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Ngozi : les infos traumatisantes… à prendre avec des pincettes

En pleine conjoncture de la démocratisation informationnelle, difficile de démêler le vrai du faux face à une ribambelle de contenus. Si le message véhiculé est teinté d’un aspect traumatisant, certains esprits risquent de s’embraser… Reportage

Mubanga. Cette colline de la commune Ruhororo, en province Ngozi a connu une période sombre de notre Histoire. De par sa rusticité et son relief accidenté de montagnes, rien ne la distingue des autres localités rurales. Pourtant, en son sein, Mubanga porte les séquelles des différentes tragédies sanglantes du passé. En témoigne le site des déplacés y installés depuis la crise de 1993, sur la sous-colline Bwirengeye.

Dans cette contrée, règne l’harmonie.  Du moins, en apparence. Le train-train quotidien est rythmé par des travaux champêtres. Néanmoins, ce dernier est chaque fois bouleversé par des « terrifiantes nouvelles ». Propice est la période où les élections approchent. M. Serge en sait quelque chose. La preuve en est que, raconte-t-il, pendant les dernières échéances électorales de 2020, la rumeur d’une imminente attaque visant ce camp ne cessait de se répandre. « Des messages circulant sur les réseaux sociaux faisaient de nous les cibles d’un massacre, d’où j’ignore les raisons. Ces alertes ont ébranlé pas mal de gens, certains ont failli prendre la poudre d’escampette. »

Et pour jeter l’huile sur le feu, indique Oscar, des jeunes affiliés au parti au pouvoir menaçaient – lors de leurs séances d’exercice physique dans des termes virulents – les habitantes de ce bled de les chasser de ce lieu, où ils vivent depuis 31 ans. « Des slogans scandant des messages traumatisants nous ont été lancés comme quoi on va nous liquider si nous ne nous engageons pas à débarrasser le plancher. Les oreilles échauffées, il était difficile pour les uns de garder la sérénité. »

Chat échaudé craint l’eau froide…

Ferdinand Habimana, Conseiller chargé des affaires politiques, administratives et juridiques en commune Ruhororo

De guerre lasse, les blessures du passé à peine cicatrisées font de ces réfugiés les victimes de toute rumeur accablante. Si nombreux ont échappés de justesse les tragiques évènements de 1993 et ne sont pas retournés dans leur logis, presque 20 ans après, la déchirante histoire allait se répéter avec la crise de 2015, qui a provoqué l’exil vers les pays limitrophes de beaucoup de réfugiés qui vivaient à l’intérieur de ce site.

« Les nouvelles qui provenaient de Bujumbura n’auguraient rien de bon. C’est comme si on allait revivre les drames de 1993 et la méfiance gagnait du terrain. Vraisemblablement, aucun danger ne guettait ce camp et ses environs mais puisque notre mémoire collective est toujours tourmentée par ce qu’on a vécu, pour nous, la vigilance occupe une place de choix dans telles situations », pointe Alice, l’une des déplacés.

En dehors du camp, sur la même colline Mubanga, les récentes attaques de Gatumba et de Buringa ont désarçonné plus d’un. « Via les radios et les réseaux sociaux, on a su qu’il y’a eu un bain de sang et le moral n’a fait que chavirer puisque ces horreurs ressemblent aux affres du passé dont on a toujours peur de revivre », glisse Protais.

Comment faire face à des informations traumatisantes ?

Au niveau de l’administration locale, la gestion de ces troublantes situations se fait par la concertation de toute la hiérarchie administrative, assure Ferdinand Habimana, Conseiller de l’administrateur de Ruhororo chargé des affaires politiques, administratives et juridiques. « Chaque fois de besoin, on essaie de tenir des réunions pour tranquilliser la population sur la conjoncture qui prévaut et surtout on les invite à se renseigner auprès des médias connus ou à l’administration », insiste-t-il.

Si ces infos traumatisantes se prolifèrent comme une trainée de poudre, parfois sans mobile apparent, l’objectif des propagateurs repose sur la persuasion des auditeurs ou des lecteurs, la volonté de perturber l’ordre, mais aussi de décourager ses adversaires en vue de l’affaiblir ou provoquer une réaction pour pouvoir le fourvoyer, tente d’expliquer Abbé Lambert Riyazimana, Docteur en Communication Institutionnelle et Politique.

« On reconnaît de telles informations quand elles réveillent les affres du passé, blessent la dignité d’une personne par des propos deshumanisants mais également par rapport au langage utilisé qui peut semer la confusion, si bien que la personne ne sait pas bien quelle position prendre », indique-t-il.

Abbé Lambert Riyazimana, Docteur en communication institutionnelle et politique

Pour cet expert, les informations, messages ou langage traumatisants renvoient directement à une violence morale qui peut engendrer une violence physique nuisible à la cohésion sociale. Cela étant, les sources de tels propos sont en grande partie les réseaux sociaux, surtout les comptes anonymes, bien au sein des groupes identitaires c’est-à-dire, ces groupes des personnes qui ont plus au moins une vision similaire par rapport à la réalité. « Les langages traumatisants peuvent être décelés dans la relation entre parents et enfants ou enseignants et enfants, entre époux… et les conséquences de tels actes sont désastreuses »

Selon toujours cet Abbé, il est impératif que des professionnels des médias soient toujours aux aguets pour éclairer l’opinion face aux rumeurs qui circulent. Cela inclue également le respect de l’éthique et la déontologie, de la responsabilité du journaliste par rapport au traitement et à la diffusion d’une information compte tenu du contexte.

Par rapport à ce qui reçoivent les informations, poursuit Abbé Lambert Riyazimana, la prudence doit être de mise. « La meilleure attitude à adopter est de se référer aux sources compétentes d’informations notamment les médias reconnus, avec le réflexe de la confrontation des sources diverses, par le biais de l’usage de sa capacité de discernement. »

Infine, conclut-il, les auditeurs ou lecteurs sont appelés à se renseigner auprès des leaders religieux, politiques ou de différentes collectivités puisque ceux-ci ont une certaine responsabilité sociale et un devoir de préserver la dynamique des communautés.

                                                                                      

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