Jimbere

Kirundi French
Santé

Burundi : pied bot, neuf structures sanitaires renforcent leurs compétences pour améliorer la prise en charge des enfants

Pendant deux jours, des professionnels de santé issus de neuf structures sanitaires partenaires du programme pied bot ont approfondi leurs connaissances sur la méthode Ponseti, le suivi clinique des enfants et l’accompagnement des familles. Clôturée le 27 octobre 2026, cette formation avancée a également mis en lumière les obstacles socioculturels qui retardent l’accès aux soins. Des parents témoignent de l’importance du soutien familial dans la prise en charge de leurs enfants.

Au Burundi, améliorer la prise en charge des enfants nés avec un pied bot nécessite non seulement de renforcer les compétences des professionnels de santé, mais aussi de sensibiliser les familles et de lutter contre les croyances qui retardent le recours aux soins. C’est dans cette perspective qu’une formation avancée consacrée à la prise en charge du pied bot congénital selon la méthode Ponseti s’est tenue les 26 et 27 octobre 2026 aux enceintes de l’INSP à Bujumbura.

Durant ces deux journées, les participants ont échangé sur les pratiques cliniques, l’évaluation des enfants, les difficultés rencontrées dans le suivi des traitements et les moyens d’améliorer la qualité des soins. L’objectif était de leur permettre de mieux prendre en charge les enfants concernés et de renforcer la continuité des soins dans leurs structures respectives.

La formation a réuni des professionnels de neuf structures sanitaires partenaires du programme pied bot au Burundi : L’Institut Saint-Kizito de Bujumbura, le Centre national d’appareillage et de rééducation (CNAR), Les Centre des Personnes Handicapées Physiques Saint-Bernard de Makamba et Saint Jean-Bosco de Muyinga, les hôpitaux de Rumonge, de Mivo(Ngozi), de Rema (Ruyigi), de Cibitoke et de Kirundo.

Au-delà des connaissances théoriques, les échanges ont porté sur les situations rencontrées dans la pratique quotidienne, afin d’aider les prestataires à mieux évaluer chaque enfant, à adapter les traitements et à accompagner les familles tout au long du processus de soins.

Les croyances et les pratiques culturelles retardent encore les soins

Parmi les difficultés abordées pendant la formation figure le retard dans la consultation des services de santé. Certains parents attribuent le pied bot à une caractéristique familiale, notamment lorsque d’autres membres de la famille présentent ou ont présenté la même malformation. D’autres espèrent que la prière ou certaines pratiques traditionnelles suffiront à corriger les pieds de l’enfant.

Sœur Odette Habimana, formatrice, a souligné l’importance de comprendre les facteurs qui retardent l’accès des enfants aux soins.

Ces croyances peuvent retarder la consultation d’un professionnel de santé, alors qu’une prise en charge précoce est importante pour améliorer les chances de correction.

Les formateurs ont également évoqué d’autres obstacles, notamment les difficultés de déplacement, le manque de soutien familial, les désaccords entre les parents sur la conduite à tenir et la honte ressentie par certaines familles. Dans certains cas, des parents peuvent même cacher leur enfant par crainte du regard de la communauté.

Sœur Odette Habimana, formatrice, a insisté sur l’importance de reconnaître ces différents facteurs pour mieux comprendre pourquoi certains enfants ne bénéficient pas des soins au moment opportun.

La sensibilisation des parents apparaît ainsi comme un complément essentiel au travail des professionnels de santé. Informer les familles sur la nature du pied bot, les possibilités de traitement et l’importance du suivi peut contribuer à réduire les retards de consultation et les interruptions de traitement.

Les spécialistes invitent donc les parents à consulter les structures de santé dès qu’ils constatent une déformation des pieds chez leur nouveau-né. L’objectif est d’éviter que des enfants grandissent avec une malformation qui aurait pu bénéficier d’une prise en charge adaptée.

La méthode Ponseti pour corriger progressivement la position des pieds

La méthode Ponseti a occupé une place centrale dans les enseignements. Elle constitue une approche non chirurgicale de référence pour la prise en charge du pied bot idiopathique, c’est-à-dire celui qui n’est pas associé à une autre maladie connue.

Les participants ont étudié plusieurs complications, dont le spina-bifida, l’arthrogrypose et l’ostéomyélite

Le traitement repose principalement sur des manipulations douces et l’application successive de plâtres destinés à corriger progressivement la position du pied. Selon la situation clinique, une ténotomie du tendon d’Achille peut être nécessaire. Une fois la correction obtenue, le port d’une orthèse est indispensable pendant la période prescrite pour réduire le risque de récidive.

Cependant, tous les cas ne présentent pas les mêmes caractéristiques. Certains enfants ont un pied bot associé à une autre pathologie, ce qui nécessite une évaluation plus approfondie avant de déterminer les objectifs du traitement.

Le formateur Dr Lin Habimana a notamment insisté sur la nécessité d’examiner chaque enfant individuellement, en tenant compte de son état général, de ses capacités fonctionnelles et de sa situation familiale.

