Découverte en 1934, par l’explorateur Allemand Dr Burkhart Waldecker, à Gasumo en province Bururi dans un filet d’eau émergent du flanc nord du mont Gikizi, il lui a fallu parcourir 6 700 kilomètres à pied, durant quatre ans, pour tomber sur la source la plus méridionale du Nil. Herman Nahimana, guide touristique nous raconte cette aventure historique.
Le 20 novembre 2024, nous nous trouvons dans le sud-est du Burundi, dans la province de Bururi, commune de Rutovu, sur le mont Gikizi, à 115 kilomètres de Bujumbura, la capitale économique. Gikizi est l’une des montagnes les plus élevées du pays, culminant à 2 100 mètres d’altitude.
De cette montagne, on se trouve également sur la crête Congo-Nil, une ligne de partage des eaux qui sépare deux grands bassins fluviaux : au nord, le bassin du Nil, d’où les rivières se jettent dans la mer Méditerranée en passant par les eaux du Nil, et au sud, le bassin du Congo, où les eaux se dirigent d’abord vers le lac Tanganyika, puis dans le fleuve Congo, avant de se déverser dans l’océan Atlantique. Cette crête, que Nahimana Herman nous aide à localiser, marque la frontière géographique entre ces deux bassins.
Histoire de la découverte de la source du Nil
C’est en 1930, raconte Herman Nahimana (68 ans), que le Dr Burkhart Waldecker, explorateur Allemand, alors qu’il se trouve en Égypte, aperçoit les eaux blanches du Nil se jetant dans la mer Méditerranée. Curieux de découvrir la source de ce fleuve légendaire, il se lance alors dans un long voyage à travers l’Afrique. Il commence par le lac Kir -Bahr -El- Abiad Nil (la mer blanche du Nil), en Égypte, puis se dirige vers le Soudan du Nord, où il rencontre le lac Bahr el Gebel (la mer de la montagne).
En poursuivant sa route vers le Soudan du Sud, il atteint le lac Albert, également connu sous le nom de Mwitanzige, qui traverse trois pays : le Congo, l’Ouganda et le Sud-Soudan. En avançant vers l’Ouganda, il rencontre le lac Kyoga et le Victoria Ouganda Nil. En traversant la Tanzanie, il atteint le lac Victoria, avant d’arriver au Rwanda, où il rencontre la rivière Kagera.
Il entre ensuite au Burundi par le nord, dans la province de Muyinga, où il suit la rivière Ruvubu. Il descend ensuite vers le centre du pays, à Gitega, en passant par Mugera jusqu’à Mahwa, où il rencontre la rivière Ruvyironza. Il poursuit sa route, croisant la rivière Kigira, puis la rivière Gasenyi, avant de parvenir finalement à Gasumo, où il découvre la source la plus méridionale du Nil. Après avoir parcouru 6 700 kilomètres à pied, il atteint Rutovu en 1934, où il érige une pyramide en 1938 pour marquer la découverte de la source, qui sera inaugurée en 1943 par Madeleine Letarte, épouse du gouverneur général du Congo belge de cette époque.
La pyramide, un témoignage de la découverte

Selon Herman Nahimana, le Dr Waldecker, manquant de moyens financiers, attendra quatre ans avant de pouvoir construire cette pyramide. Durant ce temps, il sollicite l’aide de plusieurs autorités pour obtenir des matériaux. Le Dr Waldecker bénéficie du soutien d’un prêtre belge, Kohl, qui dirige l’École Normale de Rutovu, et qui lui fournit des pierres, du sable et des moellons venus de Musongati, dans la province de Rutana.
Le Dr Waldecker se rend également au Katanga, au Congo, pour obtenir des matériaux supplémentaires. Accompagné de 16 burundais, il sollicite l’aide d’une société minière qui lui fournit une plaque en cuivre gravée du texte relatant son périple et cinq sacs de ciment.
Après avoir construit ce monument au sommet de Gasumo, inspiré des pyramides d’Égypte, continue Herman, le Dr Waldecker inscrit en latin sur la plaque en cuivre de la pyramide « Pyramidis ad caputi Nil Meridionalissimum », ce qui se traduit par (La pyramide à la tête du Nil la plus méridionale et la plus au sud)’’. Il y mentionne également que c’est lui-même qui a découvert cette source en hommage à tous ceux qui l’ont cherchée sans succès notamment les Grecs Eratosthène et Ptolémée, les Anglais Speke et Stanley, ainsi que l’Allemand Kandt.
Qui était cet explorateur ?
Né le 19 août 1902 à Hagen, dans l’ouest de l’Allemagne, le Dr Burkhart Waldecker était titulaire d’un doctorat en Histoire, et avait également suivi une formation en maçonnerie et en architecture. C’est lui-même qui conçoit et construit la pyramide de la source du Nil avec ses propres mains, les Burundais n’étant que des ouvriers aide-maçons.
Son prénom, à l’origine Louis, a été changé légalement en 1930. Après avoir terminé la construction de la pyramide, il migre vers le Congo belge. En 1943, il obtient la nationalité belge, et en 1945, il est nommé conservateur adjoint du Musée Léopold II, une branche du musée colonial de Tervuren, en Belgique. Le Dr Waldecker meurt en 1964, à l’âge de 62 ans, lors de vacances en Italie, conclut Nahimana Herman.




