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Les espaces de prise de décision, les jeunes manquent à l’appel

Au Burundi, les jeunes représentent une part importante de la population, mais ils sont moins concertés dans la prise des décisions concernant le développement de leurs communautés. À Rugombo, ce vendredi le 11 septembre 2026, certains jeunes déplorent leur faible présence dans les espaces de prise de décision alors que les responsables locaux reconnaissent la nécessité de mieux les impliquer. Des acteurs de la gouvernance et du développement appellent à leur donner une place réelle, de la conception des projets jusqu’à leur mise en œuvre.

À 27 ans, Dieudonné N., un jeune de la zone Rugombo, dit n’avoir jamais été associé à des réunions ou espaces où sont prises des décisions concernant le développement de sa communauté. « Je ne participe jamais à ce genre de réunions ou d’espaces de décision. Pourtant, je pense que c’est vraiment nécessaire. Mais je suis surtout étonné de constater que, là où nous vivons, nous ne voyons presque jamais les jeunes dans ces espaces. »

Selon lui, même lorsque les jeunes sont représentés par des personnes désignées pour les défendre, leurs préoccupations ne sont pas suffisamment prises en compte. « Ceux qui nous représentent ne donnent pas suffisamment de place aux jeunes pour qu’ils participent au développement de la zone, de la commune ou même du pays. Ils se réunissent souvent entre eux, principalement des adultes. C’est ce qui fait que les jeunes sont laissés de côté. On ne peut pas aller participer à quelque chose lorsqu’on n’a pas été invité. »

Pour lui, les structures locales devraient réserver une place aux jeunes dans les espaces de décision. « Il serait important qu’au niveau de la zone ou de la commune, il y ait au moins un jeune qui représente les autres. Les jeunes ont aussi des projets et de bonnes idées pour le développement. Cela pourrait contribuer au développement de nos communautés et, par conséquent, du pays. »

Les jeunes Batwa demandent aussi à être entendus

« Je n’ai jamais participé aux espaces de décision concernant le développement de mon milieu », affirme Neilla Mutoni, jeune de la communauté batwa

Neilla Mutoni, une jeune issue de la communauté batwa, affirme elle aussi ne jamais avoir participé aux espaces où sont prises les décisions concernant le développement de sa localité.

« Moi, je ne suis jamais allée dans les espaces où sont prises les décisions. Nous, les jeunes Batwa, nous sommes souvent oubliés et nous ne sommes pas associés aux décisions concernant le développement. Il serait important de penser aussi à nous et de valoriser nos idées, car parmi nous, il y a des personnes capables de prendre des décisions et de contribuer au développement. »

Elle estime que les idées des jeunes peuvent constituer une ressource pour le développement du pays. « Il faut donner de la valeur aux idées des jeunes, car ce sont souvent des idées innovantes qui peuvent contribuer au développement du pays. Les jeunes doivent être placés au centre, car ils représentent l’avenir du Burundi. Ils doivent pouvoir intégrer différents niveaux de décision et participer au développement du pays. »

L’administration reconnaît une faible représentativité des jeunes

« Les jeunes contribuent au développement, mais restent peu présents dans les espaces de décision », reconnaît Sélemani Sibomana, chef de la zone Rugombo.

Sélemani Sibomana, responsable de la zone Rugombo, reconnaît que la participation des jeunes aux espaces de décision reste limitée. « Les jeunes contribuent au développement de leur milieu, souvent à travers leurs propres initiatives et les projets qu’ils mettent eux-mêmes en place. Mais ils restent encore peu présents dans les espaces où sont prises les décisions. »

Selon lui, cette faible participation peut également avoir des conséquences sur la confiance des jeunes en leurs propres capacités. « Lorsqu’ils restent en dehors de ces espaces, certains jeunes finissent par se considérer comme incapables de faire quelque chose. Pourtant, cela représente aussi une perte pour la zone ou la commune, car la force des jeunes est considérable pour le développement. »

Il appelle ainsi les responsables à se rapprocher davantage de cette catégorie de la population. « Les autorités devraient essayer de se rapprocher davantage des jeunes. Ils ont beaucoup de capacités et ils représentent une grande partie de la population du pays. »

Pour Enabel, il faut aller au-delà de la simple consultation

La question de la participation des jeunes est également au cœur des initiatives d’Enabel, Agence belge de développement, qui a notamment mis en place un Comité consultatif des jeunes.

