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Enfance

Propagande politique : l’imparable prolifération des messages de haine chez les enfants

"L'implication des enfants dans des activités politiques est un choix dangereux"

Etrange ! Certains gamins entonnent des slogans hostiles chantés à longueur des journées par des militants des partis politiques, parfois sous l’œil impassible des aînés. De quoi s’inquiéter sur l’effet sur l’enfance et l’avenir de notre société !

Ils ne sont pas tendres les punchlines que se lancent les adversaires politiques. Ces propos souvent virulents n’échappent pas à l’oreille des jeunes enfants qui ne sont pas politiquement engagés. Et comme amplificateurs, ces derniers ne se gênent pas à les ressasser parfois inconsciemment.

Pire, regrettent certains habitants  de la colline Butare, commune Bukemba en province Rutana, ces enfants après avoir interpréter ces chants, reprennent les messages qu’ils véhiculent au premier degré : « Ils se laissent emportés par cette effervescence qui anime les politiciens, cherchant à les imiter au point de concrétiser les paroles en actes», confie, indignée Marguerite* (44 ans).

Bien plus, révèle Egide* (37 ans), ces enfants développent une sorte de militantisme aveugle qui fait naître dans leur conscience une vision souvent tronquée de la vie sociale : « Pour eux, le parti devient le symbole du salut pour lequel il faut vouer le summum du fanatisme. »

Un avenir hypothéqué

Du coup, poursuit Egide*, cette tendance alimente un esprit d’antagonisme identitaire qui s’ancre chez les enfants dès le jeune âge avec le risque de diviser la communauté : « Quand les enfants vivent avec des idéologies politiques qui glorifient les uns et discriminent les autres, il devient difficile pour eux de préserver la cohésion sociale car ils n’ont pas été plutôt préparés pour ça. »

David Ninganza, vice-président de la Sojpae

Pour David Ninganza, un des responsables de la Sojpae, quand les enfants usent des préjugés et stéréotypes, comme on l’entend souvent chez les militants des partis politiques, cela n’augure rien de bon : « Nous avons observé dans le passé des campagnes où les partis politiques utilisaient des mots blessants, qui se sont soldées par des déchirures du tissu social société juste après les élections, de la virulence de la jeunesse et des enfants parce qu’ils étaient manipulés politiquement par des responsables, des éducateurs voire par leurs propres parents…»

Epargner les enfants à tout prix

Pour Mr Ninganza, un parent qui s’arroge le droit d’inculquer son idéologie politique à son enfant, agit en dehors de la morale : « C’est une façon de démissionner de son rôle parce qu’orienter, encadrer l’enfant négativement, mettre l’enfant dans une situation de haine, c’est exposer son enfant, c’est exposer la famille, c’est exposer la communauté. »

Et de rappeler que le pays a  besoin des enfants pour construire une nation et une société juste : « Nous devons garder la neutralité, donner des messages de pacification, des messages de sagesse à nos enfants. Sinon, donner des messages de haine aux enfants, c’est se tromper, c’est faire du mal aux enfants, c’est faire du mal à la famille. C’est aussi la destruction méchante de notre société parce que le pays attend énormément de ses enfants et qui vont perpétuer son existence. »

Jean Marie Butoyi, secrétaire exécutif permanent de la commune Bukemba, informe que l’administration compte maximiser des sensibilisations, en cette période préélectorale, pour conscientiser les leaders politiques et les parents, sur le danger d’impliquer les enfants dans des activités politiques.

*nom d’emprunt

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