Après 4 ans, le projet Tubakarorero mis en œuvre par CARE Burundi et Cordaid avec l’appui financier de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas au Burundi laisse un héritage tangible. Face à ses résultats, le ministère en charge de la jeunesse appelle à la pérennisation des acquis, notamment la redynamisation des centres pour jeunes.
La jeunesse de moins de 25 ans représente 64,2 % de la population. C’est cette réalité qui suscite un intérêt particulier des acteurs pour les jeunes, à l’instar du projet Tubakarorero. Mise en œuvre en 2021 par le consortium CARE Burundi et Cordaid avec l’appui technique et financier du gouvernement néerlandais pour une durée de 4 ans.
Sous le haut patronage du ministère des Affaires de la communauté est-africaine, de la jeunesse, des sports et de la culture, un atelier s’est tenu du 7 au 8 mai au King’s Conference; dans le but de restituer les résultats de l’évaluation de l’état des lieux des centres pour jeunes auxquels le projet s’est intéressé.
Cette rencontre a été également l’occasion de discuter avec les parties prenantes des perspectives d’avenir dans le cadre de la redynamisation et de la pérennisation des centres pour jeunes.

Pour Josée Ntabahungu, directrice-pays de CARE Burundi, les centres pour jeunes présentent une importance capitale : « L’avenir des jeunes dépend de la solidité des structures qui les accueillent, les forment et les accompagnent. »
Des chiffres éloquents
Au cours de son exécution, le projet Tubakarorero a permis l’équipement de 155 centres pour jeunes à travers tout le pays avec des ideas cubes (bibliothèque virtuelle, tablettes et kits connexes). Dans ce cadre, 620 jeunes animateurs ont été encadrés et ont reçu un certificat de reconnaissance.
Ce projet a également permis de sensibiliser 680.548 jeunes, dont 55 % de filles, à la santé et aux droits sexuels et reproductifs, ou encore à l’entrepreneuriat.
En outre, dans ces centres, 2 917 jeunes entrepreneurs, dont 1 254 (42,9 %) filles, ont eu une formation de renforcement sur l’élaboration des plans d’affaires, ce qui a permis l’élaboration de 3 373 plans d’affaires par les jeunes entrepreneurs.
Parmi ces jeunes, 964 jeunes dont 410 filles ont été connectés aux opportunités financières, ce qui a abouti à l’appui financier ou matériel de 72 initiatives entrepreneuriales.
Des défis persistants
Cette discussion, qui rassemblait les différents cadres du ministère de la Jeunesse, du ministère de l’intérieur, les organisations opérant dans le domaine de la jeunesse, les jeunes issus de différents centres ainsi que les administrateurs communaux, a permis de dégager l’état des lieux des centres pour jeunes.

Kévin Nimbeshaho, consultant, est revenu sur les défis que rencontres ces centres, surtout ceux liés à la qualité d’infrastructures et à l’insuffisance d’équipements essentiels, ce diminue leur capacité à attirer les jeunes : « Des efforts doivent être consentis pour améliorer tous les aspects nécessaires à la réussite et à la pérennité des centres pour jeunes au Burundi ».
Pour Alexandre Bukeyeneza, coordinateur national exécutif de l’association des scouts du Burundi, bien que ces centres soient équipés en ideas cube, l’accès à Internet et la gestion des centres sont des enjeux majeurs pour l’attractivité des centres : « Souvent, les gestionnaires travaillent en tant que bénévoles, ce qui peut réduire leur engagement. »
Quid de la gestion des centres

La gestion et le fonctionnement des centres pour jeunes sont régis par un décret numéro 100/31 du 19 février 2009. Lors de sa présentation, Déo Hagerimana, chargé de la coordination nationale des centres pour jeunes au ministère ayant la jeunesse dans ses attributions, a fait remarquer ses limites : « Outre son ancienneté, ce décret n’est pas vulgarisé au sein des gestionnaires des centres pour jeunes. »
Quant à Clovis Ndayisaba, 30 ans, un jeune pilier du centre de Mugongomanga et pratiquant de la musique traditionnelle, la mise en place des gestionnaires de centres jeunes suscite des inquiétudes quant à la transparence, ce qui pourrait nuire à leur efficacité.
Au moment où le Burundi s’apprête à un nouveau découpage administratif qui conduira à la réduction du nombre de communes de 119 à 42, ils appellent à une vigilance et une attention rigoureuse pour prévenir le détournement du patrimoine acquis du projet.
Pour plus d’efficacité, les intervenants ont suggéré que la mise en application du décret portant fonctionnement des centres pour jeunes soit régie par une ordonnance conjointe entre les ministères clés tels que le ministère de l’Intérieur, celui de la Jeunesse et celui ayant l’Éducation dans ses attributions.
Vers la pérennisation des centres pour jeunes
Outre l’actualisation du décret qui s’avère pertinente, le ministère de la Jeunesse a annoncé la mise en œuvre d’une stratégie de redynamisation et de pérennisation des centres pour jeunes. Kevin Nimbeshaho présente les grandes lignes de cette stratégie : « Celle-ci sera axée sur l’amélioration des infrastructures, l’autonomisation et l’entrepreneuriat des jeunes, le genre et l’inclusion sociale, la santé et le bien-être, le réseautage et les partenariats, et une gouvernance participative. »
Selon ce consultant, ces piliers guideront l’élaboration d’une stratégie qui sera mise en œuvre dès le mois d’aout 2025. Cette stratégie est importante pour faire des centres pour jeunes et de véritables espaces d’engagement des jeunes afin d’atteindre la vision 2040-2060.




