Au Burundi, les conflits de leadership au sein des églises peuvent dépasser le cadre religieux et fragiliser la cohésion sociale. A Bisha, dans la commune de Mwaro, des habitants et un spécialiste du leadership alertent sur les conséquences de ces rivalités, souvent liées à la gestion des biens et aux intérêts personnels. Ils appellent au dialogue, à la médiation et à la responsabilité des dirigeants comme des fidèles pour prévenir les divisions et préserver la paix au sein des communautés.
Les désaccords liés à la gestion des biens de l’église, aux intérêts personnels ou à la conduite des activités religieuses peuvent dégénérer en accusations réciproques, en rumeurs et en divisions parmi les fidèles.

Pour Thomas Barekensabe, habitant de Bisha, les conflits entre responsables religieux finissent par se manifester dans leurs comportements et leurs désaccords, notamment sur la gestion des biens de l’Église. « Lorsque les responsables de l’église que je fréquente sont en conflit, je finis par le remarquer. Ils ne s’entendent plus et commencent à se disputer au sujet des biens de l’Église. Lorsque nous découvrons ce qui les oppose, le conflit a souvent déjà pris de grandes proportions », témoigne-t-il.
Il évoque notamment un cas survenu dans la région, où un désaccord concernant les dîmes a provoqué une division parmi les fidèles. La situation a ensuite dégénéré jusqu’à la destruction de l’édifice religieux. « Les uns ont suivi un responsable, les autres ont soutenu son adversaire. L’Église a fini par être démolie, les briques et les pierres des fondations ont été retirées et partagées. Sans l’intervention des autorités administratives, les protagonistes auraient même pu s’entretuer », raconte-t-il.
Face à de telles situations, il invite les fidèles à préserver leur unité malgré les différends entre leurs dirigeants et à rester concentrés sur leur foi.
B. R., une autre habitante de la colline, explique que ces conflits apparaissent souvent progressivement. Ils se traduisent d’abord par un ralentissement des activités religieuses, puis par des propos désobligeants entre les responsables. Selon elle, les différends portent fréquemment sur les biens de l’église et finissent par diviser les fidèles, avec un risque d’affrontements.
Les intérêts matériels et les accusations au cœur des tensions
Faustin Congera, un autre habitant de la colline, estime que les conflits entre responsables religieux favorisent la propagation de rumeurs et de propos hostiles. « Là où deux taureaux se battent, ce sont les herbes qui en souffrent », rappelle-t-il, pour illustrer les conséquences de ces rivalités sur les fidèles.
Selon lui, les membres d’une même confession religieuse peuvent se ranger derrière des responsables différents, avant de s’affronter pour défendre leurs positions. Ces tensions peuvent entraîner des violences, des blessures et, dans les cas les plus graves, des pertes en vies humaines.
Il met également en garde contre les jets de pierres lors des affrontements, qui risquent de blesser des personnes étrangères au conflit. Il recommande aux fidèles de ne pas prendre systématiquement parti, mais plutôt d’encourager les responsables concernés à se réconcilier.
Ferdinand Dusengimana, habitant de la colline Bisha, estime-lui aussi que les intérêts matériels figurent parmi les causes possibles de ces différends. « Lorsque les responsables ne s’entendent plus, certains cherchent à mobiliser les fidèles pour défendre leurs intérêts. Ils peuvent les tromper, voire leur donner de l’argent pour qu’ils prennent leur parti », affirme-t-il.
Il déplore les conséquences de ces divisions, qui peuvent aller jusqu’à la destruction des lieux de culte et aux affrontements entre fidèles. Pour y remédier, il conseille de privilégier la réconciliation. Lorsque celle-ci s’avère impossible, il recommande aux fidèles de rechercher un autre lieu de culte où ils pourront pratiquer leur religion dans la paix et la sécurité.
M. B., un autre habitant de la colline Bisha, attribue également certains de ces conflits à la recherche d’intérêts personnels. Il invite les fidèles à mieux comprendre les raisons de leur engagement religieux afin de ne pas se laisser entraîner dans des querelles qui les éloignent de leurs objectifs spirituels.
Les autorités et les fidèles appelés à favoriser la réconciliation

Mireille Niyubahwe, cheffe de la colline Bisha, affirme que les autorités locales peuvent intervenir dès les premiers signes de désaccord afin d’empêcher l’aggravation des tensions. « Dès que j’apprends qu’un différend oppose les responsables d’une église de la colline que je dirige, nous intervenons avant que la situation ne dégénère. Nous conseillons aux fidèles de ne pas suivre aveuglément un responsable, mais de rester attachés à la parole de Dieu », explique-t-elle.
Elle précise que les responsables religieux sont également invités à se concentrer sur leur mission spirituelle plutôt que de se disputer les biens de leurs églises.
Pour Acher Niyonizigiye, spécialiste du leadership et enseignant d’université, les accusations publiques entre responsables religieux révèlent souvent l’existence de conflits qui n’ont pas pu être résolus au sein des structures concernées. Il souligne que certains dirigeants peuvent présenter leurs adversaires comme des ennemis de l’Église ou de sa mission, contribuant ainsi à accentuer les divisions.
Selon lui, les fidèles risquent alors de se ranger derrière le responsable qu’ils apprécient, sans chercher à comprendre les faits ni à écouter les différentes parties. La méfiance qui en résulte peut ensuite s’étendre aux familles, aux relations de voisinage et, plus largement, à l’ensemble de la communauté.
Le spécialiste recommande aux fidèles en mesure de faciliter le dialogue d’approcher les responsables concernés et de proposer des initiatives de médiation. Il préconise également le recours aux organes internes des confessions religieuses, notamment les comités exécutifs, les organes de surveillance et les assemblées générales, à condition que leurs membres fassent preuve d’impartialité.
Privilégier la vérité plutôt que les intérêts d’un camp
Acher Niyonizigiye reconnaît qu’il peut être difficile pour les fidèles de rester neutres lorsqu’un responsable auquel ils sont attachés fait l’objet d’accusations. Il estime néanmoins qu’ils doivent chercher à comprendre les tenants et les aboutissants du différend avant de prendre position.
« Il faut écouter les deux parties pour comprendre les différents aspects du problème et se ranger du côté de la vérité, plutôt que de soutenir quelqu’un simplement parce qu’on l’apprécie », explique-t-il.
Il invite ainsi les fidèles à dénoncer les mensonges et les comportements préjudiciables, sans transformer les désaccords en attaques personnelles.
Face à ces tensions, confie le spécialiste, le dialogue, la médiation, l’intervention précoce des autorités compétentes et la responsabilité des dirigeants comme des fidèles apparaissent essentiels pour prévenir les divisions et préserver la paix au sein des communautés.




