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Incendies dans les marchés : quelles leçons pour le Burundi ?

Le phénomène d’incendie n’est pas nouveau au Burundi. Le marché central de Bujumbura, l’un des principaux centres commerciaux de la capitale, avait été totalement ravagé par un incendie en 2013 et n’a toujours pas été reconstruit. D’autres marchés ont également connu des incendies au fil des années, notamment ceux de Kamenge, Kabasazi, Ruvumera, Matana et Kayanza. Mais l’année 2026 bat les records avec la récurrence des sinistres.

Le 25 janvier 2026, le marché de bois de chauffage et de planches situé derrière chez Siyoni a pris feu. Le 7 mai, c’était le tour du marché de Kinama, dans la commune de Ntahangwa.

 Dans la nuit du 21 juin, le marché de planches de Jabe a été ravagé par les flammes, entraînant d’importantes pertes de marchandises. Le 9 juillet, le marché central de Ngozi a pris feu. Dix jours plus tard, le 19 juillet, des kiosques du marché de Buganda, dans la province de Cibitoke, sont partis en fumée.

Enfin, le 21 août, les galeries Ndayizamba et Le Parisien, situées au centre-ville de Bujumbura, ont été frappées par un incendie qui a détruit de nombreux commerces. Le lendemain (le 25 août), une partie du marché de Kinindo a été calcinée.  C’est une histoire qui se répète car la Galerie Ndayizamba avait déjà été touchée par un incendie le 10 juin 2017, qui avait détruit plus de 40 stands, tandis que Le Parisien avait connu un autre incendie le 25 juillet 2022, dans sa partie souterraine.

Comment prévenir les incendies ?

La récurrence des incendies pose donc une question essentielle: pourquoi les mêmes espaces commerciaux continuent-ils à être exposés aux flammes? Au-delà des causes immédiates, des passages trop étroits, des matériaux facilement inflammables, le manque d’eau ou les difficultés d’accès pour les véhicules anti-incendie peuvent ralentir les secours et favoriser la propagation du feu.

Pour comprendre ce que le Burundi pourrait améliorer, il est utile de regarder l’expérience d’autres pays. Le Ghana, le Rwanda, Singapour et le Royaume-Uni ont eux aussi connu des incendies importants dans des marchés ou des bâtiments commerciaux. Leurs expériences montrent que la prévention doit commencer dès la conception des bâtiments et continuer avec des contrôles réguliers, des équipements adaptés, des voies d’évacuation et une bonne préparation des secours.

L’enjeu pour le Burundi est donc de ne plus considérer chaque incendie comme un événement isolé, mais comme un signal permettant de revoir la manière dont les marchés sont construits, aménagés et contrôlés.

Des incendies aux causes multiples

Ghana News Agency explique que l’expérience du Ghana est particulièrement proche de celle du Burundi. Le marché de Kantamanto, à Accra, a été gravement touché par un incendie le 2 janvier 2025. Plus de 7 000 commerces ont été détruits et plus de 30 000 commerçants ont été affectés. Ces incendies montrent que les installations électriques défectueuses, les branchements anarchiques, les matériaux facilement inflammables, l’encombrement des passages et le manque d’eau peuvent transformer un départ de feu en catastrophe.

Au Rwanda, la sécurité incendie est davantage intégrée dans la conception des bâtiments. Le Code de construction prévoit notamment des dispositions sur les systèmes de détection et d’alarme, les moyens d’évacuation, la résistance au feu et les équipements de lutte contre les incendies.  L’idée est de ne pas attendre qu’un bâtiment soit construit pour penser à sa sécurité : celle-ci doit être prise en compte de sa conception comme l’indique the ministry of infrastucture du Rwanda.

À Singapour, la prévention repose également sur une organisation permanente. Certains bâtiments doivent disposer d’un responsable de la sécurité incendie, d’un plan d’intervention et d’exercices réguliers d’évacuation. Les autorités prévoient notamment au moins deux exercices d’évacuation par an pour certains établissements concernés.  La sécurité n’est donc pas seulement une question d’équipements, mais aussi de préparation des occupants et du personnel.

Au Royaume-Uni, l’incendie de la Grenfell Tower, qui a fait 72 morts en 2017, a entraîné une profonde réforme de la sécurité des bâtiments. Les autorités ont notamment renforcé les règles concernant les matériaux combustibles, la réglementation des bâtiments et les responsabilités en matière de sécurité.  Cette expérience montre qu’un incendie majeur peut devenir l’occasion de revoir l’ensemble du système de construction et de contrôle comme l’indique GOV.UK.

Quelles pistes de solutions pour le Burundi ?

Le Burundi pourrait s’inspirer de ces expériences en faisant de la prévention contre les incendies une exigence avant, pendant et après la construction des marchés et bâtiments commerciaux. Comme au Rwanda, les projets devraient prévoir dès la conception des sorties de secours, des voies suffisamment larges pour les véhicules anti-incendie, des matériaux résistants au feu et des systèmes d’alarme et d’extinction adaptés. Les installations électriques devraient être contrôlées régulièrement afin de limiter les court-circuit et les surcharges.

Le Burundi pourrait également s’inspirer de Singapour en imposant, dans les grands marchés, supermarchés et galeries commerciales, un responsable de la sécurité incendie, des exercices d’évacuation réguliers, des extincteurs accessibles et, lorsque le niveau de risque le justifie, des systèmes automatiques comme les sprinklers. Les voies d’accès et les réserves d’eau devraient être contrôlées périodiquement afin que les secours puissent intervenir rapidement.

Enfin, l’expérience du Ghana rappelle qu’après un incendie, il ne suffit pas de reconstruire rapidement les commerces. La reconstruction devrait être l’occasion de corriger les faiblesses constatées : meilleure organisation des stands, suppression des branchements dangereux, dégagement des passages et utilisation de matériaux plus résistants. L’objectif pour le Burundi devrait donc être de passer d’une logique de réaction à une véritable politique de prévention: construire plus sûrement, contrôler régulièrement et être prêt à intervenir rapidement, afin qu’un simple départ de feu ne se transforme plus en catastrophe économique.

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