Jimbere

Kirundi French
Investissement

Les marchés des capitaux au service d’une prospérité inclusive

Vue aérienne d’une partie de la ville de Bujumbura, au bord du Lac Tanganyika

La Vision 2040-2060 du Burundi trace une ambition nationale claire : un pays transformé, compétitif, résilient et profondément inclusif. Ce rêve, loin d’être une utopie, est ancré dans des réalités stratégiques et des leviers concrets que nous possédons déjà. Parmi ces leviers, l’un des plus puissants, bien que sous-exploité, est le marché des capitaux, comme l’expliquent Fortius W. Rutabingwa et Dr Eric Ngendahayo*.

Le Burundi est riche – en ressources naturelles, en terres fertiles, en potentiel hydroélectrique et, surtout, en capital humain. Situé au cœur de la région des Grands Lacs, notre pays est un pont entre l’Afrique orientale et centrale. Le Lac Tanganyika nous ouvre aux marchés de la RDC, de la Tanzanie et de la Zambie. Ce positionnement géographique stratégique, couplé à une population jeune, dynamique et de plus en plus éduquée, constitue un socle pour un développement accéléré.

L’investissement dans l’éducation, l’entrepreneuriat rural, l’innovation agricole et les infrastructures intelligentes doit désormais s’accompagner d’un écosystème financier capable de canaliser les ressources nécessaires à grande échelle.

Les marchés des capitaux : accélérateurs du changement

La réalisation de cette Vision nécessite un financement patient, à long terme, souvent inaccessible via les circuits bancaires traditionnels. Les marchés des capitaux offrent une alternative viable et puissante pour mobiliser l’épargne locale, les fonds de pension (ONPR, INSS), les compagnies d’assurance, ainsi que les ressources de la diaspora burundaise.

Ces ressources peuvent alimenter :

  • Les infrastructures stratégiques : routes, énergie, chemin de fer, ports secs
  • L’industrialisation verte et la transformation des produits agricoles
  • La numérisation de l’économie et l’innovation technologique
  • Le financement inclusif des PME, épine dorsale de l’économie burundaise

En lançant des introductions en bourse (IPO) ou en émettant des obligations d’infrastructure et obligations vertes, l’État peut mobiliser des fonds importants de manière transparente, traçable, et surtout participative.

Une nouvelle approche du logement et du climat

Avec le redécoupage administratif et la croissance urbaine, la pression sur les logements dans les centres urbains secondaires est inévitable. Les marchés des capitaux peuvent permettre :

  • Le financement de logements sociaux et d’écoquartiers abordables
  • Le développement de réseaux d’eau et d’assainissement durables
  • L’investissement dans des systèmes de transport locaux adaptés
  • Le soutien à des solutions énergétiques propres et abordables

En parallèle, il est temps pour le Burundi de valoriser ses actifs environnementaux. En instaurant un marché national du carbone, nous pouvons commercialiser de façon équitable les crédits générés par la préservation de nos forêts, de nos tourbières et de notre biodiversité unique. Ce n’est pas seulement une question écologique – c’est une justice économique globale.

Moderniser l’agriculture et les ressources naturelles

Les bourses de matières premières ont un rôle essentiel dans la construction d’un marché agricole équitable. Le café, le thé, le coton et d’autres cultures peuvent bénéficier d’une tarification transparente, basée sur des contrats standards et des données en temps réel.
De même, pour les ressources minières, un marché réglementé permettra de sécuriser les revenus, d’attirer les investissements responsables et d’accroître la valeur ajoutée locale.

Financer la conservation, protéger notre avenir

Les marchés des capitaux permettent des instruments innovants pour financer la conservation: obligations pour la protection des bassins versants, fonds pour les réserves naturelles, produits financiers liés à la biodiversité. Cela permettra de concilier croissance et préservation, et de garantir un accès durable à l’eau, à l’énergie et à la sécurité alimentaire.

Industrialiser sans détruire

Alors que le Burundi s’industrialise, il doit éviter les pièges d’un développement polluant. Le coût de l’énergie et la fragilité des écosystèmes exigent une croissance verte, raisonnée et inclusive. Les marchés des capitaux peuvent canaliser des financements vers les technologies propres, les startups durables et les projets à impact environnemental positif, tout en attirant des investisseurs éthiques et institutionnels internationaux.

Une prospérité authentique, mesurée autrement

Le PIB ne suffit plus. Le progrès doit aussi être mesuré par :

  • L’accès équitable aux opportunités
  • La dignité dans le travail
  • La résilience écologique
  • L’inclusion économique

C’est cette « Prospérité Authentique », humaine et durable, que la Vision 2040-2060 doit viser. Et les marchés des capitaux, bien conçus et bien régulés, sont le levier pour y parvenir.

Conclusion : le temps d’agir, c’est maintenant

La Vision 2040-2060 n’est pas une idée abstraite. C’est un appel à l’action pour chaque Burundais. Le marché des capitaux, loin d’être réservé à une élite financière, est un outil citoyen – un pont entre l’épargne d’aujourd’hui et la prospérité collective de demain.

Investir dans le Burundi, c’est investir dans une promesse: mettons-nous en mouvement, ensemble.

* Fortius W. Rutabingwa, est administrateur chez Orbit Investment Bank tandis que Dr Eric Ngendahayo est Directeur Général chez Orbit Investment Bank.

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top