Certains conducteurs burundais restent privés de leur permis de conduire biométrique, malgré le paiement des frais exigés. En lieu et place du document officiel, ils reçoivent un simple reçu bancaire, insuffisant à leurs yeux pour exercer leur activité en toute sérénité. Les usagers dénoncent une situation qu’ils jugent propice à la corruption et appellent les autorités à accélérer la délivrance des permis.
A Bujumbura comme à l’intérieur du pays, de nombreux conducteurs dénoncent une situation qu’ils jugent injuste. Bien qu’ils s’acquittent des frais officiels, fixés à 100 000 Fbu pour l’obtention du permis de conduire biométrique, ils ne reçoivent pas le document, mais uniquement un reçu bancaire attestant du paiement.
Plus préoccupant encore, certains affirment que d’autres parviennent à obtenir leur permis en déboursant, par des voies parallèles, 600 000 Fbu, voire davantage. Selon leurs témoignages, cette somme versée de manière officieuse ne profiterait pas à une seule personne. Elle serait répartie entre plusieurs intervenants du circuit, chacun prélevant sa part afin de faciliter l’obtention du permis de conduire biométrique.
Les détenteurs de simples reçus bancaire s’interrogent : « Pourquoi ceux qui recourent à des pratiques douteuses obtiennent-ils leur permis, alors que les nôtres, pourtant payés légalement depuis longtemps, ne sont toujours pas délivrés ? »
A.K., l’un des conducteurs concernés, témoigne : « J’ai ce reçu depuis deux ans. Nous ne comprenons pas pourquoi l’Etat nous fait payer à l’avance sans nous remettre le document correspondant. Ce qui est encore plus regrettable, c’est qu’au moment du renouvellement, on nous délivre un nouveau reçu à la place du permis. »
Il explique que son reçu est aujourd’hui fortement détérioré après avoir été conservé aussi longtemps et qu’il risque de se perdre ou de se déchirer, compliquant davantage sa situation.
Même constat pour V.N. : « Si j’avais la possibilité de passer par un commissionnaire, je le ferais pour obtenir enfin le permis biométrique. Une fois, j’avais oublié mon reçu à la maison. Heureusement, j’en avais conservé une photo dans mon téléphone. »
Selon lui, l’absence de permis biométriques pose également un problème de sécurité routière. « Aujourd’hui, les agents de la circulation demandent rarement le permis de conduire. Cela favorise certains comportements à risque et, lorsqu’un conducteur impliqué dans un accident prend la fuite, son identification devient plus difficile », affirme-t-il.
De nombreuses conséquences pour les conducteurs
Les personnes concernées expliquent que l’absence de permis biométrique entraîne de multiples difficultés dans leur vie professionnelle et quotidienne.
Certains affirment perdre des opportunités d’emploi, des entreprises refusant de reconnaître un simple reçu comme preuve valable. D’autres soulignent qu’ils ne peuvent pas franchir les frontières dans le cadre de leurs activités de transport, le reçu n’étant pas accepté comme document officiel.
Ils dénoncent également les risques de fraude. Contrairement à un permis biométrique, le reçu ne comporte ni photo ni données biométriques, ce qui facilite son utilisation abusive par une autre personne. A cela s’ajoute sa fragilité : il peut facilement être perdu ou se détériorer avec le temps.
Les conducteurs estiment enfin que cette situation nuit à la sécurité routière, en compliquant le travail des forces de l’ordre lorsqu’il s’agit d’identifier les auteurs d’infractions ou d’accidents.
Ils demandent ainsi aux autorités compétentes d’accélérer la délivrance des permis biométriques afin de garantir la sécurité, la transparence et le respect des droits des citoyens.
L’Olucome dénonce une situation propice à la corruption

L’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome) affirme recevoir régulièrement des plaintes de citoyens confrontés à cette situation.
Son chargé de communication, Alexis Nimubona, estime que la délivrance des permis de conduire est entachée de corruption et de favoritisme. « Ce que les citoyens doivent savoir, c’est que nous disposons d’informations selon lesquelles certains obtiennent ces documents plus facilement après avoir versé des pots-de-vin », déclare-t-il.
Selon lui, cette situation est inacceptable, d’autant plus que les demandeurs ont déjà satisfait aux exigences légales en réussissant les examens nécessaires. L’organisation appelle l’Etat à renforcer le contrôle de ces services et à lutter efficacement contre la corruption afin que tous les citoyens puissent obtenir leurs documents dans la transparence.
Les transporteurs réclament une solution durable
L’Association des transporteurs du Burundi (ATRABU) estime également que ces reçus ne répondent pas aux besoins des usagers.
Son secrétaire général, Charles Ntirampeba, souligne que ces documents sont difficiles à conserver et ne sont pas reconnus lors des déplacements transfrontaliers. Il invite les autorités à accélérer la production des permis biométriques adaptés aux exigences actuelles. A défaut, il propose la mise en place d’un autre document officiel, reconnu et facilement utilisable par les conducteurs.

Du côté de la Police de sécurité routière (PSR), les responsables reconnaissent l’existence du problème. Étienne Citegetse, directeur de ce service, assure qu’une solution est en préparation, sans toutefois avancer de calendrier précis.
Le 12 juin 2026, lors de l’adoption du projet de loi portant budget général de l’Etat pour l’exercice 2026-2027 à l’Assemblée nationale, le ministre des Finances, Alain Ndikumana, a expliqué que les retards sont liés à des difficultés d’approvisionnement en supports destinés à l’impression des permis de conduire et des passeports.
Il a toutefois assuré que les démarches nécessaires ont été entreprises et qu’environ 300 000 cartes de permis de conduire seront prochainement disponibles. « En ce qui concerne les permis et les passeports, nous avons commandé un grand nombre de cartes. Les moyens nécessaires ont été mobilisés afin qu’elles arrivent rapidement. Nous pensons que cette pénurie prendra fin, car lorsqu’un produit devient rare, cela favorise la spéculation », a-t-il déclaré.