Pour l’un de ses membres, les jeunes doivent avoir une place réelle dans les décisions concernant le développement de leur communauté.

Rappelons que le Comité consultatif des jeunes à Enabel constitue un espace de dialogue permettant aux jeunes de faire entendre leurs préoccupations, de proposer des idées et de contribuer aux initiatives qui concernent leur avenir. Il favorise ainsi une participation plus inclusive des jeunes dans les décisions et les projets de développement.

Un membre du personnel, qui a requis l’anonymat, éclaire l’opinion: « Pour moi, les jeunes devraient avoir une place réelle dans les décisions qui concernent le développement de leur communauté. À travers mon expérience, j’ai pu constater qu’ils ont beaucoup d’idées, de créativité et une bonne compréhension des réalités auxquelles ils sont confrontés au quotidien. »

Il estime toutefois que leur participation ne devrait pas se limiter à leur donner la parole. « Il ne suffit pas de les consulter ou de leur donner la parole. Il faut aussi les écouter, prendre leurs propositions en considération et leur permettre de contribuer aux décisions et à leur mise en œuvre. Ils doivent pouvoir participer dès l’identification des besoins et des priorités, bref, tout au long du cycle des projets et pas seulement être associés une fois les décisions déjà prises. »

Selon lui, faire une place aux jeunes dans la prise de décision constitue également un investissement pour l’avenir. « Faire une place aux jeunes dans la décision, c’est aussi investir dans l’avenir de la communauté. Lorsqu’ils se sentent écoutés et responsabilisés, ils peuvent devenir de véritables acteurs du changement. »

Pour une participation inclusive

Pour renforcer cette participation, le même intervenant estime que des mécanismes spécifiques doivent être mis en place pour les catégories de jeunes souvent moins représentées.

Il propose notamment de renforcer les forums communaux de dialogue avec les jeunes, avec une représentation équilibrée des filles et des garçons, mais aussi de faciliter la participation des jeunes en situation de handicap et de ceux vivant en milieu rural. Il suggère l’organisation des formations pratiques sur le leadership, la citoyenneté, la participation à la vie publique, la prise de parole et le suivi des politiques publiques. Les outils numériques et les réseaux sociaux pourraient, selon lui, être davantage utilisés pour recueillir les avis des jeunes et maintenir le dialogue avec eux.

Enfin, il insiste sur la nécessité d’assurer un suivi des engagements pris envers les jeunes afin que leur participation ne se limite pas à des consultations ponctuelles.

Des besoins des jeunes moins pris en compte

Le 12 août 2026, lors de la clôture du cinquième Dialogue continental africain sur l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité à Bujumbura, Faustin Ndikumana, directeur de la Parole et Action pour le Réveil des Consciences et l’Évolution des Mentalités (PARCEM), a présenté les résultats d’une enquête menée sur les aspirations des jeunes.

Selon la PARCEM, plusieurs de ces aspirations restent insuffisamment prises en compte, notamment en matière de formation, d’accès à l’électricité, d’infrastructures, d’emploi et de financement. Or, ces conditions sont essentielles pour permettre aux jeunes de développer leurs initiatives et de contribuer au développement de leurs communautés. Pour l’organisation, répondre à ces besoins revient aussi à renforcer la capacité des jeunes à devenir de véritables acteurs du développement, plutôt que de simples bénéficiaires des politiques publiques.

La PARCEM appelle ainsi les autorités à passer des discours aux actions concrètes, en créant davantage de conditions permettant aux jeunes de développer leurs initiatives et de construire leur avenir au sein de leurs communautés.

