais.
Selon lui, celui-ci souffre des conséquences de réformes mises en œuvre sans études préalables suffisantes ni ressources adéquates pour assurer leur réussite.
Le professeur rappelle également qu’en décembre 2020, le Premier ministre avait annoncé devant le Parlement la résolution prochaine du manque de bancs-pupitres dans les écoles. Six ans plus tard, observe-t-il, cette difficulté persiste dans de nombreux établissements.
« L’annonce du Premier ministre redonne certes de l’espoir aux jeunes, mais une question demeure : le Burundi dispose-t-il réellement des moyens nécessaires pour concrétiser ces promesses ? », s’interroge-t-il.
Il souligne par ailleurs que le départ de nombreux enseignants vers l’étranger aggrave le déficit en personnel qualifié, ce qui affecte directement la qualité de l’enseignement.
A ses yeux, l’amélioration du système éducatif passe avant tout par une réforme progressive et bien préparée, des enseignants qualifiés et motivés, des infrastructures adaptées, une gouvernance efficace ainsi qu’une vision nationale claire privilégiant la qualité plutôt que des décisions prises dans l’urgence.
Des associations plaident pour un comité de suivi et réclament d’autres réformes
L’association SOJEPAE, engagée dans la promotion du bien-être des enfants, salue également le rétablissement de la 10ᵉ année.
Son vice-président, David Ninganza, regrette toutefois que la mise en place de l’école fondamentale n’ait pas été précédée d’études approfondies ni accompagnée de mesures de soutien suffisantes.
Il appelle les autorités à investir davantage dans l’éducation en recrutant des enseignants qualifiés, en mettant à disposition des supports pédagogiques adaptés et en développant des infrastructures destinées à la recherche.
David Ninganza recommande en outre la création d’un comité de suivi chargé d’évaluer la mise en œuvre de cette réforme et de s’assurer qu’elle contribue effectivement à améliorer la qualité de l’enseignement et à redonner aux élèves le goût de l’école.

Pour Antoine Manuma, président de la Fédération nationale des syndicats du secteur de l’enseignement et de l’éducation au Burundi (FNASEEB), le retour de la 10ᵉ année constitue une avancée importante, mais demeure insuffisant.
« Le rétablissement de la 10ᵉ année est une bonne chose. Toutefois, l’Université devrait également réintroduire la quatrième année du cycle universitaire, sanctionnée par une licence, ainsi que l’obligation de rédiger un mémoire », affirme-t-il.
Il estime également nécessaire de revoir les programmes scolaires depuis la première année de l’école fondamentale jusqu’au post-fondamental afin de corriger les lacunes identifiées.
La FNASEEB recommande aussi de dissocier le cours de sciences et technologies à l’école fondamentale afin que chaque discipline soit enseignée par un spécialiste. Elle préconise également de renforcer l’enseignement des mathématiques, des sciences et du français, tout en développant l’apprentissage des autres langues afin d’élargir les perspectives des élèves dans l’enseignement supérieur.
Enfin, la fédération demande au Premier ministre, en sa qualité de supérieur hiérarchique des membres du Gouvernement, de préparer un projet visant à revaloriser les salaires des enseignants ainsi que ceux des autres personnels du secteur de l’éducation.




