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Crise de transport à Bujumbura, aucune lueur d’espoir à l’horizon

Avec la pénurie sévère de l’or noir, la mobilité dans la capitale économique du pays se complique davantage. Plus d’un se demandent si les vélos, motos et tuktuk ne pourraient pas alléger le fardeau qui pèse lourdement sur le quotidien des citadins. Le gouvernement rejette cette solution…

8h tapante, nous sommes au parking situé en face de la station Top One, près du marché central dit Cotebu. Une marée humaine impétueuse attend désespérément un véhicule de transport en commun. Sur les bords des routes, des colonnes de milliers de personnes s’engagent dans une marche pour rejoindre leurs milieux de travail respectifs.

La scène est loin d’être cocasse : à l’arrivée d’un bus de 35 places communément appelé coaster,  l’affluence de la foule joue les coudes dans un déferlement total. Impossible d’y pénétrer sans avoir les reins solides. Le même scenario se reproduit lorsqu’une âme charitable s’arrête pour assurer le déplacement d’un nombre limité de passagers dans sa voiture. Avec une chaleur moins douce, parcourir des kilomètres à la ronde semble être une tâche ardue.

Au milieu des jérémiades et du ras-le-bol des citadins, les retards ou les absences à l’école ou au travail deviennent monnaie courante. Se déplacer en mairie de Bujumbura est dorénavant un casse-tête, se lamente un fonctionnaire qui a requis l’anonymat. Pour lui, trois options sont possibles : faire le pied de grue dans le parking, marcher à pied ou mettre la main à la poche pour monter dans un taxi en surnombre de covoiturage à un prix exorbitant. « On doit débourser environ 4.000 Fbu pour se rendre à Gihosha, c’est extrêmement cher pour un citoyen lambda. Imaginez l’argent qu’on doit dépenser seulement pour se pointer au travail. Combien te restera-t-il à la fin du mois ? Presque rien », se désole un citadin travaillant dans un magasin de vente des chemises.

Toutes les sphères de la vie frappées de plein fouet

Cette triste réalité s’observe particulièrement durant les heures de rentrée de service. Au cœur de la capitale économique, des camions et autres engins des particuliers se sont déjà improvisés dans le transport en masse des passagers en attente hypothétique des véhicules de transport en commun, devant le parking se trouvant près de l’ex marché central de Bujumbura. Assis ou debout incommodément dans le caisson ouvert servant de cabine, ces derniers regrettent qu’ils n’ont aucun autre choix. « Parfois, le chauffeur nous laisse loin de nos habitations alors qu’on a payé le double du tarif habituel », maugrée un passager.

La mobilité des personnes en jeu, les habitants de la mairie se plaignent que la solidarité qui a longtemps animée les rapports sociaux en prend un coup suite aux difficultés de transport :« Beaucoup de gens ne se présentent plus dans les cérémonies de mariage ou levée de deuil faute de moyens de déplacement. L’ambiance qui marquait les fêtes auparavant n’est plus la même aujourd’hui « , lâche un jeune marié rencontré dans une maison d’imprimerie.

Cette situation touche également le transport des biens et des marchandises. Des commerçants interrogés indiquent sous anonymat que les véhicules qui faisaient les navettes entre Bujumbura et l’intérieur du pays ont sensiblement diminué. Cela se répercute sur le prix de plusieurs denrées qui se raréfient sur le marché : « A titre d’exemple, le charbon de bois s’achète très cher, environ 100.000 Fbu par sac, car le coût de transport est élevé », souligne l’un des commerçants. 

Une situation partie pour perdurer

La pénurie chronique et sévère du carburant occasionnant la problématique de transport à Bujumbura amène certains citadins à plaider pour la levée de la mesure d’agrandir le périmètre d’exclusion de la circulation des vélos, motos et tuktuk. Certains trouvent qu’il est plutôt nécessaire que ces derniers soient autorisés de nouveau à assurer le déplacement dans les environs du centre-ville, pour faciliter le déplacement des biens et des personnes.  

Martin Niteretse, Ministre de l’intérieur, du développement communautaire et de la sécurité publique: « De toutes les façons, ces motos et tuktuk consomment du carburant et non de l’eau .»

Cette doléance a également été émise par le Président du Senat au cours des questions orales, en plénière du 19/06/2024. Emmanuel Sinzohagera a recommandé au Ministre en charge du transport et celui de l’intérieur à mettre en place des mesures provisoires pour revoir la mesure restreignant la circulation des bicycles et tricycles, afin d’aider au moins les citadins à continuer à vaquer à leurs activités.

Néanmoins, la réponse du ministre en charge de l’intérieur lors de l’émission publique a été ressentie comme une douche froide. Martin Niteretse a signifié à tous qu’une telle mesure n’est pas envisageable : « De toutes les façons, ces motos et tuktuk consomment du carburant et non de l’eau. » Le ministère confie-t-il, est en train de voir comment  faciliter les bus et les coasters pour le transport en commun : « Ramener ces premiers engins en plein centre-ville n’est pas une question de transport, mais une question de sécurité« .

Et de marteler : « Cette mesure a été prise sur base d’une requête des OPJ qui nous ont montré les statistiques des accidents routiers et d’autres infractions au centre-ville causés par les conducteurs de ces engins. C’est un travail technique qui a réussi car les infractions ont sensiblement diminué.« 

A l’heure actuelle, la situation stagne. Aucune lueur d’espoir ne semble poindre à l’horizon. Et pour cause, depuis plusieurs jours, de fils se forment sur différents parkings à partir de 12h depuis voire moins au grand désespoir des citadins. Bien malin celui qui pourrait prédire quand cette situation sera réglée et de quelle manière.

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