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‎Confessions religieuses : quand les querelles intestines attisent des tensions sociales

"Les leaders religieux doivent incarner les valeurs qu'ils prêchent en gérant pacifiquement leurs différends."

Les mésententes entre leaders au sein des églises peuvent déborder du cadre spirituel pour s’infiltrer dans le quotidien de la société. Ce qui n’était au départ qu’un différend interne peut se transformer en une véritable crise sociale, ébranlant les liens entre les familles.

‎Nominations contestées, gestion opaque des dîmes, exclusions,… autant de tourments secouent le leadership dans les confessions religieuses sur la colline Nini, zone Gashikanwa, commune Tangara, province Butanyerera. Selon les témoignages des habitants, ces désaccords entre les leaders au sein des églises minent non seulement les relations entre eux, mais aussi entre fidèles à la quête de la foi : « Parfois, l’affectation à des postes de responsabilité au sein de l’église pose problème. C’est toujours difficile de choisir entre fidèles celui qui sera le berger ou pasteur, au risque de ne pas semer la discorde et de fâcher l’une ou l’autre partie.», confie Jacques*, habitant cette contrée.

‎Souvent, explique-t-il, cette situation alimente un climat de soupçon et de méfiance : « Il y’a ce sentiment qui naisse que les uns sont privilégiés au détriment des autres, et qu’une certaine catégorie est discriminée, voire même exclue des affaires de l’église.»

Bien plus, souligne Thérèse*, elle aussi habitant Nini, la gestion des offrandes collectées auprès des fidèles provoque des dissensions entre leaders au sein des confessions religieuses : « Les disputes sur la répartition des fonds divisent les leaders, et leurs désaccords se transforment en querelles publiques. Lorsque de tels malentendus surgissent, nous, les fidèles sommes déroutés, et notre foi est mise à rude épreuve.»

‎Jean-Marie Niyonkuru, chef de zone Gashikanwa, regrette que des crises de leadership affectent certaines confessions religieuses. Cet administratif souligne que la quête des intérêts surtout matériels et pécuniaires attisent des dissensions entre leaders religieux au sein des églises : « Certains postes de responsabilité dans ces assemblées offrent souvent des privilèges et des opportunités de gestion des ressources et des biens de l’église. De tels avantages tentent plus d’un, et deviennent objet de convoitise & de discordance qui compromettent l’amitié et la communion qui devraient régner dans les communautés religieuses.»

Des rivalités destructrices

Dans ce contexte, déplore M. Niyonkuru, la méfiance & la haine gagne les esprits, et les sermons laissent place aux réquisitoires : « Ce sont parfois des injures et des récriminations qui sortent de la bouche de ces responsables des églises. Il y’a aussi ceux qui, pour ternir l’image ou la réputation des uns et des autres, les accusent des pratiques de sorcellerie ou de leur appartenance aux partis politiques.»

Pire encore, poursuit cet administratif, cette situation peut degénérer dans des hostilités et altercations : « Ces tensions peuvent diviser les fidèles en deux groupes qui se méfient & se regardent en chiens de faïence, et sont prêts à en découdre à la moindre escarmouche. Parfois, il y’a des bagarres qui s’ensuivent, et des dissensions où certains individus préfèrent même de créer leur propre secte.»

Abondant dans le même sens, Josephine*, habitant la colline Nini, fait savoir que les tensions au sein confessions religieuses virent souvent en affrontements physiques : « Ces affrontements causent des dégâts humains et matériels. Dans ce cas, ce ne sont plus des querelles intestines, mais ce sont des violences de masse. Par conséquent, certaines gens ne se saluent plus, car ils se haïssent mutuellement.»

Abbé Symphorien Ntibagirirwa, professeur de l’éthique du leadership et de la gouvernance

‎Selon Abbé Symphorien Ntibagirirwa, professeur de l’éthique du leadership et de la gouvernance, les conflits au sein des communautés religieuses prennent plusieurs formes, notamment des disputes de succession où le choix du nouveau leader crée des divisions, des désaccords doctrinaux qui entraînent des interprétations opposées : « Une mauvaise gestion des ressources financières suscite aussi accusations de détournement et aggrave les tensions. Lorsqu’il y’a absence de concertation ou que les divisions s’enlacent, les fidèles se séparent, se querellent et finissent par se battre.»

Appel à l’éthique spirituelle

‎Abbé Ntibagirirwa recommande aux parties en conflits au sein des confessions religieuses de s’asseoir ensemble et négocier. En revanche, insiste-t-il, s’ils ne peuvent pas s’asseoir ensemble par eux-mêmes et négocier, il faut qu’il y ait une médiation : « C’est-à-dire qu’il doit y avoir quelqu’un qui peut venir et les écouter, canaliser leurs différences afin qu’ils puissent reconstruire l’unité. Ils peuvent aussi faire recours à l’arbitrage,  par l’aide d’une personne qui puisse arbitrer les différences, pour qu’il voit les forces et les faiblesses de chacun, et voir comment canaliser les forces et minimiser les faiblesses.»

Par ailleurs, pointe Jacqueline*, habitant la colline Nini, les leaders religieux devraient incarner les valeurs qu’ils professent : « Que ces leaders mettent Dieu au centre, pas leur ego. Qu’ils se préoccupent de notre salut, pas de leur statut.»

Quant à Jérôme*, habitant lui aussi la même contrée, les leaders religieux devraient revenir à l’essence de leur mission :  « Nous voulons des leaders qui prêchent la paix, pas la haine. Qu’ils se souviennent qu’ils sont là pour guider, pas pour diviser, afin d’assouvir leurs intérêts personnels.»

Pour Jean-Marie Niyonkuru, chef de zone Gashikanwa, l’administration devrait tenir des réunions régulières afin de maintenir une meilleure cohabitation et une cohésion sociale, tant dans les communautés religieuses que dans la société : « Lorsque des tensions surgissent dans les églises, nous faisons des descentes sur terrain pour tenter de régler les différends avant que cela dégénère. Si le problème est hors de notre autorité, nous essayons de saisir l’hiérarchie supérieure afin que la paix et la sécurité soient préservées.»

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