Les participants ont étudié plusieurs situations, notamment le spina-bifida, l’arthrogrypose, l’absence ou la formation partielle du tibia, les brides amniotiques et l’ostéomyélite. Ces situations peuvent compliquer la prise en charge et influencer les résultats attendus.

Dans ces cas secondaires, l’objectif n’est pas d’appliquer systématiquement le même traitement à tous les enfants. Il faut déterminer si la correction du pied peut améliorer leur mobilité et leur qualité de vie, tout en tenant compte des autres problèmes médicaux. Le traitement Ponseti peut être bénéfique dans certaines situations, mais une correction complète n’est pas toujours possible.

Les formateurs ont ainsi rappelé l’importance de fixer des objectifs réalistes avec les familles, de surveiller les éventuelles complications et de réévaluer la stratégie thérapeutique lorsque les résultats attendus ne sont pas obtenus.

Mieux documenter les soins pour améliorer leur qualité

L’amélioration de la prise en charge passe également par une documentation correcte des données cliniques. Au cours de la formation, Willy Nivyimana, formateur, a mis l’accent sur l’importance de bien documenter le score de Pirani, un outil clinique permettant d’évaluer la sévérité du pied bot.

Cette évaluation aide les professionnels à décrire l’état initial du pied et à suivre son évolution au fil du traitement. Une documentation rigoureuse facilite ainsi l’appréciation des progrès réalisés et contribue à une meilleure continuité des soins.

Les participants ont aussi été initiés à l’audit des dossiers médicaux et à l’exploitation des données des systèmes PATH/DHIS2. Ces outils permettent de mieux suivre les patients et d’analyser les informations relatives à la prise en charge.

Les 16 indicateurs de performance de Hope Walks abordés pendant la formation sont répartis en trois dimensions : l’accès aux soins, la qualité des soins, ainsi que l’adhésion au traitement et le soutien aux familles.

Le suivi de ces indicateurs peut aider les structures sanitaires à repérer les difficultés, à améliorer l’organisation des services et à mieux identifier les enfants qui abandonnent leur traitement ou ne se présentent pas à leurs rendez-vous.

La qualité des soins ne dépend donc pas uniquement de la correction obtenue à la fin du traitement. Elle repose aussi sur la qualité des évaluations, la précision des dossiers, le respect des rendez-vous et la capacité des équipes à maintenir le contact avec les familles.

Les prestataires promettent une meilleure prise en charge

Au terme de la formation, les participants se disent mieux outillés pour accompagner les enfants atteints de pied bot. Ils promettent de mettre en pratique les connaissances acquises, notamment en accordant davantage d’attention à l’accueil des familles et à l’accompagnement des enfants.

Un des prestataires formés, Irakoze Jean de Dieu estime que les enseignements reçus leur seront utiles dans leur travail quotidien.

« Cette formation nous a été très bénéfique. Nous avons appris beaucoup de choses importantes. La méthode Ponseti nous aidera à soigner les enfants avec plus de compétence et de dévouement », témoigne-t-il.

Il ajoute que les conseils portant sur la manière d’accueillir les enfants et leurs parents, avec amour, compassion et attention, seront également mis en pratique. Il insiste notamment sur l’importance de dialoguer avec les parents et de leur expliquer honnêtement l’état de santé de leur enfant.

Pour lui, la lutte contre le pied bot non traité ne repose pas uniquement sur les techniques médicales. Elle nécessite aussi une relation de confiance entre les professionnels de santé et les familles.

Des mères témoignent de l’importance du soutien familial

Les témoignages de parents révèlent les difficultés familiales et sociales vécues par les mères d’enfants atteints de pied bot

Au-delà des enseignements médicaux, les témoignages de parents illustrent les difficultés sociales et familiales auxquelles peuvent être confrontées les mères d’enfants atteints de pied bot.

Niyibitanga Diane, âgée de 26 ans et mère d’un enfant de deux mois, est originaire de Rugazi, dans la commune de Mpanda, province de Bujumbura. Elle reconnaît que la naissance d’un enfant présentant une malformation peut parfois être difficile à accepter dans certaines familles, que ce soit du côté de la mère ou de celui du père.

Dans son cas, elle se réjouit du soutien reçu de son entourage, particulièrement de son mari, de sa belle-mère et de sa propre mère.

« Dans certaines familles, avoir un enfant atteint de pied bot n’est pas toujours bien accepté. Pour ma part, je n’ai pas connu de mauvais comportements ni de reproches dans ma famille. Mon mari ne m’a jamais insultée ni culpabilisée. Au contraire, il m’a soutenue et encouragée. Il me donne même les moyens de transport pour venir faire soigner notre enfant », raconte-t-elle.

Ce soutien lui a permis de ne pas cacher son enfant et de commencer rapidement les soins. Elle appelle les autres familles à accueillir leurs enfants avec amour, quelle que soit leur situation physique.

Elle rappelle également qu’une mère ne devrait jamais être insultée ou rendue responsable de la naissance d’un enfant présentant une malformation.

