A l’approche des échéances électorales, les habitants de la colline Kirasira, en commune Ruyigi, s’inquiètent de la recrudescence des discours de dénigrement dans les campagnes politiques. Ils exhortent les candidats à privilégier la présentation de leurs programmes de développement et à éviter les propos susceptibles d’alimenter les divisions, estimant que ces pratiques compromettent la cohésion sociale, la paix et le processus démocratique.
Ces préoccupations ont été recueillies le 15 avril 2026 sur la colline Kirasira, située dans la zone Butezi, commune Ruyigi, province de Buhumuza, par les médias partenaires de l’association La Benevolencija dans le cadre de son programme de lutte contre les discours de haine.
Selon plusieurs habitants interrogés, certains responsables politiques consacrent davantage de temps à critiquer leurs adversaires qu’à présenter des solutions concrètes aux défis auxquels la population est confrontée. « Nous attendons des candidats qu’ils nous présentent leurs projets de développement. Lorsqu’ils passent leur temps à parler en mal des autres partis, cela suscite chez nous de la méfiance », explique N.K., un habitant de la colline.
Selon lui, ces discours risquent de créer des tensions entre militants de différentes formations politiques et, à terme, de provoquer des conflits au sein de la communauté.
Même constat chez Gertrude Banyankimbona, une habitante âgée de Kirasira. Elle déplore les insultes et les attaques verbales qui caractérisent parfois les campagnes électorales. « Les candidats devraient faire preuve de respect et éviter les propos offensants à l’égard de leurs concurrents », estime-t-elle.

Pour Scolastique Ndayikeza, ces pratiques alimentent les divisions au sein de la population. Elle considère que les responsables politiques devraient privilégier l’intérêt général plutôt que leurs intérêts personnels. « Lorsque les partis se dénigrent mutuellement, les citoyens finissent eux aussi par se diviser, ce qui peut conduire à des situations dangereuses », avertit-elle.
Les jeunes de la colline partagent cette préoccupation. Belyse Manirakiza souligne que les campagnes électorales sont souvent marquées par des appels à abandonner un parti au profit d’un autre, accompagnés de critiques systématiques contre les adversaires politiques. Elle invite les candidats à adopter un langage respectueux et constructif.
De son côté, Alexis Hakizimana observe que chaque parti cherche généralement à se présenter comme la seule option crédible tout en discréditant les autres formations politiques. Selon lui, cette attitude favorise les disputes entre militants et détériore le climat social.
Les leaders locaux plaident pour le respect mutuel
Les autorités locales expriment également leur inquiétude face à cette situation. Gordien Bigirimana, membre du conseil consultatif de la colline et ancien chef de colline, estime que les discours de dénigrement sont contraires à l’esprit de dialogue et de coexistence pacifique que les leaders communautaires s’efforcent de promouvoir.
« Nous souhaitons que les partis politiques mènent leurs campagnes dans le respect mutuel. Les attaques entre candidats finissent toujours par avoir des répercussions sur la population », explique-t-il.
Gordien Bigirimana indique également que lorsqu’il sollicite la confiance des citoyens ou mène des activités de sensibilisation, il privilégie toujours la présentation de ses projets et des actions qu’il entend entreprendre pour le bien-être de la communauté. Il affirme éviter de dénigrer ses adversaires et préfère laisser aux électeurs la liberté de choisir le candidat qu’ils jugent le plus à même de répondre à leurs attentes.
Les risques des discours de haine
Le politologue Sylvère Ntakarutimana estime que les discours de dénigrement constituent une stratégie fréquemment utilisée dans les compétitions électorales. Selon lui, certains candidats cherchent à gagner des voix en discréditant leurs adversaires plutôt qu’en mettant en avant leurs propres programmes.
L’expert met en garde contre les conséquences de ces pratiques. Il souligne qu’elles favorisent la méfiance, les divisions et les frustrations au sein de la société. « Les discours haineux fragilisent la démocratie, portent atteinte à la dignité humaine et peuvent, dans certains cas, conduire à des actes de violence », explique-t-il.
Selon lui, ces discours alimentent également les rancœurs et les ressentiments chez les personnes qui en sont victimes. Même lorsqu’elles semblent les ignorer, les blessures demeurent et peuvent nourrir un désir de revanche.
Le politologue estime que ces pratiques entretiennent un climat permanent de tensions, compromettent l’unité entre les citoyens et freinent le développement des communautés.
Il souligne par ailleurs que les discours de haine peuvent contribuer à l’augmentation des violences et des actes de criminalité en créant un environnement où la méfiance et les conflits deviennent la norme. Dans certains cas, ajoute-t-il, des responsables accédant au pouvoir après avoir été la cible de campagnes de dénigrement peuvent être tentés de régler leurs comptes avec leurs adversaires politiques, au détriment de la bonne gouvernance et de la stabilité sociale.
Pour prévenir ces dérives, Sylvère Ntakarutimana recommande le renforcement du cadre légal afin de sanctionner les auteurs de discours de haine, aussi bien en période électorale qu’en dehors des campagnes. Il appelle également les citoyens à faire preuve de vigilance, à rejeter les messages de haine et à promouvoir les valeurs de respect, de tolérance et de vivre-ensemble.




