A Ngara, dans la commune de Mwaro, des habitants et un spécialiste de la communication alertent sur les dangers des discours de haine dans les médias et sur les réseaux sociaux. Ils appellent les professionnels de l’information à faire preuve de responsabilité et à privilégier des messages qui favorisent la paix, le respect de la dignité humaine et le vivre-ensemble.
Le 16 juillet 2026. Des habitants de la colline Ngara, dans la commune de Mwaro, en province de Gitega, ont évoqué les risques liés à la diffusion des messages de haine dans les médias, leurs conséquences sur la société et les moyens de les prévenir.
Pour Eric Sindayigaya, habitant de Ngara, certains messages diffusés dans les médias peuvent raviver les blessures du passé et attiser la haine entre les communautés. Il rappelle notamment les années 1990, marquées par la diffusion de discours déshumanisants visant certains groupes.
Il cite l’utilisation de termes comme « vautour » (Ikinyamwanira) ou « serpent » pour désigner des personnes. Selon lui, ce type de langage contribue à semer la haine et la discorde, avec des conséquences dramatiques.

De son côté, Salvator Kayibigi, habitant de Ngara souligne que les médias peuvent servir de relais à des discours politiques qui exacerbent les divisions. Il évoque notamment le journal burundais Nyabusorongo, en 1993, ainsi que la Radio des Mille Collines au Rwanda, avant le génocide de 1994.
Pour Serges Gahungu, habitant de Ngara, la responsabilité des médias est d’autant plus importante qu’ils peuvent toucher un large public. Il estime que la diffusion de messages de haine est susceptible d’attiser les tensions et de favoriser le passage à la violence.
Il appelle ainsi à ce que les médias qui diffusent de tels messages soient sanctionnés et que leurs responsables soient traduits en justice lorsque les faits le justifient.
La circulation de contenus haineux sur les réseaux sociaux suscite également des inquiétudes. Gabriel Ndikuriyo, habitant de Ngara met en garde contre les risques de division et de conflit que peut entraîner la propagation de messages hostiles sur ces plateformes.

Ferdinand Ndayizeye, chef adjoint de la colline Ngara, estime pour sa part que certains médias ont contribué à alimenter la méfiance et les divisions en 2015. Il les invite à privilégier les messages de paix et d’unité et considère que tout dérapage doit donner lieu à des sanctions appropriées.
Une responsabilité qui va au-delà de l’information
Pour l’abbé Lambert Riyazimana, enseignant d’université et responsable des services d’information et de communication au diocèse de Ngozi, les mots peuvent aussi bien favoriser la réconciliation que raviver les blessures du passé.
Dans une société marquée par des conflits anciens, explique-t-il, la parole peut rassurer, rapprocher les individus et contribuer à restaurer la confiance. Mais elle peut aussi réveiller les peurs, renforcer les préjugés et accentuer la méfiance entre les communautés.
Selon lui, la radio, la télévision, la presse écrite et les réseaux sociaux ne sont pas de simples outils de transmission de l’information. Ils jouent également un rôle dans la formation des perceptions et influencent la manière dont les individus considèrent les autres groupes sociaux.
L’abbé Lambert Riyazimana rappelle que la liberté d’expression va de pair avec une responsabilité envers autrui. Elle ne saurait justifier l’humiliation d’une personne, la stigmatisation d’une communauté ou la diffusion délibérée d’informations susceptibles d’alimenter la haine et les divisions.
Il souligne que la lutte contre les messages de haine ne repose pas uniquement sur les textes réglementaires, les chartes professionnelles ou les techniques journalistiques. Elle concerne également les relations humaines et les conséquences que les paroles peuvent avoir sur la vie des populations.
Un message diffusé à la radio, à la télévision ou sur un téléphone peut, selon lui, susciter la peur au sein des familles et détériorer les relations entre voisins.
Privilégier la paix et la responsabilité
Face à ces risques, les habitants de Ngara appellent les professionnels des médias à faire preuve de vigilance dans le choix des mots, le traitement de l’information et la diffusion des contenus.
Ils insistent sur la nécessité de promouvoir des messages qui renforcent la cohésion sociale plutôt que des discours susceptibles d’opposer les communautés. Ils souhaitent également que les médias qui propagent des messages de haine répondent de leurs actes, conformément aux règles en vigueur.
Selon l’abbé Lambert Riyazimana, la lutte contre les messages de haine suppose de concilier la liberté d’expression avec le respect de la dignité humaine. Il invite les médias à mesurer la portée de leurs mots et à contribuer activement à la paix, à la compréhension mutuelle et au vivre-ensemble.