Un autre témoignage vient de Belyse Abayisenga, originaire de Tenga, dans la commune de Ntahangwa, province de Bujumbura. Mère de deux enfants, elle explique que son deuxième enfant, âgé de trois mois, est atteint de pied bot, contrairement à son premier enfant qui ne présente pas cette malformation.

Pour elle, la décision de conduire son enfant dans une structure de soins a été prise avec l’accord de son mari. Elle explique que certaines familles préfèrent cacher les enfants concernés, les conduire dans des lieux de prière ou recourir à des pratiques traditionnelles, au lieu de consulter les professionnels de santé.

« Nous avons compris que, quelle que soit la manière dont un enfant naît, ce n’est pas une faute de ses parents. Nous savons aussi qu’il existe un traitement et que l’enfant peut être soigné. C’est pourquoi nous l’avons amené volontairement à l’hôpital, avec beaucoup d’espoir qu’il guérisse », témoigne-t-elle.

Les deux mères se disent satisfaites des soins reçus par leurs enfants et affirment constater une évolution positive de leur état de santé.

Ces témoignages mettent en évidence le rôle déterminant de l’environnement familial dans le parcours de soins. Le soutien du conjoint et des proches peut notamment aider les mères à surmonter les préjugés, à se déplacer vers les structures sanitaires et à respecter les rendez-vous médicaux.

Neuf enfants pris en charge lors de la séance pratique

La formation a également comporté une dimension pratique. Neuf enfants ont bénéficié de soins dans le cadre d’une séance destinée à permettre aux participants de mettre en application les connaissances acquises.

Cette mise en pratique a permis de rapprocher les enseignements théoriques des situations réelles rencontrées dans les structures sanitaires. Elle s’inscrit dans la volonté de renforcer les compétences des prestataires afin qu’ils puissent améliorer les services offerts aux enfants une fois de retour dans leurs lieux de travail.

Neuf enfants ont été pris en charge lors d’une séance pratique.

À l’issue de la formation, les participants ont reçu des certificats attestant leur participation.

L’INSP appelle à pérenniser les services de prise en charge. À la clôture de la formation, le Dr Prudence Bizimana, Directeur des Services Académiques à l’Institut national de santé publique (INSP), a salué l’engagement des participants et la qualité des échanges. Il les a encouragés à partager les connaissances acquises avec leurs collègues et à les appliquer dans leurs structures respectives.

Il a notamment insisté sur l’importance de l’identification précoce des enfants, de la prise en charge appropriée et du suivi régulier des enfants et de leurs familles. Il a également rappelé la nécessité de retrouver et d’accompagner les enfants qui manquent leurs rendez-vous afin de garantir la continuité de leur traitement.

« Le véritable succès de cette formation sera mesuré par les améliorations que nous constaterons dans la prise en charge des enfants dans les mois et les années à venir », a-t-il déclaré.

Le Dr Prudence Bizimana a également souligné que la formation des prestataires doit s’accompagner d’un engagement institutionnel durable. Selon lui, la prise en charge du pied bot doit être progressivement intégrée dans les mécanismes du système de santé pour que les services puissent se poursuivre au-delà de la durée des projets et des financements ponctuels.

Cette démarche nécessite notamment une collaboration entre les institutions publiques, les structures sanitaires et les organisations partenaires, ainsi qu’une disponibilité suffisante des ressources nécessaires.

Les remerciements de l’INSP ont notamment été adressés au ministère de la Santé publique, au Réseau des centres des personnes handicapées du Burundi (RCPHB), à l’Université libre de Bruxelles ainsi qu’à Hope Walks pour leur contribution à l’organisation et à la réalisation de cette formation.

De son côté, Butoyi Ladislas, responsable national du programme pied bot, mise en œuvre par le Reseau des Centres des Personnes Handicapées du Burundi (RCPHB en sigle) en partenariat avec Hope Walks a exprimé l’ambition de voir disparaître les cas de pieds bots non traités chez les enfants. Il a également plaidé pour une implication accrue de l’État, afin que la prise en charge ne dépende pas uniquement des organisations partenaires.

Un défi qui dépasse la formation

La formation des 26 et 27 octobre constitue une étape dans le renforcement des compétences des professionnels impliqués dans la prise en charge du pied bot au Burundi. Elle met toutefois en évidence un défi plus large : garantir que chaque enfant concerné puisse accéder à des soins adaptés sans être freiné par les croyances, les difficultés économiques ou l’insuffisance du suivi.

Pour les professionnels de santé, il s’agit désormais de mettre en pratique les connaissances acquises, de mieux documenter les traitements et de travailler étroitement avec les familles. Pour les institutions et les partenaires, le défi consiste à consolider les mécanismes qui permettront de maintenir ces services dans le temps.

Comme le montrent les témoignages des deux mères, le soutien familial constitue également un élément important dans le parcours de soins. Au-delà du traitement médical, l’acceptation de l’enfant, l’accompagnement des parents et la lutte contre la stigmatisation sont indispensables.

L’objectif final reste que les enfants nés avec un pied bot puissent être identifiés rapidement, bénéficier d’un traitement approprié et être accompagnés jusqu’à la fin de leur prise en charge, avec les meilleures chances possibles de mener une vie active et épanouie.

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top