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Gitega : quand des hommes brisent le silence sur les violences conjugales

Dans la commune de Gitega, certains hommes affirment être victimes de violences de la part de leurs conjointes. Longtemps passés sous silence, ces abus prennent des formes diverses, allant de l’appropriation des biens au refus des devoirs conjugaux. Les victimes réclament une application plus équitable de la loi et des sanctions contre les auteurs, quel que soit leur sexe.

Dans la province de Gitega, commune Gitega, certains hommes affirment subir différentes formes de violences de la part de leurs conjointes. Si beaucoup préfèrent se taire, par honte ou par crainte, d’autres commencent à témoigner. Ils demandent une révision ou une application plus rigoureuse de la loi, afin que les femmes qui maltraitent leurs maris soient également sanctionnées.

Des hommes interrogés dans la commune de Gitega évoquent notamment des tentatives de spoliation de leurs biens, l’appropriation de propriétés communes ou encore le refus d’accomplir les relations conjugales. Selon eux, dans certains cas, des hommes extérieurs seraient impliqués et agiraient en complicité avec leurs épouses. Tous estiment nécessaire que les auteurs de ces actes soient poursuivis lorsqu’ils sont identifiés, afin de réduire ces formes de maltraitance.

Un témoignage révélateur

N.G: « Il y a des hommes malhonnêtes qui, lorsqu’ils voient une femme mariée et attirante, acceptent même de payer 200 000 Fbu, pour avoir une relation avec elle. À partir de là, la femme ne respecte plus son mari « 

N.G., âgé de 65 ans, raconte avoir quitté Muramvya pour venir travailler à Gitega. Il avait décidé de vivre avec une jeune femme qu’il avait mise enceinte. Après l’avoir installée, celle-ci lui aurait demandé de l’inscrire comme copropriétaire de la maison afin que sa première épouse ne puisse pas l’en expulser.

« Nous avons tout écrit, je l’ai fait pour elle. Ensuite, elle est allée en cachette chercher un titre de propriété à son nom. Cela ne s’est pas arrêté là : elle m’a finalement chassé de la maison et j’ai dû aller louer ailleurs », déplore-t-il.

Après avoir porté plainte, il affirme avoir perdu le procès. « J’ai perdu parce qu’on disait que nous avions signé un contrat de mari et femme, alors qu’il s’agissait d’un concubinage », explique-t-il.

Selon lui, de nombreux hommes subissent des violences similaires. Certaines femmes, affirme-t-il, profiteraient de leur position dans l’administration, tandis que d’autres auraient recours à des pots-de-vin auprès des autorités locales pour éviter toute sanction. Il souligne que beaucoup d’hommes préfèrent cacher ces violences.

Il ajoute : « Il y a des hommes malhonnêtes qui, lorsqu’ils voient une femme mariée et attirante, acceptent même de payer 200 000 Fbu, pour avoir une relation avec elle. À partir de là, la femme ne respecte plus son mari. »

Et de poursuivre : « Il arrive aussi que les femmes profitent du retour tardif du mari pour lui refuser ses devoirs conjugaux. »

N.G. appelle à la prise de mesures dissuasives. Il propose, par exemple, que les femmes retrouvées tard dans les cabarets sans leurs maris soient sanctionnées. Il insiste également sur la nécessité d’expliquer clairement les lois régissant le mariage avant toute union.

Une réalité reconnue par la justice

Du côté de la justice, l’existence de violences faites aux hommes est reconnue, même si ces cas sont rarement évoqués publiquement. Certaines victimes osent toutefois se manifester et bénéficient alors d’une assistance.

Comme l’explique Divine Burakeye, conseillère au ministère de la Justice et du Développement inclusif dans la province de Gitega, certaines personnes préfèrent signaler leurs problèmes de manière discrète aux agents chargés de l’inclusion sociale.

« Il y a des personnes qui viennent en secret nous exposer leur situation. Nous les conseillons. Parfois, nous connaissons même leur épouse et nous la conseillons à son tour, ce qui permet de rétablir l’ordre sans que l’affaire ne s’aggrave », précise-t-elle.

Lorsque la situation est jugée grave, les dossiers sont transmis à la justice afin que les victimes soient entendues et assistées.

Maître Alphonsine Bigirimana: « Pour éradiquer ce problème, il faut en examiner les causes profondes afin d’y apporter des solutions durables. Sinon, les abus continueront à se répéter « 

De son côté, maître Alphonsine Bigirimana, avocate et membre de l’Association des femmes juristes du Burundi, affirme que les violences faites aux hommes existent, au même titre que celles subies par les femmes. Elle appelle les acteurs engagés dans la lutte contre les violences basées sur le genre à s’attaquer aux causes profondes du phénomène.

« Un homme peut être victime de violences basées sur le genre. Autrefois, on n’en parlait pas, et même celles subies par les femmes étaient peu évoquées. Pour éradiquer ce problème, il faut en examiner les causes profondes afin d’y apporter des solutions durables. Sinon, les abus continueront à se répéter », explique-t-elle.

Selon le rapport quinquennal du centre Seruka, publié le 2 décembre 2025, entre janvier 2020 et le 31 décembre 2024, 5 314 personnes ont été victimes de violences basées sur le genre. Parmi elles, 94 % sont des femmes et des filles, contre 6 % d’hommes.

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