Du théâtre interactif aux échanges communautaires, en passant par les poèmes, les chansons et les danses culturelles, des jeunes de plusieurs communes du sud du Burundi se mobilisent pour porter un même message : la paix se construit à travers les interactions quotidiennes. Accompagnés par Cord dans le cadre du Projet de Paix (The Peace Project), ils sensibilisent leurs pairs et les communautés à la cohésion sociale, à la lutte contre les discours de haine et la désinformation.
Une chanson s’élève. Quelques jeunes entrent en scène. Les rires du public laissent progressivement place à l’attention. A travers du théâtre interactif, ils mettent en scène des situations de la vie quotidienne où les rumeurs, les divisions ou les discours de haine peuvent rapidement opposer les membres d’une même communauté.
La scène s’arrête, mais laisse la place au dialogue. Le public est invité à réagir, à questionner les comportements présentés et à proposer d’autres alternatives d’agir contribuant au renforcement du vivre-ensemble.
L’initiative « Urwaruka Rutsimbataza Amahoro », qui signifie « La jeunesse qui consolide la paix », est ainsi devenu le fil conducteur de plusieurs activités communautaires organisées dans le cadre du Projet de Paix en collaboration avec six Centres pour Jeunes partenaires établis dans la province Burunga.
De jeunes bénéficiaires à acteurs de paix

L’action prend sa source dans les Centres pour Jeunes de Buyengero, Mutambara, Muyange, Kibago, Bukemba et Giharo. Ces espaces permettent aux jeunes de renforcer leurs connaissances et leurs capacités en matière de consolidation de la paix, de cohésion sociale et d’engagement communautaire.
Formés notamment aux techniques de facilitation du dialogue, à la lutte contre la désinformation et la manipulation, l’utilisation responsable des réseaux sociaux, au théâtre interactif et aux techniques de mobilisation communautaire, les jeunes sont ensuite devenus à leur tour des mobilisateurs auprès de leurs pairs.
Ainsi, du 25 au 27 août 2026, puis du 1er au 3 septembre 2026, ils ont organisé des événements de sensibilisation dans les localités de Gihofi, Giharo, Buyengero, Kibago, Nyanza et Gatete. Théâtre, poèmes, chants, danses, échanges communautaires, et jeu de questions-réponses ont permis d’aborder des sujets directement liés aux défis à la cohésion sociale dans les communautés.
L’approche repose sur une conviction centrale du projet : les jeunes ne sont pas seulement des bénéficiaires des actions de consolidation de la paix ; ils possèdent un potentiel énorme de devenir des acteurs principaux auprès de leurs communautés.
Prévenir et lutter contre les divisions, y compris sur les réseaux sociaux
Les activités ont notamment porté sur les dangers des divisions et des discours de haine susceptibles d’opposer les citoyens en fonction de leurs appartenances politiques, ethniques, régionales ou sociales.

Une attention particulière a également été accordée aux réseaux sociaux. WhatsApp, Facebook, X, Instagram et d’autres plateformes jouent un rôle croissant dans la communication et le développement des jeunes, mais peuvent aussi accélérer la diffusion des rumeurs, de la désinformation et des discours de haine.
Les participants ont ainsi été encouragés à vérifier les informations avant de les partager, à développer leur esprit critique et à adopter un langage respectueux et non violent, aussi bien en ligne que dans leurs interactions quotidiennes.
Les échanges ont également rappelé l’importance de mieux connaître l’histoire du Burundi et de comprendre les conséquences des divisions et des violences du passé afin de contribuer à construire un avenir meilleur.
« Nous avons découvert le mal qui se cachait derrière ce que nous pensions être normal »
Pour certains jeunes participants, les formations ont permis de remettre en question des comportements jusque-là considérés comme ordinaires.
« Lors des sessions de dialogue, nous avons appris à échanger avec les autres jeunes surtout à propos de l’histoire douloureuse de notre pays sans jugement. Nous avons appris beaucoup de choses que nous ne connaissions pas, car nous avons pu regarder le passé sous d’autres versions que celle racontée dans nos familles respectives », témoignent un des jeunes participants.
Certains indiquent également être désormais davantage disposés à collaborer avec des jeunes issus de milieux différents, notamment autour d’initiatives de développement.
Cette évolution correspond à l’une des ambitions du Projet de Paix : transformer les convictions néfastes et restaurer la confiance entre les différents groupes afin de favoriser une paix durable.
Construire la paix, mais aussi les opportunités
Pour le Projet de Paix, la consolidation de la paix est étroitement liée aux perspectives offertes aux jeunes.
Dans différentes communautés, des jeunes participants à l’initiative Urwaruka Rutsimbataza Amahoro commencent à s’organiser autour d’initiatives collectives. Certains s’intéressent à l’élevage, d’autres à l’agriculture, à la restauration ou à d’autres activités génératrices de revenus.
Ces initiatives permettent aux jeunes de travailler ensemble autour d’objectifs communs, tout en développant leurs compétences et leurs moyens de subsistance. La paix devient ainsi à la fois une valeur à défendre et une condition nécessaire au développement.
Le sport comme outil de rapprochement

Le message de paix se retrouve également sur les terrains de football. Cord a remis des ballons aux différents Centres pour Jeunes partenaires afin de soutenir les activités sportives collectives. Le sport constitue un espace de rencontre et de coopération où les jeunes apprennent à jouer ensemble, à respecter des règles communes et à dépasser leurs différences.
Des jeux de questions-réponses sur des thématiques en rapport avec la consolidation de la paix ont également permis de rendre les séances plus participatives et ainsi de mieux véhiculer les messages de paix. Les jeunes ayant correctement répondu aux questions et participé activement aux échanges ont notamment reçu du matériel scolaire composé de cahiers, de stylos et de savons.
Une responsabilité partagée
La mobilisation des jeunes bénéficie également du soutien des leaders communautaires et des autorités locales.
A Musongati, Monsieur Sheikh Asmani, représentant de la Communauté islamique du Burundi (COMIBU) et membre du Forum des leaders mis en place dans le cadre du projet The Peace Project, a souligné l’importance d’investir dans une jeunesse formée à l’unité, à la paix et au travail.
De son côté, Monsieur Igiraneza Venant, représentant du ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, a encouragé les jeunes à transmettre les enseignements reçus à leurs pairs.
« La paix que vous construisez aujourd’hui portera de bons fruits, que vous récolterez lorsque vous serez adultes et jusque dans votre vieillesse, et que vous pourrez à votre tour léguer à vos enfants », souligne-t-il.
Ces messages rappellent que la consolidation de la paix ne peut être portée par les jeunes seuls. Elle nécessite l’engagement des familles, des leaders communautaires, des autorités, des organisations de la société civile et de l’ensemble de la communauté.
La paix se construit au quotidien
A travers le Projet de Paix, Cord accompagne ainsi une dynamique dans laquelle les jeunes passent progressivement de bénéficiaires à acteurs de paix, capables de sensibiliser leurs pairs, de dialoguer avec leurs communautés et de développer des initiatives collectives.
Des salles de formation aux scènes de théâtre, des réseaux sociaux aux terrains de football, le message reste le même : la paix se construit dans la manière de parler à l’autre, d’écouter une opinion différente, de vérifier une information, de résoudre les différends sans recourir à la violence, et de travailler ensemble pour l’auto-développement.
A travers Urwaruka Rutsimbataza Amahoro, les jeunes choisissent ainsi de ne pas attendre demain pour contribuer à l’avenir du Burundi. Ils commencent aujourd’hui à construire une paix durable qu’ils souhaitent transmettre aux générations futures.





