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Société

Pointer du doigt l’autre, une attitude à haut risque

Les messages pointant du doigt l’autre groupe comme responsable de tous les maux de la société, sont une réalité en province Cibitoke. L’administrateur communal de Buganda appelle à ne pas globaliser pour éviter le pire.

G.D, un sexagénaire rencontré au chef-lieu de la commune Buganda n’y va par quatre chemins. Les discours ou messages pointant le doigt les autres ou un groupe différent du sien ont toujours existé et existent encore : « Certains proviennent des conflits fonciers, d’autres de l’appartenance aux partis politiques etc. »

Dans sa localité, précise-t-il, la plupart des messages stigmatisant entre membres de différents groupes commencent par les accusations de sorcellerie ou des gens qui s’accusent mutuellement de coucher avec les femmes d’autrui. »

Même son de cloche chez N.M, une vendeuse au marché de Buganda. D’après elle, ces messages ont tous comme caractéristique commune de s’en prendre à ce qu’il y a de plus « autre ». Et les accusations sont lancées généralement contre les gens dont on ne partage pas soit l’ethnie, soit la religion, etc et  l’objectif est de discréditer cet autre groupe aux yeux du reste de la communauté. 

Au-delà de l’opprobre et du discrédit, il y a une visée de l’exclusion totale de la société de cette personne ou de ce groupe : « Si tu es traité par exemple de sorcier ou de coureur de jupons publiquement, il est difficile de rester et de continuer à vivre dans cette communauté. »

Danger et déconstruction

Pour mettre fin à cette pratique, suggèrent nos sources, la question de la déconstruction des discours qui pointent les autres du doigt, qui les accusent de tous les maux s’avère nécessaire.

Primo soutiennent-elles, il faut en comprendre le processus qui comprend le schéma stigmatisation-isolation-passage à l’acte violent « Quand tu es traité ou ton groupe d’appartenance est traité de sorciers, l’étape qui suit est de vous isoler de la communauté afin de vous faire du mal. »  

Deuxio,  nos sources proposent de sévir contre ceux qui propagent de tels propos. « Il est facile de vérifier si tel ou tel autre a couché avec la femme d’autrui. C’est souvent le rôle de l’administration locale ou de la justice si la situation dépasse les bornes. »

Pamphile Hakizimana, administrateur de la commune Buganda

Concernant la sorcellerie, même s’il est difficile de vérifier des phénomènes métaphysiques, il a été constaté par le passé, que cette accusation était utilisée pour commettre des crimes contre les gens avec lesquels on ne partage pas le groupe d’appartenance : « Il est primordial que l’administration et la justice fassent leur travail pour préserver la société contre un tel danger. »

Interrogé, Pamphile Hakizimana, administrateur de la commune Buganda reconnait l’existence des gens qui s’accusent mutuellement, qui pointent du doigt les uns contre les autres. Généralement, précise-t-il, ces accusations son font sur fond du passé douloureux que le pays a vécu où chaque groupe veut tirer la couverture sur lui en flattant les siens et en traitant les autres membres d’autres groupes de tous les noms.

Le danger, reconnait-il également, est la bascule vers une violence généralisée : « Les exemples sont légions où des crimes ont été commis et chaque fois le processus débutait par des accusations de sorcellerie ou des gens étaient appelés par des noms d’oiseaux, etc. Et à la longue, cela a débouché sur des crises cycliques. »

Lorsque des cas pareils sont répertoriés par l’administration, confie M. Hakizimana,  les auteurs sont approchés pour que des conseils leur soient prodigués : « S’ils persistent, soutient-il, leurs cas sont portés devant les juridictions pour des peines conformément à loi. »

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