Bon nombre de petites et moyennes entreprises(PMEs) dominant l’écosystème des affaires burundaises peinent à réaliser leur rêves faute de fonds structurants. A l’ère du marché boursier, la formalisation devient essentielle pour en tirer parti. Cependant, de nombreux défis sont à surmonter…
Le marché des capitaux point à l’horizon, mais l’environnement des affaires affiche une réalité hostile aux PME quant à l’introduction en bourse. C’est dans ce contexte que le CDE Great Lakes, en partenariat avec l’ADB et l’ARMC, a organisé ce 11 juillet au Kiriri Garden, un atelier de réflexion sous le thème ‘‘La formalisation des PME, un préalable à l’accès aux marchés des capitaux.’’
D’entrée de jeu, Janvier Cishahayo, analyste des politiques publiques au sein du CDE, a décrit l’environnement dans lequel opèrent les PME. Alors que l’écosystème entrepreneurial du Burundi est occupé à 95 % par des PME, fait-il savoir, celles-ci contribuent à seulement 10 % du PIB en chiffre d’affaires. Pourtant souligne-t-il, les PME sont la base des innovations et de la productivité, ce qui crée la concurrence et optimise les ressources et l’emploi.
Contraintes multiples

Outre cette faible contribution au PIB, le taux d’imposition accrue, juge cet expert, conduit les PME à ne pas jouer pleinement leur rôle au Burundi. En effet, explique-t-il, le poids fiscal a atteint 76,1 selon l’indice de liberté économique de la fondation Héritage ; la part de l’imposition représentant plus de 70 % du poids fiscal. Ce qui, par conséquent, conduit à l’expansion du secteur informel où 94 % des activités agricoles opèrent dans l’informel. Pour le secteur secondaire, M. Cishahayo indique que l’informel occupe 46,8 % tandis que le tertiaire évolue dans l’informel sur le taux de 37,8 %.
A ces défis, l’analyste ajoute le manque de financements pour certains secteurs, notamment agricoles, ou encore l’agencement inefficace des subventions de l’État : « Malgré leur potentiel, elles souffrent d’un accès limité au crédit et d’un manque de cadre réglementaire adapté.
Et d’ajouter que les fonds publics destinés à l’entrepreneuriat sont souvent détournés des besoins réels du marché, tout en rappelant que les subventions et l’interventionnisme direct ne garantissent pas le succès entrepreneurial : « Ils peuvent même l’entraver en créant des incitations perverses. »
Nécessité de formalisation
D’après Aubin Nkurunziza, chargé de la recherche et du développement à l’ARMC, le marché des capitaux est une solution aux défis des PME mais sous condition. Soulignant le lien entre la formalisation des entreprises et le marché des capitaux, M. Nkurunziza énonce : « Le marché des capitaux, pour pouvoir fonctionner, doit reposer sur la confiance entre les émetteurs (des entreprises ou les collectivités locales) et des investisseurs, parce qu’elles ne vont pas présenter des garanties physiques aux investisseurs. Donc tout va se jouer sur la confiance entre les entreprises et les investisseurs. » Pour que cette confiance soit une réalité, le chercheur recommande la transparence et la traçabilité dans toutes les transactions d’entreprise.
Ensuite, la norme de ces entreprises doit se traduire dans la bonne gouvernance, mais aussi au niveau du reportage comptable et financier afin d’inspirer la confiance aux investisseurs. Et de conclure : « Pour pouvoir arriver à tout cela, la condition sine qua non est que l’entreprise soit formalisée parce que l’entreprise ne peut pas prétendre préparer des états financiers fiables et auditables sans être formalisée. »
Persistance de défis
Quant à François-Xavier Mureha, recteur de l’université du Lac-Tanganyika, la transparence est inaliénable avec la présence du personnel comptable et financier compétent en plus de l’obligation de la fiabilité des états financiers pour permettre à tout émetteur de lever des fonds sur le marché boursier.
Soulignant une carence de comptables et de financiers capables de tenir et de sortir des états financiers fiables, le recteur appelle à l’action : « Je voudrais juste attirer cette attention au ministère des Finances pour trouver un levier de force et des entreprises à professionnaliser leurs comptables et leurs financiers, sinon ça ne va pas marcher. »
Mais pour Denis Nshimirimana, secrétaire général de la chambre fédérale du commerce et de l’industrie du Burundi, l’adhésion au marché des capitaux, la toute nouvelle notion, dans un contexte macroéconomique qui prévaut actuellement au Burundi est presque difficile: « Dans un cadre d’inflation à deux chiffres (35 %), dans un cadre où on a un taux officiel de 2900 et un taux du marché noir de 7300 BIF, , ne pensez-vous pas que ça risque d’être une entrave ? »
Et d’expliquer sa position en remettant en cause la valeur nominale des actions dans un cadre marqué par l’instabilité du taux de change : « Le problème qui se pose, c’est qu’aujourd’hui, le taux du marché parallèle pour beaucoup d’opérateurs économiques est le vrai taux. Et aujourd’hui on sait que 80 % des importations sont couvertes par son marché parallèle. »En conclusion, martèle-t-il, cette réalité risquerait de créer une distorsion et une hésitation chez les investisseurs.
Une politique libérale comme préalable

Roger NGABIRANO, directeur en charge de la promotion des investissements et des exportations, exhorte les PME à développer des plans d’affaires solides pour attirer les investisseurs. « Elles doivent améliorer la transparence financière et avoir des états financiers clairs pour démontrer leur santé financière et leur potentiel de croissance, ce qui implique une gouvernance efficace. » En outre, poursuit-il, les PME devraient diversifier les sources de financement autres que les prêts bancaires, et développer les relations avec les investisseurs.
Quant à Janvier Cishahayo, il reconnait les efforts gouvernementaux pour asseoir un bon climat des affaires. Cependant, prévient-il, évaluons les étapes déjà franchies et essayons les différentes barrières qui bloquent l’évolution des activités de ces PMEs. Et de poursuivre : « Il faut plus d’efforts pour structurer l’activité de ces organes qui sont la base de l’entrepreneuriat. »
Cet analyste propose une politique libérale : « Car ça a déjà apporté des fruits pour différents pays qui ont pu mettre à l’œuvre les clés et les piliers de la politique libérale. »
En somme, M. Cishahayo propose la mise en place d’un climat favorable et un cadre réglementaire approprié et bien structuré et d’essayer de canaliser les efforts fournis par les entrepreneurs issus de différents secteurs d’activité.