Plus de 75 % de la population ont moins de 35 ans

Les jeunes constituent une part importante de la population burundaise. Selon le RGPHAE 2024, les personnes âgées de moins de 35 ans représentent environ 76,8 % de la population des ménages ordinaires au Burundi. Cette importante présence démographique contraste avec les défis auxquels les jeunes restent confrontés en matière d’emploi, d’entrepreneuriat et de participation au développement de leurs communautés.

De son côté, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) indique avoir enregistré et accompagné 15 000 jeunes dans des activités entrepreneuriales en 2025, dans le cadre du programme Moonshot. Le programme vise à soutenir jusqu’à 40 000 initiatives innovantes de jeunes et de femmes entrepreneurs.

Ces chiffres montrent à la fois le poids de la jeunesse dans la population et l’importance des initiatives visant à renforcer son autonomisation économique. Mais au-delà de l’accès aux opportunités économiques, reste la question de leur participation effective aux décisions qui concernent le développement de leurs communautés.

Un phénomène lourd de conséquences

« La faible participation des jeunes s’explique notamment par l’éducation familiale : les parents les associent peu aux décisions qui les concernent », estime Acher Niyonizigiye, spécialiste de la gouvernance et enseignant universitaire

L’universitaire Acher Niyonizigiye trouve que la faible participation des jeunes s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’éducation familiale et certaines pratiques culturelles.

« Il y a trois problèmes complémentaires qui expliquent la faible participation des jeunes dans la prise de décision. Le premier concerne le type d’éducation que nous donnons à nos enfants dans nos familles. Les parents ne les associent pas suffisamment aux décisions qui les concernent, même lorsqu’ils ont la capacité de participer et de faire leurs propres propositions. »

Selon lui, cette situation empêche les jeunes de développer suffisamment leur esprit d’initiative et leur confiance en eux-mêmes. Il évoque également la structure hiérarchique de la société, où l’âge peut être associé à davantage de légitimité dans la prise de décision. « Plus une personne est jeune, moins elle est souvent associée à la prise de décision au niveau de la communauté ou de l’administration. Ce sont généralement les personnes âgées, les aînés, qui sont considérées comme ayant davantage de légitimité pour décider. »

À cela s’ajoute, selon lui, le manque de préparation des jeunes à participer activement aux décisions. « Lorsqu’un jeune essaie de penser librement ou de contredire, par exemple, une personne âgée, il peut être considéré comme quelqu’un qui est mal éduqué. Le geste peut être interprète comme un manque de respect ou de sagesse. Cette perception décourage les jeunes à prendre la parole et à défendre leurs idées. »

Préparer les jeunes dès la famille et l’école

Pour améliorer la situation, l’expert en leadership et gouvernance Acher Niyonizigiye estime que le changement doit commencer au sein des familles. « Les parents doivent apprendre à associer leurs enfants, particulièrement à partir de l’adolescence, aux décisions qui les concernent, selon leur âge et la nature de la décision. Même lorsque la décision finale revient aux parents, il est important de demander l’avis de l’enfant et de prendre son idée en considération. »

L’éducation devrait également contribuer à former des jeunes capables de réfléchir et de participer aux décisions. « Il faudrait davantage encourager les élèves à réfléchir, à poser des questions, à donner leurs opinions et à participer aux décisions qui les concernent. Cela permettrait de préparer dès l’école des jeunes capables de prendre la parole et de participer activement à la vie de leur communauté. »

De bénéficiaires aux acteurs du développement

Les différents témoignages montrent ainsi que les jeunes ne demandent pas seulement à être consultés. Ils souhaitent que leurs idées soient prises en compte et qu’ils puissent participer réellement aux décisions qui concernent leur quotidien.

Pour que cette participation devienne effective, les responsabilités semblent partagées entre les familles, le système éducatif, les autorités locales, les organisations de la société civile et les partenaires du développement. L’enjeu est de permettre aux jeunes, filles comme garçons et quelle que soit leur communauté d’origine, de passer du statut de simples bénéficiaires à celui d’acteurs à part entière du développement de leur communauté.

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